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il ne le pouvait pas, attendu qu’il n’y a pas là d’emprunt textuel. Les plagiaires, en effet, et ils sont nombreux à cette époque, ne manquent jamais de copier tout un membre de phrase plus ou moins long. Ici, il n’y a que des mots qu’on retrouvera épars dans l’autre texte, et employés autrement. La conclusion devant laquelle M. Waiïtz a reculé, je ne sais pour quel motif, est qu’il y a bien une dépendance, mais en remontant à une source commune. Les deux textes sont deux œuvres distinctes d’un même auteur. Aucune hésitation n’est possible, la manière est exactement la même dans les deux cas, et puisque le rédacteur du Liber pontificalis était là présent aux côtés du pape à Saint-Denys, rien ne s’oppose à ce qu’il ait écrit cette première partie de la Revelalio.
Deux petits détails révèlent, à n’en pas douter, la plume d’un romain. Le roi Astolf est traité de blasphémateur. C'est qu’en effet il avait violé la trêve de 40 ans qu'il avait conclue et jurée, par conséquent, en 792. Cette circonstance n’était pas connue et aurait été vite oubliée à Saint-Denys.
On appelle le roi Pépin le fidèle de saint Pierre sancli Petri fidelem. Cette qualification exprime bien la conception qu’Etienne IT se faisait du lien qui devait unir le roi de France au Saint-Siège, telle que lui-même l’a exprimée dans ses lettres. Pépin était le fidèle, c’est-à-dire dans le langage de l’époque, le vassal, le mandataire de saint Pierre, préposé à la garde de son domaine temporel. Ces formules ne sont jamais entrées dans le langage des auteurs francs, qui ont toujours eu sur ces matières des vues très différentes de celles des Romains.
Il en est de même de l’hostilité envers les Lombards, dont l'expression aussi violente, est caractéristique de l’époque et de l’entourage d’Etienne II. Les Francs ne l’ont jamais partagée, ni avant, ni après les expéditions en Italie, et les papes d’alors se plaignent assez vivement des négociations, des ménagements, des rapprochements qui tendent toujours à se produire entre les deux nations, qu’ils voudraient séparer. Charlemagne épousa une fille du roi Didier, et quand il devint lui même roi des Lombards il fit bonne mine à ses nouveaux sujets. L’un d'eux, Fardulf, devint abbé de Saint-Denys. Ce n’est certainement pas de son temps, vers 790,qu’a été composée la Revelatio.
Enfin, la rédaction n’a pas eu lieu dès le lendemain de la guérison. Le colloque des bienheureux se termine par l’ordre que saint Denys adresse au pape de consacrer un autel, et dans la Revelaiio le pape déclare qu’il a accompli tout ce qui lui a été ordonné. «Et implevi quae iussa sunt mihi omnia.Benedictus Deus. » La consécration de l’autel était faite, et je suis porté à croire qu’au lendemain de la cérémonie on aura pensé à une commémoration liturgique. La rédaction aura été établie en vue des lectures de l'office. C’est pourquoi elle se termine par la petite dorologie Benedictus Deus. |
Tout ceci n’a trait qu’à la critique littérale du texte pour en démontrer l’authenticité, il convient maintenant d’en examiner le contenu, et comme la pièce
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est assez Courte, je vais en donner la traduchon complète.
« Etienne, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu.
« Si personne ne doitse vanter deses propres mérites, il ne convient pas cependant de taire ce qu’il a plu à Dieu d'opérer en nous par ses saints, sans aucun mérite de notre part, mais il faut les proclamer, et c’est là ce que l’ange enseigne à Tobie.
« Moi donc, à cause de l’oppression de la sainte Eglise par le roi très brutal, le blasphémateur, cet Astolf dont le nom ne devrait pas être prononcé, j'ai eu recours à l’homme excellent, le fidèle de saint Pierre, le seigneur Pépin, roi très chrétien, je suis venu en France, où je suis tombé malade, j’ai été à la dernière extrémité, et j'ai demeuré quelque temps à Paris, dans le vénérable monastère du saint martyr du Christ, Denys. Et là, comme les médecins jugeaient mon état désespéré, je me suis trouvé comme étant en oraison dans l’église de ce bienheureux martyr. J'étais sous les cloches, et jevis devant l'autel le bon pasteur, le seigneur Pierre et le maître des nations, le seigneur Paul, et je les reconnus en toute lucidité d'esprit d’après leurs portraits. Et je vis aussi le trois fois bienheureux seigneur Denys, à la droite du seigneur Pierre. Il était mince et de grande taille, beau de visage, les cheveux
1. de illorum surcariis. Je n’ai trouvé nulle part le mot surcariis, Je le traduis par portraits, d’après D. Felibien.
blancs, il était vêtu d’une robe très blanche, mêlée de rouge, d’un manteau tout de pourpre, parsemé d'étoiles d’or. Tous trois parlaient ensemble, et paraissaient joyeux.
« Et le bon pasteur le seigneur Pierre dit : « Voici notre frère qui demande la santé. Et le seigneur Paul répondit :« Il va être guéri. » Et s’étant approché il posa sa main sur la poitrine du seigneur Denys, d’une façon amicale, et il regarda vers le seigneur Pierre. Et le seigneur Pierre dit au seigneur Denys, d’un ton joyeux : « Par ta grâce la santé lui est rendue. » Et aussitôt le bienheureux Denys tenant à la main un encensoir allumé et une palme vint à moi accompagné d’un prêtre et d’un diacre? qui se tenaient de chaque côté de lui et il me dit : «La paix soit avec toi, frère, ne crains pas : tu ne mourras pas que tu ne sois revenu heureusement à ton siège. Lève-toi, tu es guéri, et consacre cet autel en l’honneur de Dieu et de ses apôtres Pierre et Paul que tu vois, tu diras la messe en action de grâces. » Et il y avait là une admirable clarté et suavité. Aussitôt je me suis senti guéri, et je voulais accomplir ce qui m'avait été ordonné, et ceux qui étaient là disaient que je délirais. Mais je leur ai raconté exactement à eux et au roi et aux grands du royaume les choses
1. …colubro indutum candidissimo, purpura clavato. Le mot colubro est également inconnu. Je suis encore ici la traduction de D. Felibien.
2. Ii s’agit ici des compagnons de martyre de saint Denys, Rustique et Eleuthère, l’un prêtre, l’autre diacre.
3. Cette phrase veut dire que le pape s’éveiila en criant qu'il voulait consacrer un autel, et les assistants croyaient qu'il avait le délire.
que j'avais vues, et comment j'avais été guéri. Et J’ai accompli tout ce qui m’a été ordonné. Dieu soit béni, »
Je n’ai pas à revenir sur le préambule consacré aux récriminations contre les Lombards, qui sont de règle dans l’entourage d’Etienne Il; ce qui caractérise ce récit c’est sa parfaite simplicité, l’auteur étant visiblement préoccupé de raconter avec exac- : titude, ex ordine, comme il dit lui-même à la fin, ce qu’il a vu. Le pape est inquiet de sa guérison, mais il est non moins préoccupé de l’alliance à conclure avec les Francs, et je crois volontiers que telle était la cause de sa maladie. Or, il n’y a rien dans son récit qui ne réponde aux circonstances du moment, et c’est ce que signifie la réunion des trois bienheureux. Saint Denys est le patron du monastère, et un peu aussi celui de la famille royale, qui a pour lui une dévotion spéciale. Il est associé aux apôtres saint Pierre et saint Paul qui sont les fondateurs et les protecteurs de l'Eglise Romaine. Il est à remarquer que le pape dans ses lettres ne parle jamais que de saint Pierre, et c’est à lui seul que sera faite la donation, mais en France on à l'habitude de lui joindre l’apôtre saint Paul, comme cn peut le voir dans la Continuation de Frédegaire et la Chronique de Moissac. Etienne se conforme donc à la coutume du peuple dont il est l’hôte en ce moment, et l’alliance de la royauté avec le Saint-Siège sera symbolisée par la construction, dans l’église même de saint Denys, d’un autel consacré aux apôtres saint Pierre et saint Paul. Tout cela est entièrement conforme aux
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idées de l’époque, et il n’y a là rien qui ne puisse s’insérer naturellement dans la trame des faits.
Cependant l’église du monastère de saint Denys était encore la première construction de Dagobert, et l’autel alors unique était établi sur la pierre même du tombeau où les corps des trois martyrs reposaient tout entiers, depuis la translation du 22 avril 626. L'établissement d’un deuxième autel constituait un partage du sanctuaire jusque-làréservé exclusivement aux saints patrons. La chose n’était pas sans précédents, elle était grave néanmoins aux yeux des moines, proportionnée à l’importance exceptionnelle des événements qui se préparaient.
Un dernier détail est à noter. Ce que dit le pape à la fin signifie qu’il s’éveilla en criant qu'il voulait consacrer un autel, et on crut, avons-nous dit, qu’il avait le délire. L’exposé historique du Quierzy qui est plus voisin des faits, ajoute cette précision que la guérison a eu lieu instantanément, in iciu oculi, en présence du roi. Le pape avait bien affirmé déjà qu'il était guéri, mais c’est alors seulement que les forces sont revenues au malade, et que la guérison s’est manifestée. Il y a accord complet entre ces deux documents. On peut croire que l’heureux effet produit sur le roi et son entourage a dû contribuer à la guérison effective.