‹ L'Église libre dans l'Europe libreChapitre 14 sur 49 · Metternich, Mémoires, Vlll, p. 51 et 32J · texte numérisé non relu

Metternich, Mémoires, Vlll, p. 51 et 32J

un grand pays catholique dans lequel la vie des âmes ne s'est jamais épanouie en une sérieuse activité missionnaire, et que ce pays c'est l'Autriche. Elle laissait à la France, à cette France dont Metternich redoutait si fort le mauvais exemple, le soin d'expédier aux quatre coins du monde des messagers du nom chrétien.

Mais FEspril, qui souffle où il veut, soufflait même en Autriclie : trois siècles d'oppression germanique^ fortifiée de nos jours par l'alliance de l'oppression magyare, n'avaient pu étouffer, en un certain nombre d'âmes catholiques, le sentiment des libertés nationales et l'aspiralion vers le rayonnement de l'Église. Il y avait de tout parmi elles : des Franciscains et des Jésuites, des chanoines rentes, de pauvres jeunes clercs, quelques évêques.

Valachie, Moldavie, Transylvanie, au début du xviii' siècle, étaient en passe d'oublier

les ancêtres latins qui, par leur sang, par leurs socs, par leurs tombes, avaient fait de ces terres des terres de « Remanie ». Dans la plaine transylvaine, quêtes traités de Carlowitz avaient mise sous la domination de Vienne, Saxons luthériens et Magyars calvinistes étaient les maîtres : la timide Église orthodoxe ne les gênait point. Mais en face de ces oppresseurs une voix s'éleva, pour rappeler l'ancienneté des Roumains, et ce que ce sol leur devait, et leur supériorité de nombre, et leurs dons de gouvernement ; celte voix, qui réclamait qu'ils fussent reconnus, en Transylvanie, comme « nation politique, » était celle de l'évêque catholique Jean-Innocent Micu, — l'évêque Klein, comme l'on disait dans les bureaux de Vienne, où l'on germanisait son nom, faute de pouvoir germaniser son esprit. Il se dressa devant la Diète transylvaine ; au nom même du droit naturel, il plaida pour

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la nation roumaine. Allons donc! Tinterrompait-on,il n'y a pas de nation roumaine, il y a des Roumains, une plèbe roumaine ! On parlait d'eux comme d'une propriété ; on les proclamait «superstitieux, méchants, fauteurs de désordres, prolifiques, indignes de privilèges nationaux. » On niait qu'ils fussent un peuple : Micu, solennellement, un jour de l'année 1744, les groupant en un meeting immense, les baptisa peuple. Vienne se fâcha, le nonce s'interposa pour lui. Quand même, on fit à Micu son procès. Il s'en fut à Rome, oii il mourut ; et longtemps les Transylvains qui visitaient la ville des Papes montèrent à l'église d'Ara Cœli pour invoquer dans sa .sépulture ce tribun mitre ^

Rome d'ailleurs devenait poureux unfoyer de réveil national. Quand le gouvernement

^. Jorga, Histoire des Roumains de Transylvanie et de Hongrie, II, p. 78 et sniv.

de Vienne envoyait au Collège de la Propagande des clercs de Transylvanie, il les destinait, uniquement, à faire de la théologie. Mais ces clercs trouvaient à Rome d'autres leçons : ils y rencontraient un docteur dont Vienne avait tort de ne point s'inquiéter, docteur du passé et docteur de l'avenir, aux pieds duquel ils aimaient à s'asseoir: c'était l'empereur Trajan, bataillant et trônant sur les bas-reliefs d'une colonne. « Que de fois ne l'ai-je pas regardée, cette colonne merveilleuse ! » s'écriera plus tard un de ces clercs, devenu l'un des premiers historiens roumains, Georges Sincai '.

Ces écoliers du grand empereur, rentrés chez eux, murmuraient jusqu'au delà des Carpathes, jusqu'aux oreilles des Valaques et des Moldaves, l'éclat du nom de Trajan, et les leçons qui se dégageaient de cette loin-

1. Pompiliu Eliade, De Vinfluence française sur l'esprit public en Roumanie, p. 293.

laine épopée de pierre. Ils parlaient de ce trophée du nom romain comme d'un trophée du nom roumain. Ils aidaient ainsi la personnalité roumaine à se mieux connaître et à se mieux défendre, et préparaient de longue date la déclaration que l'évêque Sulut, premier métropolitain « catholique uni » de Transylvanie entre 1851 et 1867, devait un jour faire entendre sous le joug même de Budapest. « Dans notre cœur, proclamera Sulut, ainsi que dans le cœur de toute nation envers tous les membres de leur nation, on trouve cette impulsion, ce sens surnaturel, par lequel nous aimons nos frères roumains qui habitent dans les principautés danubiennes ou dans n'importe quelle région du monde*. »

Durant ces dix-septième et dix-huitième siècles où le latinisme, en Transylvanie, commençait à lutter pour renaître, le slavisme,

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