L'EGLISE DE SAINT-DENYS A ROME
On lit finalement que le pape emporta à Rome des reliques de Saint-Denys, et qu’il entreprit de lui construire une église dans sa propre maison. Comme il fut surpris par la mort, son frère, qui lui succéda, termina son œuvre magnifiquement. Il transposa dans l’église un grand nombre de corps saints, et, comme son frère le lui avait recommandé il y installa des serviteurs de Dieu de nationalité grecque, de sorte que ce monastère fut sppee « ad sanctos martyrs in schola graecorum ».
Ce passage a soulevé, je ne sais pourquoi, la violente indignation des critiques. On a prétendu qu'Hilduin avait inventé ces moines grecs, pour faire croire à l'identification de son patron avec l’Aréopagiste qui était grec. On affirmait qu’il n’y avait jamais eu à Rome d'église dédiée à saint Denys, et tout cela pour décrier l’auteur de la Revelatio, laquelle était, disait-on, une pure invention d’'Hilduin. Telle était encore, en 1892, l’opinion émise par M. Waitz, le savant éditeur des Monumenta Germaniae.
A ce propos, je suis conduit à dire un mot de cette fameuse controverse qui éclata au 1xe siècle. Oubliée ensuite, elle se réveilla au xvire siècle, et elle a survécu encore de nos jours, dans certaines de ses conséquences. Pour bien des critiques « l’imposture d'Hilduin » était chose jugée, il avait tout inventé, tout falsifié, Il arrive au contraire finalement qu'il
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n’a rien inventé, et que ce sont ses adversaires qui ont falsifié. Il s’est borné à combiner des écrits qui existaient avant lui, et qu’il produit à j’appui de son travail comme pièces justificatives! Par contre, Adom, archevêque de Vienne, n’a pas craint de fabriquer de toutes pièces un martyrologe, où il a inscrit de sa propre autorité au 3 octobre une fête de saint Denys l’Aréopagite, pour démontrer qu’il n’était pas, le même que le martyr parisien, porté au 9 octobre. Cette ingénieuse supercherie a fait fortune dans les martyrologes historiques et elle a fort embarrassé ses adversaires. Elle n’a été découverte que de nos jours par mon ami Dom Quentin.
Il paraît bien que cette légende de l'identification, pure fantaisie d’ailleurs, comme on en créaïit alors un peu partout pour faire remonter les églises aux personnages apostoliques, a pris naissance vers la fin du vire siècle, et je crois volontiers que le monastère, dont il est question, y a été pour quelque chose. La passion Post bealam qui servait aux lectures de l’abbaye a été traduite en grec pour l’office de ces moines, et elle est revenue ensuite en France, comme un témoignage de la tradition orientale. La véritable dépendance n’a été établie qu’en 1780 par les Bollandistes. On peut admettre, si on veut, que l’idée était en germe à l’abbaye, lors du séjour d'Etienne II, et que ce dernier a peut être voulu
1. Je crois en avoir fait la preuve dans La Vie de sainte Geneviève et la passion de saint Denys, Revue des questions historiques, fuillet
2. D. H. Quentin, Les Mariyrologes Historiques, Lecoffre, 1908, p. 667 et sqq.