‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 124 sur 222 · LAS ER · texte numérisé non relu

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suite, En raison du développement de ses services administratifs et des besoins de sa politique, la curie romaine se verra obligée de lever des impôts sur le clergé des autres pays, ce qui sera la source, en France et en Allemagne, des conflits les plus graves, incon- . nus à l’époque mérovingienne.

En même temps, l’état social se transforme. La grande propriété disparaît, l’opulence gallo-romaine qui était une survivance déjà attardée des trois siècles de paix, aux beaux jours de l’Empire, fait place de plus en plus, à des seigneurs besogneux, dont les revenus sont absorbés par des charges multiples. Au lieu d’enrichir l'Eglise, ils ne songent, au contraire, qu’à la dépouiller. Le grand pillage de Charles Martel a donné le signal, et l’opération continue toujours, pour alimenter. l'effort militaire qu'impliquent les guerres incessantes de Charlemagne. La légende a fait de lui un héros, qui nous est disputé par les Allemands. C’est là une gloire qui coûte cher, elle a porté en germe le terrible déchirement de la Réforme. On conçoit qu’il ait dû pacifier la Saxe, mais qu’'était-il besoin de franchir des limites naturelles comme les Alpes et les -Pyrénées ?

Si on se place à la fin du vie siècle, le pouvoir temporel de l’évêque est déjà très étendu, grâce aussi à l’immunité, et il arrive un peu partout à balancer celui du comte. Que l’évolution ainsi commencée se prolonge normalement quelque temps encore, et on devrait logiquement voir éclore nombre de souverainetés épiscopales analogues à celle

du pape de Rome. Mais il faut se défier, en histoire, des raisonnements déductifs, car à cette époque, le fait même qui accuse la transformation de l’état social, est venu tout changer; la grande spoliation de Charles Martel, qui se prolonge jusqu’au 1xe siècle. Elle va même se généraliser encore davantage au xe siècle. Partout à cette époque, on constate une invasion des biens ecclésiastiques par les seigneurs laïques, et le procédé est toujours le même, Les dignités ecclésiastiques sont conférées en même temps que la jouissance des biens, à des hommes de guerre qui ne changent rien à leur genre de vie. Bientôt, ils ne prennent plus la peine de recevoir les saints ordres, ce qui, à vrai dire, n’est pas un mal. Mais ils occupent la place d’un prêtre, ils en usurpent même certaines fonctions, et il tend à se former une espèce de clergé laïque, marié, héréditaire, qui ne conserve de l’état ecclésiastique que la prétention de percevoir à son profit les revenus, les dîmes et même toutes les oblations des fidèles. L'Eglise était donc menacée de se voir absorbée par la société laïque. Heureusement, une réaction vigoureuse a été suscitée par l’ordre monastique, la congrégation de Cluny provoqua la réforme de Grégoire VII. L'histoire de cet événement si remarquable est très connue, mais je n’avais pas encore compris, que cette invasion des biens ecclésiastiques par des laïques, dont parlent tous les documents, avait sa première origine, par delè le règne si brillant de Charlemagne, dans le grand désordre du vire siècle.

À partir du xi® siècle, des restitutions sont opérées, et le courant des libéralités se rétablit. On pourrait donc dire que le xrre siècle se rattache à la fin du vrie siècle, après une interruption de 400 ans.

A cette époque, le système féodal est dans son plein, mais déjà la royauté capétienne est en lutte avec lui, et elle se sert du domaine de l'Eglise pour le combattre. Les rois trouvent avantageux de conférer aux évêques des droits régaliens de souveraineté, parce qu'ils seront pour eux des vassaux plus dociles. L'opération n’est pas sans danger, car les grandes familles féodales s'efforcent de perpétuer leurs cadets sur les sièges épiscopaux, et c’est pourquoi elle n’aura qu’un temps. Dès le xive siècle, la royauté se sentant plus forte, va tâcher de reprendre aux évêques ce qu’elle leur a donné. Ainsi, la seigneurie épiscopale n’aura été en France qu’un état transitoire, un moyen de soustraire une partie du pays à la féodalité laïque, pour la faire rentrer ensuite sous l’autorité du roit.

Ceci est un schéma très simplifié des faits qui sont, comme toujours, plus compliqués. Il serait généralement impossible de préciser, dans l’infinie

variété de l’histoire locale, le processus des événements. Dès l’époque mérovingienne, les évêques

ont toujours détenu une part notable du pouvoir temporel. On les voit au premier rang parmi les grands du royaume, et cette situation a toujours subsisté. Vers le xe et le xie siècle leur autorité

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