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Louis Léger, Histoire de l'Aulricht-Honçjrie, p

futures destinées : elle préparait la Yougoslavie, et elle pressentait Navarin. Ce prophète, cet ouvrier d'histoire, était un moine Slovène, Vodnik, fondateur depuis 1797 du premier journal populaire qu'eussent connu les Slaves du Sud.

L'Autriche apprit bientôt que le frôlement de nos armeset le lyrisme du moine avaient pour toujours réveillé les Slovènes. En 1814, un petit campagnard, qui s'appelait Antoine Slomsek, entrait au gymnase de Cilli : il devenait tout de suite un glorieux écolier, et lorsque l'heure fut venue de faire au professeur des compliments de gratitude, le petit garçon parla slovène. C'était, dans le gymnase, une demi-révolution : les autres enfants lui demandèrent de devenir leur maître. Et plus tard comme prêtre, et puis comme inspecteur scolaire, et enfin comme évêque de Lavant, Slomsek demeura toujours un précieux instituteur de la langue maternelle.

Poésies pour enfants et prédications pour adultes, grammaires et cantiques, se succédant sous la signature de Slomsek, attestaient son désir d'alimenter et de revivifier l'âme de tout le peuple. « Personne n'achète des livres Slovènes, » lui disaient au début les imprimeurs ; et des ordres de Vienne prohibaient l'association qu'il voulait fonder pour propager les bonnes lettres Slovènes. Mais il tenait bon, créait en 1846 unegrande revue annuelle, écrite en slovène, que modestement il dénommait les 3Iiettes, — miettes de pain quotidien, de bon pain bien indigène, présentées à ses diocésains pour leurs lectures de l'année. 11 devenait un auteuràlamode, un auteur à succès : les éditeurs se disputaient sa plume. Certains bureaucrates, à Vienne, souhaitaient que sur les bords de la Drave et de la Save le prêtre, en son catéchisme, employât l'allemand ; et des Slovènes se rencontraient, prompts à

toutes les concessions. Un article sévère les visa, sous le titre : Blâme aux Slovènes germanisants ; il portait la signature de l'évêque. Ayant lancé cotte suprême flèche aux déserteurs de la nation, Slomsek, en 1862, se reposa dans sa tombe ^

Et bientôt, dans le clergé slovène, sous la physionomie d'un autre prêtre, un barde surgissait : Gregoriec, — c'était son nom, — commémorait, dans une de ses poésies, un certain mercredi des Cendres. Tour à tour, devant l'officiant, les fidèles avaient défilé, présentant au stigmate morose leurs fronts humiliés. Mais un personnage survenait, c'était le peuple slovène, qui ne devait plus, lui, être humilié. Et l'officiant, rejetant soudainement la soucoupe de cendres, s'écriait : « Lève-toi, mon pauvre peuple, jusqu'ici foulé aux pieds dans la poussière :

1 Kosar, Anton Martin Slomsek, Fiirstbischof von Lavant -Mai-bourg, 1863j.

ce n'es! pas le jour des Cendres qui est toa jour, c'est le jour de la Résurrection i. » Vienne continuait de germaniser, mais ces voix d'Église donnaient l'impression, qu'à certaines heures fatidiques les pierres sépulcrales se lèvent pour les peuples, comme autrefois pour leur Dieu.

L'Autriche de 1860, qui venait dereculer, en Italie, devant la fraternité la tine, vit se dresser, en plein Beichsrath , un interprète magnifique de la fraternité slave, Strossmayer : une bourgade croate, Diakovo, l'avait pour évêque. D'une voix haute, et qui portait, ilréciamait l'application du principe fédératif. Il y aurait encore, sans doute, un Empire danubien, si François-Joseph avait écouté... L'âpreté des frottements avec les Magyars, que Strossmayer considéra jusqu'à son dernier jour comme une « race fière,

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