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LE LIBER PONTIFICALIS

Les auteurs des chroniques ne prétendent pas comme les annalistes, enregistrer mécaniquement des faits strictement contemporains. Ils sont quelque peu postérieurs, et ils embrassent l’ensemble des événements dans un récit continu, qui en fait connaître la liaison. Et, s’ils veulent bien donner quelquefois une date précise, leurs indications sont beaucoup plus claires. L’allure de leur narration permet souvent : de juger s’ils sont bien informés, mais il faut compter avec les scrupules de l’histoire officielle, la seule qui existe généralement, et ils ne disent pas toujours,

- tout ce qu'ils savent.

Comme il y a trois parties engagées, il faudrait pour bien faire, les entendre toutes les trois. Mais la destruction de la monarchie lombarde par Charlemagne a réduit les auteurs de cette nationalité à un silence plus complet que ne le souhaiterait la critique moderne. Paul Diacre qui écrivait à cette époque, a jugé prudent d’arrêter son Üisloire des Lombards à la mort de Luitprand. Nous trouverons seulement de ce côté quelques diplômes d’Astolf qu’il sera intéressant néanmoins de consulter. Mais le document le plus important, sans contredit, est d’origine romaine, c’est la notice qui est consacrée au pape Etienne Il dans le Liber ponlijicalis que l’on appelle par abréviation la Vila Ste-

phani. Il est le seul qui embrasse l’ensemble des faits, et qui en donne un récit circonstancié depuis l’origine. Sans lui, il nous serait impossible de reconstituer la charpente générale de cette partie de l’histoire. On trouvera cependant bien des compléments, et comme une contre-partie de la narration romaine, dans les chroniques franques, enrichies maintenant de l’exposé historique de la fameuse donation de Quierzy du 21 avril 754. -

On reconnaît au premier coup d’œil, que l’auteur de la Vita Siephani est un contemporain bien informé. Il a vécu dans l'entourage du pape, il l’a suivi en France, il a été son conseiller et son secrétaire. On a de bonnes raisons de croire qu’il a participé à la rédaction de ses lettres. Il raconte des événements dont il a été non seulement le spectateur attentif, mais encore un acteur de premier plan. Il a un peu écrit ses mémoires, et son récit est infiniment précieux, Car il nous donne une vue prise de l’intérieur des personnages, il exprime vivement leurs sentiments intimes par la passion même qui anime son style, et qui lui donne une couleur toute spéciale.

Chaque fois que le nom du pape revient sous sa plume, c’est toujours le bealissimus, sanclissimus, coangelicus, almificus. Pépin reçoit invariablepent l’épithète de chrislianissimus, benignissimus, excellentissimus. Mais s’il s’agit d’Astolf, le roi des Lombards, il est prolervus, impius, atrocissimus, nequissimus, pesliferus, malignus, filius iniquitatis, etci.

L; Les formules élogieuses sont évidemment inspirées par la chancellerie byzantine, et les invectives en sont ie contre-coup.

Un pareil langage serait un grave défaut chez un avteur qui se donnerait comme historien impartial, mais telle n’est pas, et loin de là, la prétention du biographe d’Etienne II. Il veut, comme les polémistes de tous les temps, défendre une idée qu’il croit bonne. Son but est d’inspirer une vive hostilité contre les Lombards, et il y a si bien réussi, que son texte a dû ensuite être expurgé, pour être lisible par des chrétiens d’origine lombarde, qui n'ont pas cessé, après comme avant, de faire partie de l'Eglise universelle. Il y a donc une recension lombarde de cette partie du Liber pontificalis d’où ces traits injurieux ont été soigneusement supprimés.

Mais s’il est certain que l’auteur est un contemporain bien renseigné, il ne l’est pas moins qu'il n’a pas écrit au jour le jour, car il groupe et il résume des faits qui devraient être détaillés. Ainsi, il nous apprend tout d’un coup que Pépin a envoyé trois ambassades au roi des Lombards, et cela par ces simples mots, bis et tertio eum deprecatus estt, Duchesne lui a accordé certainement trop de confiance en supposant qu'il rapporte toujours les faits dans l’ordre exactement de leur succession chronologique. Son ouvrage a été composé tout d’un trait et même assez longtemps après les événements. J’ai déjà dit comment on arrive à cette conclusion, maïs il convient de le rappeler.

Il est bien démontré de tout temps, que Pépin ne se borna pas à des promesses verbales, mais qu’il

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