Metternich, Mémoires, Vil, p
2. Sur ce livre d'Ignaz Beidtel, voir la préface d'Alfons H liber, à la Geschichle der oeslerreiehischen Staalsverwaltunr/, du même auteur, I, p. xliv ; — et Clair, Éludes religieuses, juillet 1869, p. dOÎ.
Rodolphe dès le xvi* siècle. — « Il faut considérer le prêtre, avait en mars 1792 décrété l'emipereurLéopoldlLnonseulementcomme un prêtre et un citoyen, mais aussi comme un fonctionnaire de l'Etat dans l'Église. » L'esprit joséphiste, aujour lejour, sanctionnait et systématisait ces maximes augustes. Ses résistances occultes, puis ses manifestations publiques, paralysaient TefTet du Concordat qu'en 1855 François-Joseph signait avec Pie IX, et finalement en obtenaient la brutale abrogation.
L'Eglise d'Autriche se plaignait : un de ses évêques, Rudigior, dont Rome a plus tard instruit le procès de sainteté, fut condamné pour s'être plaint trop haut, et puis gracié. Le joséphisme avait des griffes, qui pouvaient même caresser. Il semblait parfois que l'Etat des Habsbourg, convoquant son Église sur les cimes mêmes du haut desquelles un département ministériel la gou-
vernail, lui monlrât, d'un gesle tentateur, les richesses qu'il lui laissait, les honneurs qu'il lui concédait : ces richesses servaient à sa charité, ces honneurs glorifiaient son Credo: que demandait-elle de plus? Être libre, peut-être? Mais c'était là un mot que la bureaucratie joséphiste ne comprenait point.
Là-bas, à Rome, la diplomatie autrichienne, s'empressant auprès du Saint-Siège, murmurait aux oreilles d'un Grégoire XVI ou bien à celles d'un Pie IX, en leur montrant, proche d'eux, la frémissante Italie : « Nous sommes solidaires, Très Saint-Père ; c'est moi qui vous protège. » Si Rome eût laissé faire, la protection fût bientôt devenue protectorat. Ouvrons la dépêche que recevait de Metternich, en 1831, son représentant auprès de Grégoire XVI:
Plus les intentions de l'Empereur à l'égard du gouvernement pontifical sont bienveillantes, sin-
cères et décidées, plus nous avons le droit de nous faire écouter à Ronne sur des mesures pour lesquelles on compte sur notre concours, et qui touchent à des intérêts de la nature la plus délicate et de la portée la plus étendue *.
Metternich exigeait beaucoup. On ne le sentait qu'à demi content, en 1832, de l'encyclique Mirari vos : il aurait voulu « une condamnation plus directe de Lamennais, qu'il appelait un radical politique, et une consécration authentique et formelle des principes de la légitimité » '. 11 était moins à cheval sur les principes lorsque en 1810, an dîner nuptial de Napoléon et de Marie-Louise, il ouvrait la fenêtre, levait son verre devant la foule, et criait : « Au Roi de Rome I » pendant que le Pape était sous les verrous. . . Mais vingt-deux ans plus tard Grégoire XVI, pour lui complaire pleinement, aurait dû modeler la théologie romaine
\. Metternich, Mémoires, V, p. 213.