‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 120 sur 222 · Jaffé-Ewald · texte numérisé non relu

Jaffé-Ewald

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Il est probable qu'on a continué à payer jusqu’au moment où les difficultés ont commencé, sous le pontificat de Paul Ier, vers 760. M. Schnürer a remarqué que dès lors, quand la guerre fut imminente, le territoire de l’Empire Grec, qui était toujours dans le langage de l’époque, celui de la République Romaine, est devenu l’opposé de l’Etat pontifical. Et il s'appuie là-dessus, pour supposer que les mots reipublicae Romanorum, qui convenaient bien, en 754, pour désigner le duché de Rome, ont dû être supprimés dans la rédaction, de 20 ans plus tardive, du Fanltuzzi. Le raisonnement est ingénieux, mais ne me paraît pas concluant. Les plagiaires de ce temps n’ont pas de tels scrupules, ils ne prennent pas la peine de corriger, et il est très rare qu’ils retranchent quelques mots.

La situation du roi des Francs par rapport à l’Empire Grec, était elle-même assez curieuse, et comme beaucoup de choses à cette époque, très compliquée. Nous avons vu, en son temps, qu’il avait reçu, à la fin de 7953, un premier ambassadeur nommé Marinus, qui, selon toutes probabilités, lui avait apporté le titre de Patrice. Il s’en est paré aussitôt dans le protocole du Quierzy, le 21 avril 754. Rappelons que ce personnage, dont le Liber ponldificalis ne parle pas, dut partir de Constantinople avec le silentiaire Jean, mais il ne vint pas jusqu'à Rome. Rien ne l’empêchait de se rendre par mer sur la côte de Provence. S'il a fait diligence, il a pu joindre Pépin en Saxe vers la fin d’octobre.

” L'arrivée du pape qui suivit de près et qui causa

dans le peuple une émotion considérable, fit oublier l'ambassadeur impérial, à tel point qu'aucun chroniqueurs n’en a parlé. Ce fait, qui a passé inaperçu, a eu cependant une réelle importance. À ce moment donc, les relations entre le roi des Francs et l’empereur de Constantinople étaient excellentes. Ce dernier a pu penser, et de fait il a cru, que Pépin s'était mis tout entier à son service.

Aussi, quand la nouvelle de la victoire remportée sur les Lombards parvint à Constantinople, l’empereur envoya aussitôt une nouvelle ambassade pour féliciter le roi des Francs, et recevoir la part qui revenait à l’Empire, c’est-à-dire l’exarchat de Ravenne.

Les envoyés se rendirent d’abord à Rome. Ils y arrivèrent comme Astolf avait levé le siège pour se porter à la rencontre de l’armée franque, sans doute en avril 766. Ils repartirent par mer et débarquèrent à Marseille. Maïs le roi était déjà en Italie, et ils le rejoignent à Pavie, où il vient de battre les Lombards pour la seconde fois. Pépin refusa nettement de rien donner à l’empereur, disant que sa conquête était tout entière pour le Saint-Siège. Les ambassadeurs retournèrent donc à Constantinople en passant par Rome, et le Liber pontificalis se plaît à raconter leur déconvenue.

Ainsi, l'Etat Pontifical se trouve, à l’origine, composé de deux parties, dont la situation juridique est différente. Le duché de Rome reste compris dans l’Empire Grec, et 1l en est de même pour le duché de Pérouse, l’exarchat de Ravenne en est indé-

pendant, il ne peut avoir de lien qu’avec le royaume des Francs. La même observation serait applicable aux deux donations antérieures de Luitprand, de 725 et de 742, mais personne ne s’avisait, à cette époque, de presser ainsi le sens des textes.

Malgré l’échec de la réclamation impériale, les relations entre les deux souverains continuèrent amicales pendant plusieurs années. On faisait échange de politesses. Constantin envoyait de riches présents, parmi lesquels un orgue, qui fut regardé comme une merveille. Le fait a été consigné dans certaines annales très brèves qui ne retenaient que les événements importants. Pépin, de son côté, rendait de grands honneurs aux envoyés de l’empereur, il leur donnait la première place à sa cour, et il les invitait à siéger dans les conciles. Tous ces faits, qui sont connus depuis longtemps, s’expliquaient mal quand on croyait que les rapports s'étaient établis après la seconde expédition en Italie, car les circonstances étaient alors vraiment peu favorables. Ils paraissent aujourd’hui moins singuliers, si les relations remontent à une époque plus ancienne, où un alliance était au contraire projetée.

Les Byzantins, cependant, ne renonçaient pas à l'Italie, et ils mirent en œuvre leurs procédés habituels d’intrigues. Ils tentèrent d’abord de brouiller le roi des Francs avec les papes, mais sans y réussir. Ils eurent plus de succès avec les Lombards. Ceux-ci avaient conservé les duchés de Spolète et de Bénévent. Les réfugiés du royaume de Pavie servirent

d'agents pour susciter des troubles qui menacaient l'Etat Pontifical. Et les Grecs réussirent, néanmoins, à ménager l'alliance de Charlemagne. Ainsi, il y eut en 781 un projet de mariage entre une fille du roi et le jeune empereur Constantin VI. La rupture survint en 787, et les Byzantins firent alors, pour reconquérir Italie avec l’appui des Lombards, un effort militaire important, qui aurait été mieux placé en 753. Une armée débarqua en Calabre, mais elle fut battue par les Francs. Depuis lors, la cour de Constantinople ne chercha qu'à faire la paix en abandonnant ses prétentions sur l'Italie centrale. Un premier traité fut conclu en 803, mais le couronnement de Charlemagne avait créé une difficulté nouvelle qui resta en suspens. C’est seulement par un nouveau traité signé en 812 que Charlemagne fut reconnu comme empereur d’Occidentt, |

Par ces traités, le haut domaine du duché de Rome passait de l’Empire d'Orient à l'Empire d'Occident, et Louis le Pieux ne tarda pas à légitimer, si on peut parler ainsi, l'Etat Pontifical, qui était déjà parvenu à l’âge adulte. Le privilège de 817 porte en tête de son dispositif Civilas Romanorum cum ducalu suo, ce qui n’est pas écrit, nous l’avons vu, dans le diplôme de 754.

1. On trouvera le récit de ces faits dans Diehl, op. cit., p. 228 sqq.

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