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L’AUTEL DU SACRE

Un autre témoin de la cérémonie était l’autel luimême, ainsi consacré par Etienne IL le 28 juillet 754. Cet autel a subsisté jusqu’en 1610. Son emplacement est connu exactement, car c’est celui-là même

1. Notamment, la Chronique de Benoiït, moine du Mont Soracte (Mon. Germ. SS, III, p. 706). Le Liber pontificalis aux années 801, 856 et 860, II. 11.145, 154. Une bulle d’Agapit IT du 25 mars 955 et une autre de Jean XII du 8 mars 962 (Jaffé, 3.669 et 3692).

2. Duchesne, Saint Denis in via Lala, Mélanges de l'Ecole de Rome,

1900, t. XX.

où est actuellement le maître autel, adossé à la crypte. Il avait d’abord été établi « ante sepulcrum ». Le crypte n'existait pas encore, et il n'y avait guère derrière lui qu’un espace libre de quatre mètres jusqu’à l’ancien autel sur le tombeau des martyrs. Cette situation très incommode ne dura que peu de temps, car le roi entreprit aussitôt, en ex veto de son sacre, de reconstruire l’église. Une crypte souterraine fut creusée derrière l'autel d’Etienne II. Cette crypte fut construite par parties, et l'autel des reliques reporté au-dessus de la crypte, fut déplacé à deux reprises différentes, la première fois sous Charlemagne, le 24 février /75, et la seconde par Suger le 11 juin 1144.

Cependant, après que la crypte eut été allongée par Hilduin, au commencement du 1x° siècle, deux nouveaux autels furent alors construits. L’un établi dans la chapélle terminale de l’abside, fut dédié à la sainte Vierge le 1er novembre 832, l’autre était vers le milieu de la nef. On l’appelait l’autel de la Trinitét, et il était enrichi de nombreuses reliques venues de Rome, où se poursuivait l'évacuation des catacombes. Cet autel de la Trinité, situé dans le chœur même des moines, et que, pour cette raison, on nomma plus tard l’autel matutinal,étaitle premier que l’on rencontrait en entrant dans l’église, et c'était vers lui que se portait la dévotion des fidèles, à

1. Ces deux autels sont mentionnés dans divers diplômes de l’abbé Hilduin et de Louis le Pieux, publiés par D, Felibien, n° 72 à 76, op. cil., pages LI à LVI. Cf. Miracula S. Dionysii, II, 32 (Mabillon, p. 357).

M rave

cause des reliques qu’il renfermait. Charles le Chauve avait voulu être enterré auprès de lui. L’autel d’Etiennell intéressaitsurtoutlafamilleroyale,et c’est grâce à ce haut patronage qu'il a traversé toutes les reconstructions de l’église, en /75, 1144 et 1250. Il n'y a aucun doute que l’autel d’Etienne II n'ait été conservé en 779. Les faits étaient alors tout récents, et les travaux ont été manifestement dirigés dans ce but. C’est le tombeau des martyrs qui a été déplacé, avec l'autel qu'il portait. On a des détails très précis sur la reconstruction de Suger, et un manuscrit de l’abbaye analysé par Léopold Delisle donne la liste des nouveaux autels au nombre de onze qui ont alors été consacrés!. Celui des apôtres Pierre et Paul n’y figure pas, ce qui prouve qu’il n’a pas été modifié. Quant à l’église de saint Louis, on sait qu’elle a conservé le chœur de Suger. Mais les souvenirs s’effaçaient avec le temps, Au xvie siècle l’office commémoratif n’était plus que semi-double, et quand il s’agit du sacre de Marie de Méaicis, en 1610, on ne craignit pas de faire certains aménagements qui firent disparaître ce monument si intéressant, véritable relique de ce qui était devenu, dans l’âme populaire, le droit divin de la monarchie, D. Doublet qui avait connu l’ancien autel puisqu'il écrivait 15 ans plus tard, le décrit ainsi : « Cet autel consacré par le pape saint Etienne estoit soustenu de quatre piliers de marbre blanc, sur l’un

1. Léopold Delisle, Lettre de M. le duc de la Trémoille. 25 avri | 1877, p. 22, et Cabinet des Manuscrits, I, 201,

desquels estoient gravées les lettres M. P. V. ITII2 ». C’est la forme des plus anciens autels, qui est encore aujourd’hui celle de l'autel papal. Et voici quels ont été les changements faits en 1610 : « Le chœur, poursuit D. Doublet, depuis le jubé jusqu’au mur de la crypte était divisé en trois parties par des grilles, des stalles avec l’autel matutinal, les tombeaux et le maître autel, mais ces trois parties ont été réunies en une seule pour le sacre de Marie de Médicis, c’està-dire qu’on supprima l’autel matutinal, mais comme il était plus grand et plus propre à la cérémonie du sacre on le mit à la place du maître autel. » Ainsi disparut l’autel consacré par Etienne IT. A cette époque où le Renaissance avait engendré le plus profond mépris pour le Moyen-Age, on ne tenait pas beaucoup aux souvenirs du passé.

Le nef fut dès lors entièrement dégagée comme elle est aujourd’hui. Il n’y resta plus que les tombeaux.

Faute de connaître la Revelalio, dédaignée si maladroitement jusqu'ici, les archéologues qui se sont occupés de la restauration de la basilique, n’ont pas compris que l’autel d’Etienne IT avait été dans le haut Moyen-Age, le point central de l’église. M. Levillain croit qu’il s’agit d’un autel quelconque faisant partie d’une nouvelle église commencée par conséquent depuis plusieurs années, et que le pape aura été invité à consacrer par une simple politesse, C’est méconnaître totalement la physionomie des événements, et cette erreur initiale l'empêche de

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