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Voir Jean Desgranges, Le Pape et la guerre (Limoges

Je suis près de vous, répondait on substance le Saint-Siège, et tout près de vous ; je m'efîorce de faire le plus de bien possible, sans acception de personnes, sans distinction de nationalités ou de religions.

Condamnés à mort graciés ; prisonniers grands blessés, rendus à leurs familles; prisonniers malades transférés en Suisse; déportés civils arrachés à leurs geôles, témoignaient qu'au jour le jour le Saint-Siège voulait être bienfaisant, et qu'il y réussissait ^ Le désir m ême qu'il avait démultiplier ces menus services, dont le total devenait imposant, apparaissait à Benoît XV comme l'épanouissement normal de son universelle pater-

1915); — Paul Dudon, Le Pape el la guerre{?Qx[s, Lethielleux, 1915), q\. L'Action de Benoît XV pendant la guerre (Paris, Beauchesne, 1918); — Mgr Vanneufville, Le Pape Benoit XV et larjuerre (Limoges, 1917) ; — l'abbé Octave Misonne. Le Pape, la Belgique et la guerre (Paris, Bloudi ; — l'abbé Thellier de Poncheville, L'action du Pape pendant La guerre (Paris, Frères d'ar??!es, 1919)

1. On trouvera le bilan, très complet, des initiatives et interventions charitables du Saint-Siège, dans la Revue Inlernationale de la Croix-Rouge (de Genève) du 15 juillet 1919, sous la signature de Mgr Vanneufville.

nité. L'opinion laïque allait-elle se plaindre quela puissance spirituelle fît acte de philanthropie ? Bien des fois on avait dit, depuis deux siècles, que la théocratie avait fait son temps. Mais, par une volte-face singulièrement curieuse, une partie de l'opinion laïque, cessant de prendre ombrage des « ingérences » de l'Église, se montrait émue, maintenant, de ce qu'on appelait ses effacements, et semblait attendre, avec une fièvre chagrine, que les lèvres de Benoît XV ressuscitassent le langage d'un Grégoire VII. Et d'aucuns, qui se réjouissaient peut-être, la veille encore, que Luther eût jadis émoussé les foudres de l'Eglise romaine, demandaient ce qu'attendait le Pape pour excommunier les violateurs du droit.

Il aspirait, lui, — sa note du !«■■ août i 917 en donna la preuve, — à pouvoir un jour être médiateur, pour abréger l'effusion du sang ; et la feuille officielle des palais apos-

toliques, répondant auxiojpaliencGsqui souhaitaient qu'il lit, dans le détail, acte déjuge, objectait que, pour concilier deux parties, le meilleur naoyen n'est peut-être pas de condamner tout d'abord l'une d'entre elles...*. Au surplus, celle des deux parties contre laquelle la conscience humaine réclamait en plein XX" siècle une sorte de verdict théocratique, paraissait fort mécontente elle-même de certaines démarches du Saint-Siège.

11 déplaisait à l'Autriche qu'en mai 1915, au moment où elle ne désespérait pas encore d'abolir par une revanche de ses armes le nom même de la Serbie, le gouvernement de Benoît XV ratifiât, avec le cabinet serbe, ce Concordat que la chancellerie de Vienne avait considéré comme une catastrophe : la Serbie, que volontiers l'Autriche eût supprimée de la carte d'Europe, prenait place, au

1. Mgr Touchet, [ai Paix p on H fie aie, p. 33. (Paris, LeUiielleux.)

lOS L'itGUSE LIBRE DANS L'EUROPE LIRRE

contraire, parmi les « relations» du Vatican.

Il déplaisait auxMagyars que Benoît XV, résistant à toutes les pressions diplomatiques, refusât de pourvoir durant la guerre à la vacance du siège épiscopal de Diakovo, qu'avait occupé l'illustre Strossmayer et sur lequel ils eussent aimé faire installer un prélat magyar comme chef spirituel de la Slavonie K

Il déplaisait à l'Allemagne qu'en juillet 1915, au moment même où quelques kilomètres autour de la Panne marquaient les limites de la souveraineté belge, le cardinal Gasparri écrivît officiellemonl au ministre de Belgique que Benoît XV, réprouvant devant le Consistoire du 22 janvier précédent toutes les violations du droit, avait compris sous ce terme Taltentat germanique contre la neutralité belge.

Il déplaisait à l'Allemagne d'apprendre,

1. Comte de \oïno\ilch, Correspondant, 25 novembre 1910, p. 697.

le 10 septembre 1917, par une autre lettre du même cardinal, que dans la note pontificale du l*^"" août, l'alinéa où le Pape prévoyait, pour raisons de justice et d'équité, l'éventualité de certaines indemnisations, visait, entre autres cas, celui de la malheureuse Belgique.

Il déplaisait à l'Allemagne encore que, dans son allocution consistoriale de Noël 1917, Benoît XV célébrât solennellement la prise de Jérusalem par les armées de l'Entente, qu'il saluât ce fait de guerre comme une rencontre des desseins humains avec le plan divin, qu'il discernât dans les événements de Jérusalem « un langage singulièrement éloquent, » et qu'il parût y lire, — c'est ce qui mettait en courroux la Gazette de Cologne^ — « une sorte de jugement de Dieu en faveur de l'Angleterre et de la France » i.

1. Nouvelles religieuses, l^"" décembre 1918, p. "08. — Compai'er dans les Nouvelles religieuses, 15 août 1919, p. 484-

Cependant les diverses opinions nationales, en terres d'Entente, persistaient à réclamer du Vatican qu'il donnât au « Jugement de Dieu » une expression plus décisive et plus tranchante, plus dégagée des complexités coutumières au langage de chancellerie, plus directement accessible aux oreilles profanes, plus directement susceptible, en un mot, de se passer d'interprétations. Leurs exigences à l'endroit du vicaire de Dieu, chef spirituel de l'humanité chrétienne, demeuraient tenaces et se faisaient sévères 1 ; et comme il les décevait en ne prenant pas lui-même l'accent d'un belligérant, le parallélisme qui existait entre les conceptions politiques de l'Entente et celles du Vatican demeurait malencontreusement voilé.

485, un article du pasteur Danneil, de Magdebourg, publié dans la Ma;/debuvf/is'che Zeilung du 6 février 1918, et accusant le Vatican d'avoir été partial en faveur de l'Entente. 1. Voir à i'encoDtre, l'article du P. Le Floch dans le Correspondanl du 10 mars 1919.

Léon X[IIet Pie X avaient empêché que l'Autriche n'exploilât le calhoHcisme pour les intérêts du germanisme : deux concordats avaient mis hon ordre. Benoît XV survint,et certaines de ses suggestions, -— faites avec sa manière propre, h laquelle souvent Ton fut inaltentif, — furent une secousse pour les maximes d'oppression qui étaient devenues l'assise même de F Autriche. A rencontre du germanisme prussien maître de Strasbourg et de Posen, à l'encontre du germanisme aulrichien maîlre de Triesle, de Prague et de Zagreb, l'Entente luttait pour que les peuples asservis fussent affranchis. Desoncôté, Benoît XV demandait, dès le 28 juillet 1915 : « Pourquoi ne pas peser dès maintenant, avec une sereine conscience, les droitsetlesjustesaspirations des peuples? Pourquoi ne pas entamer de bonne volonté un échange direct ou indirect de vues ayant pour but de tenir compte, dans la mesure

du possible *, de ces droits et aspirations ? » Imaginez, en cet élé de 1915, Lamennais ressuscitant, regardant l'Europe, constatant que les Puissances qui ont pour elles la justice ne sont encore assurées d'aucune prépondérance de force, et puis écoulant le Pape, et relevant sous la plume papale ces mots chers à son génie ; « droits des peuples, aspirations des peuples » : il eût conclu qu'il y avait quelque chose de changé depuis l'heure oti il accusait rapidement Grégoire XVI d'ôlre le captif de Metternich; et quant à Metternich, il eût, une fois de plus, inculpé de libéralisme le Vicariat spirituel du Christ. Le temps n'est plus où, suivant le mot de

1, Oa insinuerait à tort, croyons-nous, que ces mots : dans la mesure du possible, pouvaient marquer une atténuation savante do la pensée pontificale. Ces mots prévoyaient bien plutôt les impossibilités eliectivcs auxquelles tôt ou tard on devait se heurter, dans certaines zones mitoyennes, pour régler l'attribution des populations, et qui devaient une fois de plus démontrer que le principe des nationalités, poussé jusqu'à l'extrême, n'est plus qu'une « fausse idée claire », suivant l'heureuse expression de M. Hauser.

Monlalembert, « l'impitoyable diplomatie distribuait les hommes comme de vils bestiaux et vendait la foi des nations au plus offrant » K La philosophie politique sur laquelle reposait l'Etat des Habsbourg s'accommodait de ces marchés ; mais les « aspirations » des peuples ont fait prévaloir leurs « droits ». On dit que l'empereur Charles était prêt à comprendre, à se faire l'architecte d'une Autriche plus fraternelle, plus chrétienne, plus humaine ; c'était trop tard: la monarchie dualiste appartenait à cette catégorie d'agonisants dont la mort précède la conversion.

En octobre 1918, au moment même où allait succomber cette ennemie séculaire des autonomies nationales, Benoît XV acclamait la résurrection de la Pologne, et dans une lettre publique il ajoutait ce vœu, « qu'il fût accordé à toutes les nationalités même

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