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I. Il y a, dans l'enfant, une vie matérielle à conserver

Que ne fait pas l'Eglise à ce seul point de vue?

Dans les siècles où TÉtat était sans entrailles et où la famille faisait, par un partage odieux, la part de la vie et celle de la mort parmi les enfants nés

dans son sein, l'Eglise a dit à l'Etat : Cet enfant trop difforme pour être un bon soldat sera peutêtre assez intelligent pour être un citoyen utile. D'ailleurs c'est un corps façonné de la main de Dieu et animé de son esprit, c'est un chrétien, je l'ai baptisé, je le consacre, je prends sous ma protection ses jours menacés et, au besoin, je mendierai pour lui le pain de l'aumône ! L'Eglise a dit à la famille : Tu n'as pas droit de vie et de mort sur l'enfant. Ce sont les plus disgraciés qui ont le plus besoin de sollicitude, de tendresse et d'amour. Garde ce corps chétif, couvre-le de baisers, développe-le au souffle de ce nouvel esprit dont le christianisme a rempli la société. Sois père sans honte, sois mère sans embarras, écoute la nature ; et laisse croître et grandir sous le regard de Dieu les chers petits êtres qu'il lui plaît de te donner ! Dès les premiers siècles, les conciles de Nicée et de Constantinople portent la peine de l'excommunication contre ceux qui exposent les enfants, leur ôtent la vie ou les empêchent de naître.

Et, joignant l'exemple au précepte, l'Eglise s'est mise à la recherche des enfants abandonnés; elle leur a ouvert des asiles, des retraites, des hôpitaux. Nous voyons l'empereur Constantin édicter des lois qui viennent aider l'Eglise dans son action humanitaire à l'égard de l'enfance. Sous l'influence de l'Église, nous voyons des filles des Césars, de nobles patriciennes presser sur leur cœur les pauvres enfants que leurs ancêtres auraient foulés sous leur char. Et, à toutes les pages de l'histoire, nous voyons l'Eglise adopter les orphelins, les recueillir, les nourrir, les entretenir, les doter avec une telle munificence que le patrimoine du pauvre a un jour excité les convoitises de l'envie. Un jour des voleurs ont mis la main sur les biens de l'Église... Qu'est-il arrivé? Qu'avons-nous vu au commencement du xixe siècle? L'Eglise, nue et dépouillée, a su quand même retrouver une dotation nouvelle à l'enfance abandonnée, et on ne compte plus, à l'heure qu'il est, les orphelinats ouverts par elle et entretenus par son argent. Le prêtre vendrait plutôt les vases de l'autel que de laisser sans pain l'enfant dont il est le tuteur naturel. Va, sainte Église, va! Poursuis ta carrière à travers les siècles, mendie, recueille, bâtis, adopte, et apprends au monde que, si tu as tant fait pour le corps, c'est pour gagner l'âme ; apprends au monde que cette vie matérielle dont tu as ranimé la flamme expirante n'est vraiment chère qu'à ceux qui

veulent ranimer et sauver par là la vie mille fois plus précieuse de l'esprit et du cœur. Dans le paganisme la vie matérielle de l'enfant était un jeu ; dans le catholicisme, elle est sacrée, parce qu'elle sert d'enveloppe à une intelligence qu'il faut développer et à une âme qu'il faut former.

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