I. ÉCUSF, UltRK
écialail aujourd’hui une nouvelle révoluliou, on frémit à la pensée de la rançon qu’aurait à payer le clergé pour la solidarité illusoire qui a semblé régner, pendant quelques années, entre l’Église et l’Empire.
Ne cessons donc pas de nous rappeler et de répéter les belles paroles de M. Guizot, de cet illustre protestant qui s’est couronné d’une gloire nouvelle en défendant, contre d’ingrats catholiques, la souveraineté pontificale (Applaudissements) :
« Les bienfaits du despotisme sont courts, et il empoisonne les sources mêmes qu’il ouvre. 11 ne possède, pour ainsi dire, qu’un mérite d’exception, une vertu de circonstance, et, dès que son heure est passée, tous les vices de sa nature éclatent et pèsent sur la société '. »
Ici, sans doute, je ne prêche que des con-
•' Histoire de la Civilisation en France, 2* leçon.
DANS L'ÉTAV LIBUK.
verlis. Daos la libre Belgique, le pouvoir absolu ne rencontre que de rares admirateurs. Mais je sors d’un pays où, depuis douze ans, l’on a entendu chaque jour, dans le camp catholique, proscrire et maudire la recherche des garanties politiques, la liberté de la tribune et les résistances parlementaires. En étudiant la généalogie de cette école, je lui ai trouvé un ancêtre qui a devancé et résumé toutes ses diatribes contre la liberté politique, dans une fameuse lettre du 7 avril 1771 à Saint-Lambert : « Je ne suis pas par- « lementaire..., j’aime mieux obéir à un beau « lion qui est né beaucoup plus fort que moi, « qu’à deux cents rats de mon espèce. » (Afouvement prolongé d’hilarité.) C’est Voltaire qui écrivait ainsi. Le beau lion était Louis XV.
Les monarchies absolues finissent ordinairement par un Lotiis XV, après avoir commencé par un Louis XL Les catholiques qui, en Belgique, en Au-
L’ËGLISK LIBRE
se
triche ou ailleurs, seraient tentés de se plaindre des inconvénients et des ennuis de cette forme agréable et honnête de la démocratie qui s’appelle la royauté parlementaire, me rappellent ces libéraux naïfs de la Restauration qui s’étonnaient, après la Révolution de juillet, de voir reparaître le budget d’un milliard. L’illustre émule du grand orateur que je citais tout à l’heure, M. Thiers, leur disait : « Âh ! vous vous plaignez d’avoir un « milliard à payer; eh bien! saluez au pas- « sage ces rives heureuses, car vous ne les « reverrez plus! » {Hilarité.) A ceux qui murmurent contre le régime constitutionnel tempéré par la royauté, il faut aussi dire : « Sa- « luez ces rives heureuses, car, une fois U quittées, une fois perdues de vue, vous ne U les reverrez plus. Il vous faudra désormais X naviguer, éperdus et tremblants, en pleine X démocratie, en pleine république, en plein « suffrage universel , et tâcher de ne pas
DAXS L'ÉTAT LIBRE.
« y perdre la tête. '> ( Nouvelle hilarité. )
Nous voici revenus sur le vaste terrain des dangers de cetle démocratie qui a envahi le monde moderne; dangers que les catholiques sont condamnés à rencontrer partout et toujours, mais qu’eux seuls doivent envisager sans crainte, parce qu’eux seuls sont sûrs de trouver dans leur foi la force de les braver'et de les surmonter. Souffrez que je résume ces dangers et que je les définisse en quelques mots.
Le premier de tous est cet esprit révolutionnaire qui n’est pas de l’essence de la démocratie, mais qui, presque partout, se confond avec elle ; cet esprit plus fatal mille fois à la liberté, dont il empoisonne les sources, qu’à l’autorité, dont il ne subit que trop volontiers le joug en échange d’une pâture quelconque jetée à ses instincts destructeurs. (Adhésion.) C’est lui qui, par les terreurs qu’il inspire comme par les appétits qu’il excite, est le