‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 17 sur 222 · DATES · texte numérisé non relu

DATES

s’annonçaient de loin, par des faubourgs qui s’éten-. daient le long des routes, avec de spacieuses constructions.

Les longs siècles de paix et de travaii avaient pansé les plaies très profondes au début, de la conquête. On avait oublié la violence des moyens pour jouir de la fécondité des résultats. Les différences des races s'étaient effacées, tous les peuples n’en faisaient plus qu’un; on leur reproche même, aujourd’hui, d’avoir oublié leur caractère particulier, et d’être devenus trop romains. Grâce à la perfection des routes on passait facilement dans une province éloignée, et on n’y était pas dépaysé, car partout on parlait latin. C’est ainsi que notre saint Martin était originaire de Sabarie en Pannonie. On le regarderait aujourd'hui comme un Autrichien, il n'était alors qu’un Romain venant chez d’autres Romains.

Cette sécurité permit aux pauvres et aux faibles de vivre, en s’élevant même peu à peu, par leur travail. L’esclavage et le servage reculaient, le nombre des horames libres augmentait, et une classe moyenne tendait à se former qui aurait établi la société dans un état d'équilibre stable, Tout cela malheureusement n'eut qu’un temps, et nous allons rentrer dans des périodes de troubles, où la grande propriété sera seule capable de lutter contre l’insécuricé générale. Nous allons assister à une régression de l’esclavage.

À cette époque, l'unité de domaine est la villa gallo-romaine, qui remonte sans doute aux anciens

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Gaulois, et ont le mécanisme nous est bien connu. Elle s’est prolongée dans toute l’époque mérovingienne et il en reste encore des vestiges.

Le domaine avait rarement moins de 200 à 400 hectares et il allait jusqu’à 2.000 hectares. Le propriétaire se réservait une partie des terres qu’il exploitait lui-même avec sa familia d'esclaves, gouvernée par le willicus, un intendant. Le reste des terres en culture était divisé en petits lots de 5 à 6 hectares environ, qu’on appelait un mansr, confiés chacun moyennant diverses redevances à un esclave qui devint ainsi serf de la glèbe, ou à un homme libre qui perdait parfois son indépendance, et n’était plus qu’un simple colon, dont la condition ne différait pas beaucoup de celle des serfs. Et chacune de ces familles avait sa petite maison. Une troisième partie du domaine, forêt ou pacage, restait à l’état banal, c’est-à-dire à l'usage commun de tous les tenanciers.

Chaque villa est devenue une de nos communes rurales, et ‘cette répartition existe encore plus ou moins conservée. Il y a le château, ou Lout au moins les terres du château, les maisons du village, les petits lots de terre, et enfin les bois communaux. Tout cela est encore très visible aujourd’hui, bien que depuis cent ans le code civil ait morcelé la grande propriété. L'altération la plus grave est l’usurpation très ancienne des bois communaux, qui a privé les anciens serfs et colons devenus les paysans, des ressources qui leur étaient nécessaires. Il en est

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résulté pour eux un grand trouble et certains sont retombés par là dans la condition servile.

Plus tard, quand les campagnes furent chrétiennes, le propriétaire construisit une petite église, fit ordonner prêtre pour la desservir, le fils d’un de ses serfs, et lui attribua quelques lots de terre. Telle est l’origine très lointaine de nos paroisses rurales, si déshéritées aujourd’hui.

Ainsi constitué, et dans son intégrité, le domaine isolé formait un tout bien viable et qui a duré très longtemps. Il répond à la conception de la propriété qu’avaient les Romains, et, par son étendue habituelle, il constitue assurément un régime de grande propriété. Mais on a été beaucoup plus loin, certains possédaient plusieurs villas, jusqu’à vingt ou trente villas et même davantage, dispersées dans des pays très éloignés. Ce phénomène est encore inexpliqué, il ne vient pas des anciens précaires, puisqu'il se présente en Gaule, où il n’y a pas eu d’ager publieus, et que tous ces domaines ne se tiennent pas. Il est probable qu’il est le résultat de la longue paix et un fruit légitime de l'épargne.

Quoi qu’il en soit, le fait est constant, et on aperçoit combien une telle situation était favorable à l’accroissement du domaine ecclésiastique. L’unité était la villa et bien des libéralités ont comporté plusieurs villas. Comme si les bienfaiteurs d’aujourd’hui ne donnaient que par millions.

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