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LA PREMIÈRE EXPÉDITION EN ÎTALIE

La guerre ayant finalement été acceptée, l’armée se mit en marche au printemps. Les Annales de Lorsch placent en effet la première campagne à l’année 705, et le Continuateur de Fredegaire dit que l’armée se réunit à Braine le 1er mars. Enfin, le Liber ponlificalis a noté que la paix fut conclue dans l'indiction VIII, c’est-à-dire entre le 1 r septembre 754 et le 31 août 755. Ces trois documents sont d'accord et ïls s’harmonisent parfaitement avec les événements que nous venons de voir, Ce sont les seuls qui comptent, mais il existe une foule d’annales brèves qui enregistrent les principaux faits, sans en indiquer la liaison, et elles otfrent des divergences incroyables. Elles ont subi des additions dont il nous est impossible de faire la critique, Car aucune ne nous est parvenu en original, Nous restons ainsi en présence des fautes de copie, ce qui fait qu'il ne faut les consulter au’avec précaution. C’est cependant dans ce fouillis que Jaffé a cru trouver un motif d'avancer la première campagne à l’année 754, contrairement aux Annales de Lorsch. Ce système proposé en 1867 a toujours été très mal fondé, il a été adopté à la légère par Oelsner, 1871, par Martens, 1885,et enfin par Duchesne, en 1892. Il n’est plus soutenable aujourd’hui que nous connaissons le détail des faits par l’exposé

du Quierzy et par la Revelatio. Je n’en dirai donc . pas davantage, et je renvoie dans les appendices, au chapitre XI, 1, une discussion détaillée, que je présenterai par égards pour Jaffé, et pour les critiques éminents qui l’ont suivi.

Le Liber poniificalis nous apprend qu’une quatrième ambassade fut encore adressée, pendant que l’armée était en marche. La Chronique de Moissac précise qu'on était arrivé au passage des Alpes. Pépin demandait au roi Astolf de ne pas affliger l'Eglise romaine, dont il était le défenseur par une disposition divine, mais de rendre justice de tout ce qu’il avait enlevé. Astolf s’élevant dans l’orgueil, proféra de sottes paroles contre le pontife, ne promettant pas autre chose que de lui laisser libre passage pour rentrer Chez lui. Maïs les envoyés insistaient et assuraient que Pépin ne s’éloignerait pas de la frontière lombarde tant que lui Astolf n'aurait pas auparavant accompli la justice de saint Pierre, justitiam sancto Petro faceret. Astolf demanda en quoi consistait cette justice; à quoi les envoyés répondirent : Tu dois rendre la Pentapole, Narni et Geccano, et satisfaire à toutes les plaintes du peuple romain contre ta méchanceté. Et Pépin te fait savoir que si tu accomplis ainsi la justice de saint Pierre, il te donnera douze mille sous d’or. Astolf méprisa toutes ces propositions et renvoya les ambassadeurs sans aucune parole de paix!

1. Chron. Moiss. Ut sanctam Romanam ecclesiam, cuius ille defensor per ordinationem divinam fuerat, non affligeret, sed omnem institiam de rebus ablatis faceret. Haïstulphus vero in superbia

On reconnaît ici l’effet de la convention de Quierzy qui a chargé totalement les conditions de la paix. La Pentapole n’est autre chose que l’exarchat de Ravenne!. On y ajoute Narni et Ceccano qui sont des dépendances directes du duché de Rome. Narni est annexé depuis trente ans au duché de Spolète et Ceccano vient d’être occupé par les Lombards de Bénévent. Pépin veut toujours acheter la paix. Mais il réduit un peu son offre, il ne donne plus que 12.000 sous d’or, il a supprimé les 27.000 sous d’argent. Notons enfin qu’il se dit le défenseur de l'Eglise romaine, per ordinaitonem divinam. C’est la doctrine même formulée dans le discours du pape, tel qu’il nous a été transmis par la Revelatio.

La guerre qui suivit nécessairement le refus d’Astolf, fut très courte; l’armée convoquée à Braine, auprès de Soissons, pour le 1° mars 755, avait dû mettre environ deux mois pour atteindre le mont Cenis, ce qui conduit au mois de mai. Les opérations militaires peuvent être resserrées en quelques se-

elatus convitia etiam in praefatum pontificem per inepta verba imponens, nihil aliud se facere promittens, nisi viam se praebere, quatenus ad propria remearet. Illi vero missi promittebant, non aliter dominum Pippinum a finibus Langobardiae esse profecturum, nisi prius Haistulphus institiam sancto Petro faceret. Haistulphus autem requisivit, quae illa iustitia esset; cui legati responderunt : Ut ei reddas Pentapolim, Narnias et Ceccanum, et omnia unde populus Romanus tua iniquitate conqueritur; et hoc tibi mandat Peppinus, quod si iustitiam sancto Petro reddere vis, dabit tibi duodecim millia solidarum. Haistulphus his omnibus spretis, legatos absque ullis pacificis verbis absolvit.

1. La Pentapole est proprement une partie de l’Emilie qui cons- Litue elle-même le sud de l’exarchat, et où se trouvent la plupart des territoires conquis par Astolf en 751.

maines, après quoi l’armée retourna immédiatement en France. Pépin n’était pas encore revenu le 11 juillet quand s’ouvrit le concile du Ver, mais il était rentré à Compiègne le 29 juillet 755, car il a signé un diplôme qui nous est parvenu!

La Chronique de Moissac fait connaître les conditions du traité. Elles sont conformes à l’ultimatum ; abandon de la Pentapole, de Narni et de Geccano. Mais de plus, Astolf paya à Pépin 30.000 sous d’or, et il prit l’engagement d’acquitter un tribut annuel de 5.000 sous d’or. Tout cela fut juré solennellement. Après quoi, Pépin ayant reçu la bénédiction du Seigneur Apostolique prit congé d’Etienne II, lui ayant remis Ravenne, la Pentapole, Narni et Ceccano,

avec leurs dépendances.

Le Conlinuaieur de Frédegaire raconte en détails les opérations militaires, par où on voit qu’elles ont été menées très rapidement. Mais ensuite, il se borne à dire qu’Astolf dut se rendre à discrétion, et il vante la générosité de Pépin, qui lui fit grâce de la vie, en lui laissant même son royaume. Cet historien insiste sur le ravage de l'Italie, et sur le riche butin que les Francs ont rapporté; Astolf dut faire des présents non seulement au roi mais aux principaux de son entourage. Voici quelques extraits du texte latin :

Rex Pippinus. usque ad Ticinum peraccessit castrametatus est, undique omnia quae in gyro fue-

1. Voir les chapitres IX, x11 et xt, les diplômes de Pépin, et les diplômes d'’Astolf.

Macaigne \ 20

rant, vasians, partes Italiae maxime igne concremavit illam vastans, et castra Langobardorum omnia diripuir et mullos thesauros auri et argenii et alia ornamentia quam plurima et eorum tentoria omnia rapuil et coepil.. Præfatus Rex Pippinus clemens ut erat, misericordia motus vitam et regnum ei concessit, et multa munera Aistulfus Rex partibus prædicti Regis donat. Nam et optimatibus Francorum multa munera largitus est... His transactis Pippinus Rex cum exercitu suo vel mullis thesauris ae multis muneribus Deo adjuvante reversus est ad propria (Cxv).

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