Yves de la Brière, Études, ÎJ octobre l'.!l9, p
maintien de l'ordre public en chaque État ; et pour la substitution aux armées d'une institution d'arbitraire, avec une haute fonction pacificatrice, selon des règles à concerter et des sanctions à déterminer contre l'État qui se refuserait, soità soumettre les questions internationales à un arbitrage, soit à en accepter les décisions.
Ces lignes furent publiées enaoùtl917,sur la colline vaiicane. Entre le « quatorzième point » ultérieurement défini par le président Wilson et le point « fondamental » ainsi formulé par le Pape, il y a convergence, avec une précision plus impérieuse, plus audacieuse, dans la manière pontificale de dessiner l'avenir K Le « quatorzième point » fit du bruit, le « point fondamental » en avait fait beaucoup moins. De telles diversités d'accueil pourraient passer à la longue pour un manque d'équité intellectuelle. D'aucuns
1. Charles Gonthier,Le Papeet la Sociétédes Nations {Lyon, 1919). Une conversation du cardinal Gasparri avec Mgr Touchet, évêque d'Orléans, reproduite dans son livre : La Paix pontificale, p. 42 et suiv., apporte des précisions nouvelles sur ce a point fondamental ».
diront peut-être, en relisant ce « point fondamental, » OU en le lisant pour la première fois, que ce sont là des idées singulièrement proches de celles du socialisme international. Ce n'est probablement pas pour effrayer beaucoup certains protagonistesde laSociété des Nations. Mais l'internationalisme socialiste, qui n'a pas encore fait ses preuves de pouvoir constructeur, aura bien sûrement ses entrées sous quelques-uns des portiques qui s'édifient à Genève : il pourrait y avoir quelque avantage pour la juvénile Société à accueillir et à écouter, en même temps, le « supranationalisme » catholique, d'autant plus soucieux, lui, de reconnaître l'existence et la personnalité des nations, qu'il se rappelle les avoir autrefois baptisées.
Voici consacrée, par la Conférence de la Paix, l'idée d'une législation internationale du travail : l'instrument diplomatique qui fixe les assises du monde futur consigne en
l'un de ses chapitres les principes mêmes de cette législation. Le vœu que formulaient, depuis quarante ans, certains groupements de sociologues catholiques, est ainsi comblé * l'entente internationale qui devait, dans leur pensée, <^ frayer la voie à la lutte contre l'anarchie de la production, » passe tout doucement du domaine de l'idéal dans celui de la réalité. Plus d'un quart de siècle s'est écoulé depuis que Léon XIII en personne, dans une lettre au Suisse Gaspard Decurtins, réclamait celte entente i.
On avait écouté sa voix, là où ilsouhailait le plus ardemment qu'elle fil impression ; et tandis qu'à la Haye, parmi les diplomates, le Pape était absent, il dépêchait au contraire un représentant officiel dans les congrès périodiques qu'organisait, depuis le début du xx*^ siècle, V Association inlemationale
i. Voir le texte de la lettre de Léon XIII dans Léon Grégoire, Le Pape, les catholiques et la queslion sociale, 4« éd., p. 280-280 (t-aris, Perriu).
poui' la protection des travailleurs. Pour laisser parler le Saint-Siège en matière internationale, des sociologues comme M. Millerand ou des représentants du monde ouvrier comme M. Keufer étaient moins gênés que ne l'étaient les diplomates. Des mémoires techniques, des vœux détaillés, concernant j)ar exemple le travail des femmes ou bien l'emploi du phosphore blanc, étaient transmis au Pape, comme à tout autre gouvernement ; et parmi les actes du cardinal Merry del Val, on trouverait en 1904 une lettre qu'il adressait au président de V Association internationale, — c'était, celte annéelà, un conseiller national de Saint-Gall, — au sujet de ces délicates questions *.
Éconduite du jeu de ce monde par la timidité des chancelleries, la Papauté y rentrait, sans forcer aucunes portes, pour une besogne d'humaine pitié : elle y était comme