II. Il y a, dans l'enfant, une intelligence à développer
Que n'a pas fait l'Eglise à ce second point de vue!
Que de fois vous avez lu ou entendu dire que jadis l'instruction était réservée à quelques privilégiés de la fortune ou de la naissance... que l'Eglise, quand elle était au pouvoir, au sommet des affaires, a négligé l'instruction populaire, comme si elle avait craint pour ses dogmes une lumière trop vive, comme si elle avait eu besoin d'envelopper ses mystères d'une couche épaisse d'ignorance et de ténèbres! Cent fois déjà j'ai réfuté cette assertion menteuse. De nouveau, je la repousse, je la flagelle, je la déclare contraire à tous les documents historiques les plus incontestables.
Guizot, un protestant, nous dit qu'au vie siècle les Bénédictins fondent dans les Gaules de nombreux monastères, et que chacun de ces monastères comporte une école pour les classes populaires.
Au vine siècle, Théodulphe, évêque d'Orléans, établit des écoles gratuites dans tous les bourgs et villages de son diocèse.
Pendant tout le moyen âge les contrats d'apprentissage et de tutelle stipulent que le pupille ou l'apprenti sera mis aux écoles et instruit suivant sa condition, et cette clause est signifiée expressément pour de simples domestiques et valets de ferme.
Au xvie siècle, le protestantisme pille et incendie les écoles, et l'instruction populaire subit une éclipse. Mais bientôt, avec le Concile de Trente et le réveil catholique qui en fut la suite, l'enseignement du peuple reprend un nouvel essor, et de nombreuses congrégations religieuses viennent audevant du jeune âge et lui prodiguent le bienfait de la science.
Si bien qu'au xvme siècle, à la veille de la Révolution, au diocèse de Saint-Dié, baillis, syndics, notables se plaignent que les écoles enlèvent trop de bras à l'agriculture et aux ateliers. « Nos bourgs et nos hameaux, disent-ils, fourmillent d'une multitude d'écoles; il n'est pas de hameau qui n'ait son grammairien. »
Devant de tels témoignages, Messieurs, est-il possible d'entendre et de laisser dire que l'enseignement primaire est une invention moderne, qu'il a été créé et mis au monde par la Libre Pensée? Je vous demande, au nom de l'histoire et de
l'équité, de protester contre cette sotte, vilaine et perfide assertion.
Et, si l'Eglise dans le passé s'est préoccupée grandement de l'instruction, que fait-elle encore aujourd'hui? Elle ouvre des milliers d'écoles, et il faudrait une fameuse audace pour l'accuser de con-
juration contre la lumière. L'Eglise a sauvé la vie matérielle de l'enfant. Elle a développé sa vie intellectuelle. Est-ce tout? Non. Dans l'enfant il y a plus et mieux qu'un corps à faire vivre et une intelligence à instruire.