LE CLERGÉ MÉROVINGIEN
Enfin, on me permettra de signaler en terminant, l’évolution qui s’est accomplie dans la constitution même du clergé. À l’époque mérovingienne, alors que le domaine de l’Eglise était en pleine croissance, les vocations tardives étaient nombreuses. Beaucoup plus souvent qu'aujourd'hui, certains personnages entraient dans les ordres, après avoir accompli toute une carrière laïque et avoir été mariés. Il arrivait qu'ils ont quelquefois eu, plustard, leur propre fils pour successeur. Saint Grégoire le Grand a été préfet de Rome, et le pape Silvérius était fils de saint Hormisdas. Ceux qui n’avaient pas d’enfants, étaient eux-mêmes les bienfaiteurs de leur église, Aïnsi l’évêque Bertramn légua 35 villas à l’église du Mans. Tout cela a été renversé par la suite, quand, dans la noblesse, les petits enfants sont voués dès le plus jeune âge à l’état ecclésiastique, pour obtenir de riches bénéfices.
De plus, en raison de leur domaine territorial et de leurs fonctions, les évêques étaient très mêlés aux affaires du monde, et nous savons que la faveur du roi était d'ordinaire leur principal titre. Ils sortaient souvent du Palais, et il semble bien qu’ils avaient en général, quelque instruction. Mais que
dire des simples prêtres, que le droit de patronage des bienfaiteurs avait pourvus d’un bénéfice, et placés à la tête d’une paroisse de campagne. On leur demandait bien peu de chose, Nous voyons, non pas dans un pamphlet satyrique, mais dans des pièces officielles conservées dans les archives d’une grande églisel.qu’en plein xirie siècle, ils laissaient beaucoup à désirer pour les mœurs, pour la tenue, ainsi que pour l'instruction. Certains ne savaient pas lire, et ne savaient pas dire la messe, ou ne comprenaient pas un mot de ce qu’ils récitaient. Cette situation persistera longtemps encore, et ne commencera à s'améliorer que par le progrès général de l'instruction. Le concile de Trente s’en émut et il ordonna de pourvoir à la formation des clercs, ce qui fut réalisé au xvite siècle par l'institution des séminaires. Mais, depuis lors, le clergé forme une catégorie à part dans le peuple, à qui on a inculqué dès l'enfance une mentalité spéciale, et cela n’est pas sans inconvénients. Malgré les très louables efforts qui sont faits pour l’initier aux choses de la vie moderne, il éprouve quelque peine à connaître les questions posées, et, pour employer une expression à la mode, se pénétrer de l'esprit réaliste qui gouverne aujourd'hui le monde. Cela pourtant est nécessaire pour aborder nos contemporains.
C’est ainsi que l’œuvre de sanctification imposée à l'Eglise par sa mission, exige un effort continu d'adaptation. Et on remarquera combien est lent
1. Le journal des visites pastorales de l'archevêque de Rouen, Eude Rigaud (1258-1249) édité par Bonnin. Cf. A. Lachaire, op. cit., p. 52.
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le rythme de ces événements. Il a fallu jusqu'ici des siècles pour qu’ils atteignent le terme de leur évolution, et prennent une orientation différente, leur allure sera sans doute maintenant un peu plus rapide.