‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 117 sur 222 · Cod,:car., épr. 11, p · texte numérisé non relu

Cod,:car., épr. 11, p

formules, donalio, chirographum y reviennent à chaque instant. Après 757, il n’est plus question du texte même de la donation, maïs de la promesse verbale, qu’il faut accomplir, non pas d’une façon restreinte avec l’exarchat diminué par les dernières conquêtes de Luitprand, mais avec abondance, en reprenant le plus grand exarchat, tel qu'il était autrefois. Les reliquae civilales sont celles qui compléteraient le grand exarchat. Le Liber pontificalis a soin de ne jamais parler de la donation de Quierzy, il ne dit même pas qu’un acte écrit a été établi, ce qui prouve que sa rédaction est postérieure à 757, et même assez largement, pour oser omettre un point aussi capital. 11 faut sans doute la reculer vers 764, une dizaine d’années après les faits.

Malgré que Pépin ne soutenait pas ses réclamations, le pape avait tout de même obtenu quelque chose, De guerre lasse, Didier lui avait abandonné Faenza et Ferrare avec les deux petites places de Bagnacavallo et de Gabello.

Pépin mourut en 768, et on revint à la déplorable coutume germanique de partager le royaume entre ses deux fils. Les deux jeunes rois Charles et Carloman ne s’entendaient pas. On craignait qu’ils n’en vinssent à se faire la guerre, quand Carloman mournt fort à propos. Lés grands du royaume eurent alors la sagesse de réparer la faute commise, et de réunir tout le pays sur la tête de Charles.

Mais il se trouva une très petite minorité de brouil- : lons, qui auraient voulu proclamer rois les très jeunes

enfants de Garloman, pour susciter tous les désordres d’une minorité. Didier crut habile de les soutenir! pour faire pièce au roi Gharles qui venait de répudier sa fille. En même temps, il jugea le moment favorable pour reprendre même l’exarchat diminué qui était depuis vingt ans cédé au pape. Je pense que cette agression ne fut que l’accessoire, la suite va montrer que Gharlemagne, à l’exemple de son père, se souciait fort peu de l’exarchat. Mais, avec beaucoup de raison, il ne pouvait pas tolérer qu’on mit en doute sa propre autorité à l’intérieur du royaume très heureusement unifié.

Telle est l’origine de la guerre de 774. Elle fut, comme on le pense bien, entreprise sans hésitation, Didier sentant qu'aucun accommodement n’était possible, se défendit très longlemps dans sa capitale Tout le royaume de Pavie fut annexé à la France

Lors de cette troisième expédition de 774, et quelques jours avant la prise de Pavie, alors qu’on ne savait pas encore que le royaume des Lombards allait ne plus exister, Charlemagne étant venu à Rome, renouvela la donation de Pépin en l’amplifiant sur certains points. Le pape Hadrien put alors espérer que la question pendante depuis 17 ans sur les limites de l’exarchat, allait être résolue selon ses désirs. On inséra, en effet, dans le diplôme du 6 avril 774, dont la Vila Hadriani nous a conservé le dispositif?

1. Le duc Auteharius était au nombre des opposants. C’est omme cela qu’il passa au service de Didier.

2. Lab. pont., 1, p. 498... a Lunis cum insula corsica deinde ni uriano deinde in monte Bardone id est in verceto deinde in Parma

qu’il s’agissait de l’exarchat comme il était autrefois, sicut antiquitus eral. On avait ajouté également l’Istrie et la Vénétie, ce qui demande explications

De l’ancienne province de Vénétie qui s’étendait dans la vallée de l’Adige, il ne restait plus rien en terre ferme, à l’Empire Grec. Ce dernier n’avait que les villes qui s’étaient formées depuis l'invasion dans les lagunes de la côte. C'était, sans nul doute, l’ancien territoire occupé maintenant par les Lombards qu’on avait en vue. Quant à l’Istrie qui était plus à l’est, toute sa partie nord était devenue le duché de Frioul, dans l’état lombard également. Les Byzantins n’avaient plus que la péninsule, avec la ville de Grado (Gradisca) isolée dans une île de l’Izonzo Ces annexions, à prendre en grande partie sur les Lombards, auraient prolongé beaucoup vers le nordest l’exarchat de Ravenne, et aggravé singulièrement la situation excentrique de cette partie de l’Etat Pontifical. On ne s’explique pas trop les prétentions des papes qui s'étaient manifestées à ce sujet dès 1717. Mais la question n'eut pas à se poser, car Charlemagne, devenu lui-même roi des Lombards, se montra beaucoup moins généreux de son propre bien.

Ayant reçu, dès 779, la soumission du duc de Frioul, il garda pour lui cette dépendance de son

deinde in Regio et exinde in Mantua atque monte Silicis simu] que et universum exarchatum Ravennantium sicul antiquitus erai, atque prfvincias Venetiarum et Istria necnon et cuntum ducatum Spoletinum et Beneventanum.— Voir le chapitre X, 1v, page 485.

1. Voir au chapitre X, v, page 493, la lettre du pape Etienne III, au Patriarche de Grado.

nouveau royaume, et quand, plus tard, la guerre de 787 contre l'Empire Grec le rendit maître de l’Istrie byzantine, il la conserva également.

En outre, pour l’exarchat lui-même, il toléra longtemps l’usurpation de l’archevêque de Ravenne, lequel ne figure en aucune façon dans le diplôme du 6 avril. C'était là une double violation manifeste du serment qu’il venait de faire. 1l avait juré solennellement, sur son salut éternel, d'observer fidèlement la donation, et, dès le lendemain, il manquait à sa promesse,

Cette façon d'agir qui nous semble si étrange, était alors assez fréquente. Il était d’usage d’insérer dans les actes diplomatiques bien des clauses qu’on n'avait pas l’intention d’observer, et qui ne tiraient pas à conséquence. C’est pourquoi il faut n’interpréter qu'avec précaution les documents de cette époque. Mais le cas présent sort en vérité de l’ordinaire, et qu’arrivat-11? Devant cette mauvaise foi, cet abus de la force qu’ils n’osaient pas reprocher ouvertement à leur puissant protecteur, les clercs faibles et désarmés, ne pouvaient se défendre que par la ruse. On imagina de faire remonter à la donation primitive de Pépin, tous les territoires contestés, et de là viennent les interpolations du Quierzy, qui en ont fait le Fantazzi. Fort heureusement elles sont aisément reconnaissables, parce qu’elles portent la marque des préoccupations qui n’existaient pas en /54, et nous avons pu les retrancher pour rétablir ainsi le texte original.

Ce diplôme ainsi falsifié, il faut bien le dire, ne pouvait pas être opposé à la chancellerie franque, qui possédait l'original, mais il dut être mis en circulation dans le public, pour agir sur l'opinion, qui, à cette époque déjà, était une force. On fit mieux encore, et on fabriqua la fameuse Donation de Conslantin, qui pouvait atteindre le roi lui-même. La pièce n’avait plus qu’une valeur morale, mais on ne pouvait rien vérifier. C’est ainsi que le pape Hadrien a pu, dans une lettre de 7781, conseiller à Charlemagne d’imiter la générosité du grand empereur. Le succès fut si complet que Charlemagne se décida peu à peu à restituer, au moins en partie. Et la supercherie n’a été découverte que dans les temps modernes.

Il faut reconnaître, pour être juste, que Charlemagne accorda en 787 un agrandissement très utile du duché de Rome, qui se prolongea de 60 kilomètres le long de la côte de Toscane?. C’est ce: que Pépin aurait dû faire dès le premier jour, et il l'aurait pu aussi bien que ce qu’il a fait, puisque l’acte de Quierzy est établi dans l'hypothèse d’une victoire complète, réduisant les Lombards à discrétion. |

Ces faits ne rentrent pas dans le cadre que je me suis tracé, on en trouvera un récit très précis dans le petit livre de Duchesne.

La carte n° IV, présente le détail de toutes les

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