A 8 kilomètres de Worms dans la Hesse-Darmstadt
universellement comme une des sources les meilleures et les plus véridiques de l’histoire; encore bien que l’auteur n’ait pas pu dévoiler le fond de sa pensée, comme il le fera plus tard dans la Vila Caroli. Mais, la première partie n’a pas certainement la même valeur. Il n’est plus lui-même spectateur de premier plan, il est obligé de recueillir des témoignages étrangers, qui deviennent plus imparfaits et moins précis, à mesure qu’on s'enfonce dans le passé. Cependant, si les menus détails peuvent s’altérer, on juge mieux à quelque distance des événements eux-mêmes, En ce qui concerne le canevas général des faits, le principal témoignage est assurément le texte des Annales de Lorsch. Mais il la lui-même contrôlé et vérifié puisqu'il y apporte des changements.
Or l’abbaye de Lorsch est une fondation de Chrodogang, elle date seulement de 762, de sorte que la partie antérieure à cette date ne peut être un journal authentique, arrêté année par année. C’est sans doute pour cette raison que Jaffé a tenu en si peu d’estime les Annales de Lorsch, et qu’il leur a préféré, sans examen, les mauvaises copies des annales brèves provenant de l’abbaye de Murbach, dont la fondation est plus ancienne. Nous avons vu combien il y a de confusion et de composition artificielle dans la partie de ces annales qui nous intéresse, car ma conclusion ne va pas au delà. 11 n’est pas prouvé que le rédacteur des Annales de Lorsch soit, pour la partie ancienne, dans des conditions plus défavorables
que celles des compilations tirées de Murbach, qui nous sont parvenues. Si on admet qu'il a commencé peu de temps après la fondation du monastère, il écrivait à la même époque que l’auteur du Liber ponlificalis, c'était donc un contemporain relatant des faits d’une dizaine d'années. On n’en demande pas autant d’ordinaire, pour déclarer un historien digne de foi. Celui-là disposait de nombreux témoignages et en particulier des souvenirs de Chrodogang qui avait été si étroitement mêlé à tous les événements relatifs aux affaires d'Italie.
N'oublions pas,enfin, qu’elles ont eu la bonne fortune d’être vérifiées, à une époque encore très voisine des faits,par Eginhard, qui était l’historiographe de Charlemagne, et qui, en cette qualité, disposait de tous les moyens d’information qu’on peut souhaiter. Les quelques additions qu'il y a faites montrent qu’il a pris son travail au sérieux, et qu'il l’a exécuté avec soin.
En dehors du récit principal qui offre, au point de vue de la critique, les avantages d’une narration continue, les Annales de Lorsch présentent des inscriptions isolées qui ressemblent à celles des annales brèves, et qui sont sujettes aux mêmes causes d’erreur. Ainsi, le mariage de Pépin est attribué à l’année 749, ce qui est impossible puisque son fils aîné, qui fut Charlemagne,est né en 742. A l’année 759, on enregistre la naissance d’un fils de Pépin, « qui mourut à l’âge de trois ans ». Il y a dans le premier cas un renvoi mal interprété et une addition posté-
rieure dans le second. Mais voici une erreur de copie beaucoup plus importante.
De 745 à 750, les Annales de Lorsch sont régulièrement en avance d’une année. Le scribe aura laissé tomber le texte afférent à l’année 745, il a inscrit à sa place celui de l’année 746 et ainsi de suite. Comme il n’y a rien aux années 751 et 7/52, l'élévation au trône de Pépin ayant été portée à l’année 750, il se retrouve d’accord à l’année 753. Une telle confusion ne doit pas nous surprendre, nous en avons vu de bien plus graves dans les Annales de Murbach. La même erreur se retrouve dans Eginhard, ce qui prouve que la corruption existait dans le texte dont il s’est servi. Il aurait dû la rectifier, mais elle lui a échappé. La transcription qui l’a produite est peutêtre celle qui a eu lieu à l’origine pour suppléer la partie. ancienne, ou bien l’erreur existait déjà dans le texte qu’on a recopié. Cette question a peu d’intérêt, le résultat seul est à noter. La négligence d’un copiste, quelqu’il soit, a eu cette conséquence de faire passer l’élévation au trône de Pépin de 7/51 à 7950.
Nous avons déjà rencontré les dates 750-751, 752, voire même 749 et 754. Il est vraiment inexplicable qu’il y ait une incertitude de cinq ans sur un fait aussi précis et qui ne pouvait jamais être perdu de vue, puisque tous les actes sont datés d’ordinaire par les années du prince régnant. C’est là assurément le problème le plus curieux que les annales brèves ont posé aux critiques modernes. Sickel
l’a résolu par une étude attentive de tous les actes qui nous sont parvenus, et il a démontré, en 1867, que les années de Pépin partaient d’une origine comprise entre le 3 et le 17 novembre 7511
1. Sickel, Acia Karolina, Vienne 1867 et Mon. Germ. hist. Diplomata Karolina, 1, 1906.