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LE PROTOCOLE

Il est nécessaire de comparer le protocole du Quierzy à celui des deux privilèges du même genre dont le texte nous est parvenu, de Louis le Pieux et d'Otton, en date respectivement de 817 et 962. La rédaction d’ailleurs est identique dans les deux.

Quierzy 754

I1 nomine Domini nostri Jesu Christi qui cum patre et spiritu sancto regnat Deus ante et in futura saecula. Amen.

Pippinus gratia Dei rex Fran-

corum et eadem largiende gratia

patricius Romanorum, cœlesti ianitori beatissimoque apostolorum principi Petro et per eum sancto in Christo patri Stephano apostolica sublimitate fulgenti eiusque re NIQUE usque in finem saeculi.

Louis le Pieux

Oiton 962

In nomine Domini. Dei omnipo tentis patris et filii et spiritus sancti Amen.

Au lieu de cette longue formule d’introduction les diplômes de Pépin, après comme avant la dona-

Rd EN

tion de 754, commencent simplement par ces mots, Pippinus rex Francorum vir inluster.

On pouvait donc être porté à regarder ce passage du Faniuzzi comme étranger au texte primitif. Mais l'inspection des deux privilèges postérieurs détourne de cette conclusion, car ils ne diffèrent guère moins des autres diplômes impériaux.

Tout d’abord les formules d’invocation sont les mêmes. Les deux dernières sont identiques, et celle du Quierzy s’en écarte juste assez pour montrer qu’elle n’a pas été copiée sur elles. Cette addition peut avoir été motivée tant par la nature spéciale de l’objet que par l'intervention de la chancellerie romaine, qui avait suivi le pape Etienne II, et qui a certainement collaboré à la rédaction, ainsi que nous le verrons plus loin. Elle n’entra pas dans les usages de la chancellerie franque, et ne reparut que plus tard dans les diplômes impériaux.

Pépin s'intitule roi des Francs par la grâce de Dieu « gratia Dei ». Telle est du moins la restitution que nous avons proposée, et qu’il paraît très difficile de contester. Comme l’a remarqué Fustel de Coulanges!, cette formule ne signifie pas que la volonté du peuple n’est pour rien dans son élévation au trône. Une telle pensée, acceptable au temps de Louis XIV, était tout à fait étrangère aux peuples germaniques du vit siècle, où la constitution du pouvoir était fondée en grande partie sur le serment de fidélité. Cela signifiait que la dignité royale était

1, Fustel de Coulanges, op. cit, p. 220.

pour lui un bienfait qu’il avait reçu de la miséricorde de Dieu. Abandonnée comme toutes les autres innovations, cette qualification tend à reparaître dans le diplôme du 23 septembre 768, pour l’abbaye de Saint-Denys, qui commence ainsi : Et quia per misericordiam Dei regna terrae qubernare videmur. A partir de 774 elle reparait régulièrement dans les diplômes de Charlemagne.

Il en est de même du titre de patrice des Romains. Pépin venait de le recevoir non pas du pape, comme on le croyait autrefois, mais par l’empereur de Constantinople lui-même, qui lui avait envoyé un ambassadeur spécial. C’est ce que nous apprend l’exposé historique du Quierzy, on y voit même que l'ambassadeur s'appelait Marinus. Pépin a été flatté de l'honneur, et cela contribua sans doute à l’intéresser aux affaires d’Italie dont il ne voulait pas s'occuper auparavant. Disons tout de suite que cette délégation de l’empereur a eu pour résultat de faire entrer l’exarchat de Ravenne dans l'Etat Pontifical, ce qui a été la source des très graves complications, ayant abouti à la destruction de ia monarchie lombarde et à la création du Saint-Empire.

Pépin a donc pris, pour la circonstance, le titre de patrice, mais il l’abandonne aussitôt, bien que les papes ne manquent pas de le lui donner toujours dans leurs lettres. Charlemagne le reprit en 774. Dans un diplôme du 16 juillet de cette année il s'intitule : Rex Francorum ac Langobardorum et

Patricus Romanorum!, Mais en cette qualité de patrice des Romains il prétendit exercer une autorité réelle, ce qui suscita un grave conflit avec le pape Hadrien?, et c’est assurément à cette circonstance que se rattache la confection du Fantuzzi. Le pape repoussait de toutes ses forces cette diminution de la souveraineté qu'il exerçait sur l'Etat romain. Cependant, malgré ses protestations, comme il était obligé continuellement de réclamer la protection du roi d’abord contre l'étranger, puis ensuite contre l’anarchie de l’aristocratie romaine, il arriva que le pape lui-même sentit le besoin d’affermir son autorité, et le successeur d'Hadrien prit l’initiative de lui faire assumer la dignité impériale,

L'intitulation que nous venons d'étudier est suivie ici d’une inscription qui a pour but de désigner la personne à laquelle le diplôme est adressé. Ceci est encore une infiltration de la chancellerie romaine, et qui, tout d’abord n’a, comme la précédente, laissé aucune trace dans les diplômes de Pépin. Or elle reparaît dans les deux privilèges impériaux et, là aussi, il faut constater la profonce analogie qu’ils présentent avec le Quierzy, encore bien qu'il n’y ait pas de copie textuelle. C’est à saint Pierre luimême que la donation est faite, le pape n’apparaît qu’en sa qualité de représentant du prince des apôtres, et, après lui, l’acte s’applique à ses successeurs jusqu’à la fin des siècles. L'identité de la pensée

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