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Léger, Serbes, Croates et Bulgares, p

égoïste, et tyrannique au plus haut degré *, » ne soulevait en son àme auaune idée de vengeance, aucun désir d'installer à son tour une tyrannie : ses lettres pastorales s'inspirèrent toujours de cette pensée, que « nous ne pouvons devenir dignes de la liberté et de la culture qu'en étendant la même liberté à tons ceux avec lesquels nous sommes en contact, à quelque foi ou à quelque race qu'ils appartiennent, et en les laissant partager avec nous le bénéfice de la liberté et de la civilisation ». I! ajoutait avec son autorité d'évêque : « C'est là l'enseignement de la Croix, et la loi de tout groupement humain qui désire être digne des fruits de la Rédemption ^ » Jamais les gouvernants de Vienne et de Bude, dans les plaies du

1. Strossmayer à Gladstone, 25 juillet 1892 (Selon Watson, The South Slav queslion and fhe llabsburg monurchy, p. 444). Voir.sur Strossmayer, t/n apôtre de l'Unité yougoslave, par Edouard Marbeauet le comte Louis Voïnovitch (publié par la Ligue des universitaires serbo-croato-slovènes).

2 Strossmayer à Gladstone, 13 mars 18~9 [loc. cit., -p. 438).

Crucifié saignant pour tous les hommes, n'avaient su déchiffrer cet enseignement-là ; mais Strossmayer avait une àme d'apôtre, qui ne désespérait de convertir personne, pas même eux.

En lui s'incarnait l'idéalisme de 1848 : il ne voulait pas la mort de l'Autriche, mais qu'elle se convertît et qu'elle vécût, — qu'elle vécût en permettant à chacun de ses peuples de vivre sa vie. Il la concevait comme « un grand État neutre, fondé sur la vérité, sur la justice, qui préviendrait la collision entre Germains et Slaves, et qui assisterait sincèrement et efficacement les peuples des Balkans dans leurs justes aspirations. » « Je donnerais ma vie, écrira-t-il plus lard à Gladstone, pour sauver ce grand pays, qui a une tâche magnifique à jouer dans la nouvelle situation du monde. » La monarchie dualiste necomprenaitpas ; à la dièle croate, l'élément magyar, par des procédés factices,

s'assurait une prépondérance injuste. Strossmayer, alors, secoua sur ces parodies d'assemblées parlementaires la poussière de ses mules épiscopales. On lui marchandait la possibilité d'être avocat politique des Croates : il allait exercer, au milieu d'eux, une sorte de souveraineté intellectuelle, qui s'étendrait jusque chez les frères serbes, et qui propagerait au loin, comme un gage d'avenir, les splendeurs de la vieille culture croate. Né de parents modestes, il avait connu, dans sa jeunesse, la difficulté de s'instruire : il voulait aplanir aux générations nouvelles l'accès de la science. Lentement victorieuse des malveillances impériales, l'Académie de Zagreb s'ouvrait définitivement en 1867, et puis, en 1874, l'Université de Zagreb. Strossmayer aimait ces deux créations ; il leur dévouait son éloquence, ses revenus, son cœur. Auprès de lui, des équipes de savants besognaient : il y avait là le prêtre Malko-

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vilch, géographe et slalisticien, et puis, surtout, l'historien Racki, un chanoine qui piochait comme un bénédictin.

François Racki, jeune prêtre, avait, en 1848, par fraternité de race, compati de loin au martyre de la ville de Prague, œuvre douloureuse de la brutalité germanique : l'acuité de son émoi mit en branle sa vocation. Vocation toute pacifique, d'ailleurs, et qui, non plus que celle de Strossmayer, n'avait rien de systématiquement séditieux. « L'Autriche, demandait un jour Racki, veut-elle déserter le rôle qui lui convient, trahir les Slaves qui la maintiennent, pour la plus grande gloire des Allemands, qui guettent sa ruine ? Une semblable politique ne correspond ni aux traditions de la dynastie des Habsbourg ni à ses vrais intérêts, et elle compromet son avenir ^ » Incompris à

1. Vladimir Zagorsky, François Huc/à ni la renaissance scientifique et politique de la Croatie, T^. 158.

LES VIEILLES NATIOiNALITÉS DANUBIENNES 11

Vienne, il se retournait vers ses frères ; et partout où il y avait des Slaves, sa science faisait œuvre de patriotisme. Il se fit l'historien des populations yougo-slaves, le défenseur des prétentions croates sur la Dalmatie, l'exégète du droit constitutionnel dont jouissait la Croatie du moyen âge ; et l'on trouvait sur sa table, au soir de sa mort, le brouillon d'un pacte d'alliance, qui devait unir Croatie et Dalmatie, istrie et Carniole, Herzégovine et Bosnie, en un seul et même peuple. L'histoire yougo-slave, avant lui, était « moins connue des Yougo-slaves euxmêmes que celle de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre » i : entre les mains de ce prêlre, elle était devenue, pour la géographie politique elle-même, un puissant agent de transformation ; et les publications de TAcadémie de Zagreb, qui devaient, à la fin du siècle, dépasser trois cents volumes, attes-

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