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Louis Léger, La Renaissance tchèque au xix«sièc/e,p

2. Emile Haumant, La Yougoslavie, éluiies et souvenirs. p. 106.

Georges Krijanitch. Il sentait que la langue était avilie, et s'imposait des « travaux herculéens » pour la réhabiliter, la rajeunir, l'enrichir, et faire du croate un instrument de science. L'œuvre se révélait malaisée. Alors Krijanitch, s'enfonçant en Russie, y promenait un double songe : le songe d'union des Églises, qu'à liome même il avait ébauché par un docle résumé des controverses orlho" doxes;et puis le songe d'un idiome panslave, qui emprunterait au russe, au croate, au slavon, toutes leurs richesses, grandes ou menues. En Russie, il connut les tracasseries, l'exil; mais il ne se découragea ni d'écrire ni de forger une langue pour mieux écrire; et le livre qui s'intitulait la Politique, q{ dans lequel s'essiyait celte improvisation linguistique, semblait corroborer par ses lointains échos l'offensive du Tchèque Balbin contre les infiltrations des Allemands. « Ils envahissent nos pays, disait à son tour Krijanitch, sous

prétexte d'y apporter les arts de la paix et de la guerre, et ils ne trouvent plus le cherain du retour. » Oui, certes, ils envahissaient, et même ils submergeaient. Krijanitch avait demandé que l'hôpital Saint-Jérôme des Illyriens*. qui accueillait à Rome Croates, Dalmates, Bosniaques et Slavons, reçût aussi les Slovènes de la Carniole et de la Styrie : il n'avait pu l'obtenir. Le flot germanique dont Viennedirigeait les courants s'étendait en incoercibles nappes sur le pays Slovène : et ce fut sans doute l'un des nombreux chagrins de Krijanitch de redouter qu'un jour la personnalité slovène, à force d'être oubliée, ne perdît elle-même son propre souvenir ^ .

Mais cent cinquante ans plus tard, Napo-

1. On trouvera le bref de fondation de cet hôpital (21 avril 1453) dans la brochure : Le Monténégro et le Saint-Siège, la question de Saint Jérôme, par le Marquis Mac Swiney de Mashanaglass, p. 63. (Rome, 1902).

2. Voir l'étude de M. Louis Léger sur Krijanitch, dans Nouvelles éludes slaves.

léon, grand éveilleur d'àmes nationales, secoua les Slaves du Sud comnae il secouait le reste du monde ; et l'un d'entre eux, s'enflammant, célébra dans un même poème le magicien qui venait d'ouvrir une tombe et le peuple qui lentement en sortait.

« Napoléon a dit : Réveille-toi, Illyrie ■' Elle s'éveille, elle soupire : Qui me rappelle à la lumière V

0 grand héros, est-ce toi qui me réveilles ? Tu me donnés ta main puissante, tu me relèves.

Notre race sera glorifiée, j'ose l'espérer. Un miracle se prépare, je le prédis.

Chez les Slovènes pénètre Napoléon, une génération tout entière s'élance de la terre.

Appuyé d'une main sur la Gaule, je donne l'autre à la Grèce pour la sauver. A la tête de la Grèce est Gorinthe, au centre de l'Europe est l'Illyrie. On appelait Gorinthe l'œil de la Grèce, l'Illyrie sera le joyau du monde ^ »

Dans cette Ode à V Illyrie res suscitée, le Habsbourg et le Grand Turc purent lire de

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