L'ETAT PONTIFICAL ET L’EMPIRE GREC
Nous avons déjà vu que la donation de Pépin ne changeait rien à la situation du duché de Rome par rapport à l’Empire Grec. Après comme avant, le pape en est toujours le souverain de fait, mais comme il n’y a plus d’exarque à Ravenne, le duché de Rome se trouve par là même agrandi, et cela depuis 751 ou même depuis 749, du duché de Pérouse, qui le prolonge vers le nord. Après 756, il y aura toujours au nord l’autonomie vénitienne, qui était encore dépendante de Constantinople, et au sud les territoires de Gaëte et de Naples qui se rattachaient au patrice de Sicile. Au centre enfin, les duchés de Rome et de Pérouse restent sous la suzeraineté théorique de l’empereur, mais ce lien, dernier vertige de la domination byzantine, qui depuis un siècle s’amincit toujours de plus en plus, est devenu tellement ténu qu’il est presque invisible, et qu’il va bientôt disparaître entièrement.
Aussi, il n’y eut aux yeux des contemporains aucun changement, et on peut croire que beaucoup ne le désiraient pas. Le biographe, dans le Liber pontificalis, de Paul Ier qui succédait à Etienne II, de 757 à 7/67, ignore totalement les Francs. On croirait à le lire qu'ils n’ont aucune relation avec le Saint-
Siège. Pour lui, les souverains régnants sont toujours les empereurs grecs, Constantin V et Léon IV1, Ce qui prouve que, même à Rome, et dans l’entourage des papes, qui sont en correspondance continuelle avec les rois des Francs, il y a toujours un parti grec, resté fidèle à l’empereur byzantin. Pendant près de vingt ans, on continue, à Rome même, à dater les actes publics par les années de l’empereur de Constantinople. Ce dernier reçoit encore la qualification de Dominus nosler dans un diplôme du 20 février 772 et c’est seulement dans une bulle de 781 qu’apparaît la formule nouvelle, regnanle Domino nosiro, Deo et Salvatore Jesu Christo?.En outre, l’expression respublica employée pour désigner ce qui restait de l’ancien Empire, se trouve également dans le même diplôme de 772, et elle figure pour la dernière fois dans la première partie de la Vita Hadriani écrite en 774.
A cette époque, aucune fiction ne pouvait plus masquer la rupture, puisque l'Etat Pontifical était sur le point et depuis longtemps déjà, d'entrer en guerre avec l’Empire Grec. Les choses n’allaient pas trop vite, car la tension avait débuté en 760, mais c’est seulement en 767 que les hostilités devinrent menaçantes, et elles ne se réalisèrent qu’en 778. Il serait intéressant de savoir à quelle époque les impôts perçus dans le duché de Rome, n’ont plus été envoyés à Constantinople, mais Je n’ai pu découvrir aucun renseignement à ce sujet.