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CHAPITRE VIII

L’ASSEMBLÉE DE QUIERZY

L’exposé historique ne mentionne pas la présence du pape. Or, le Liber pontificalis dit la même chose, car il s'exprime ainsi : Pippinus vero cum ammonitione gratia et oratione ipsius venerabilis pontificis absolutus, in loco qui vocatur carisiacus pergens. Le mot absolutus signifie que le roi a pris congé du pape, et le mot pergens montre bien qu’il se rend seul à Quierzy. La suite de la phrase, ibique... eos tanti patris ammonicione imbuens..… pourrait faire croire que le pape a harangué lui-même les grands du royaume, maïs cela veut dire seulement, que le roi leur a transmis l’ammonition que le pape lui avait adressée à lui-mêmet.

Tout fut adopté d’acclamation, toujours d’après le Quierzy lui-même, ...cum consensu et clamore omnium. Cette déclaration ne suffirait pas à écarter toute hypothèse qu’une opposition ait pu se prodire au sein de cette assemblée, de la part des partisans de la paix qui n’auraient pas encore suivi l’évolution du roi; car, du moment où on a passé

1. On trouve dans les collections conciliaires (Mansi, XII, 588, sqq. ; Hardouin, III, 1985) un document dont le début est ainsi conçu : « Responsa quae dedit, cum in carisiaco esset monasterio Britiniaco… ». Il s’agit du monastère de Brétigny, situé à 4 kilomètres de Quierzy, et on voit par là que le pape a du venir à Quierzy, peut-être même à Brétigny. Mais il n’est pas nécessaire d’identifier cette visite avec l’assemblée du 21 avril. Le pape est resfé encore toute une année en France, et il est naturel de penser qu’il a dû être quelque temps, l’hôte personnel du roi à sa villa de Quierzy.

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outre, on s’abstiendrait d’en conserver la trace. Mais je crois que les démonstrations énergiques dont parle Eginhard, ainsi que nous le verrons plus loin, n’ont pas dû se produire à Quierzy. Les événements alors n’allaient pas aussi vite. Le roi sait par sa propre expérience, que l'opinion n’est pas favorable à la guerre, et il est probable qu’à cette époque on faisait comme aujourd’hui, on procédait de proche en proche. On aura donc cherché quelque moyen d’écarter de l’Assemblée ceux qui étaient les plus hostiles, et le très court délai qui s’est écoulé depuis sa convocation, a rendu la chose assez aisée, dans un temps où il n’y avait pas de communications rapides. Tel pouvait être le cas de Boniface! qui n’aurait pas pu être prévenu à Utrecht, en temps utile. Carloman qui se trouvait alors en France, n’a pas dû non plus être invité, tous les deux étaient certainement très opposés à la guerre.

Le texte même donne la composition de l’assemblée, elle comprenait les évêques, les abbés, les ducs et les comtes? C’est cet ensemble qui constituait les opiimaltes qui jouent un si grand rôle dans la politique mérovingienne. Une semblable énumération se trouve dans beaucoup de documents de

1. Il est aujourd’hui démontré que la date du martyre de saint Boniface, longtemps controversée entre les années 754 et 755, doit être fixée au 6 juin 754. M. Schuler, Das T'odesjahr des hl. Bonifacius, dans Pastor Bonus, Tréves, 1e juin 1906. Il a donc passé l'hiver à Utrecht, et il s’est abstenu, malgré tout son attachement au Saint- Siège, de venir saluer le pape Etienne II pendant son séjour en France.

2. Quierzy. His et ceteris exortati precepimus ut ex regnis nobis a domino sulditis episcopi et abbates et duces et grafiones dominica actavis pasche nostre adessent presentie cum quibus de talibus inire debeamus consilium.

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l’époque; ces quatre ordres de l'Etat sont devenus plus tard les pairs ecclésiastiques et les pairs laïques. Rien n'oblige à croire, malgré cela, que cette réunion ait été très nombreuse. Nous trouvons une assemblée du même genre en 77! auprès de Charlemagne, qui lui fait contresigner la donation au pape Hadrien, universos episcopos, abbates duces etiam et grafiones in eam adscribi fecit!. Bien que l’auteur nous assure que tous les évêques et les abbésont signé, il est certain que ces ecclésiastiques ne se trouvaient à Rome qu’en petit nombre, quelques-uns cependant suivaient toujours l’armée. Il y avait également beaucoup d’absents parmi les ducs et les comtes, le mot universos s’applique donc seulement aux personnages qui étaient présents. Cela montre une fois de plus qu’il ne faut jamais presser le sens des mots qui sont employés dans les documents de cette époque. Si ce diplome nous avait été conservé en entier, nous saurions les noms de tous les assistants, mais il manque le protocole final et nous n’avons aucune signature.

Voici tout ce qui nous est parvenu. Comme ce latin de basse époque est quelquefois un peu obscur, à cause de la longueur et de l’incorrection des phrases, j'en donne ici la traduction en français, d’après la restitution de MM. Schnürer et Ulivi à laquelle j’ai apporté de légères modifications. On trouvera plus loin? l'édition critique du texte latin, avec tous les 1. Lib. pont., 1, 498. L'identité absolue des termes ne doit pas surprendre si on se rappelle que cette donation de 774 a été copiée

en partie sur celle de 754.

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