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I. Admirez l'enfant chrétiennement élevé

Qu'ils sont beaux vos enfants, Messieurs, quand la religion les touche de son sceptre divin et les recouvre d'un reflet surnaturel; quand ils vous sont rapportés des fonts du baptême avec la grâce sanctifiante qui ne demande qu'à se développer, à arriver à son terme, à gagner ses cimes, à briller, à resplendir ; quand, arrivés à leur douzième année et comprenant déjà le prix de leur âme, la bonté de Dieu et les grandes vérités chrétiennes, ils s'approchent de la Table des anges, et quand ils vous reviennent le soir de ce grand jour transfigurés dans la lumière de la première communion et tout pénétrés des essences de la foi et de la vertu ! Qu'ils sont beaux quand ils s'avancent dans la vie, le front plein de sérénité et le cœur plein d'inno-

cence ! Une goutte de rosée peut refléter tout le firmament ; ainsi une âme d'enfant reflète le ciel. Il est beau, l'enfant transfiguré et divinisé par la religion. Il a des amabilités qui attirent, des saillies qui charment, des élans qui captivent, des jeux môme qui ne nous laissent point froids et indifférents. Chateaubriand se promenait un jour tout pensif au Luxembourg, et il était absorbé à considérer des enfants qui, assis à terre, jouaient et faisaient des figures sur le sable. Il avait été ministre, ambassadeur, décoré du Saint-Esprit, de la Toison d'Or, du grand-cordon de Saint-André... et une chose l'arrête et le captive, c'est de voir des enfants jouer sur le sable. Il avait fait René, le Génie du Christianisme, il avait tenu tête à Napoléon, il avait ouvert l'ère poétique du siècle, et il ne sait plus qu'une chose qui le captive, voir jouer des enfants sur le sable. Il avait vu l'Amérique, Rome, la Grèce, Jérusalem, et il est en extase devant des enfants qui jouent et font des ronds sur le sable. Oh ! que voilà bien la puissance de l'enfant ! Pères de famille, que voilà bien votre histoire! Vous vous arrêtez interdits, respectueux, charmés, hypnotisés devant vos enfants, et vous avez raison. Je ne sais plus quel professeur allemand au xvie siècle avait coutume de donner ses leçons la tête découverte pour honorer, disait-il, les consuls, les chanceliers, les docteurs et les maîtres qui sortiraient un jour de son école. Votre

enfant, Messieurs, c'est plus qu'un docteur, plus qu'un consul. Si la religion habite dans son âme et la parfume de ses arômes divins, c'est un élu en germe, c'est une fleur divine, c'est un Dieu en fleur, c'est un beau lys dans lequel viennent se mirer les anges, c'est une belle rose, dit le curé d'Ars, et les trois divines Personnes descendent du ciel pour en respirer le parfum.

Si j'étais artiste, si j'avais dans ma tête le génie d'Apelles et dans ma main son pinceau, savezvous comment je m'y prendrais pour peindre la vraie beauté, pour lui donner sur la toile une figure digne d'elle ? Voici ce que je ferais. Je la représenterais sous la forme joyeuse d'un enfant innocent et pieux, et je dirais sans crainte au ciel et à la terre : « Regardez, admirez, inclinez- vous, car voici l'image de la Beauté! C'est un enfant de douze ans. Son visage respire la douceur. Son front calme et pur s'épanouit dans une sérénité qui fait penser à un ciel sans nuages. Ses lèvres donnent un sourire qui rappelle les premières brises du printemps. Ses yeux lancent une flamme qui jaillit comme la splendeur matinale de l'aurore. Tous ses traits sont vifs, animés, limpides, et forment comme une sorte de magie vivante, reflet superbe de la beauté idéale d'Adam et d'Eve au lendemain de leur création. » Ce portrait, Messieurs, que je serais impuissant à produire sur la toile, il y a un artiste merveilleux qui, chaque jour, le réalise, et,

chaque jour, le présente à l'admiration de Dieu et des hommes... Cet artiste, c'est un ange! Et voulez-vous le connaître, cet ange invisible qui jette sur la figure de l'enfant le sourire de la paix, l'épanouissement de la vertu et le rayon de la vraie Beauté? On l'appelle l'ange de la religion. Quand la religion s'empare de l'enfant, quand elle le couvre de ses caresses, de ses sollicitudes, et de ses bénédictions, quand elle l'enrichit de ses lumières et de ses énergies surnaturelles, ô merveille! elle le transforme, elle le spiritualise, elle en fait une créature supérieure. Et puis que va-t-il advenir de cet enfant?

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