Liber pont
Macaigne 31
Le 480) 2e
J’aifini avec l’exposé historique, et on reconnaîtra qu'après les attaques d’Oelsner et de Martens, il a été passé au crible d’une critique très sévère. Il n’y a laissé aucun déchet, car, s’il nous apprend beaucoup de choses, on n’a pu y relever aucun anachronisme, Depuis le commencement jusqu'à la fin du n° 15, il n’y a pas un mot qui ne puisse convenir à l’année 754, et qui éveille l’idée d’une interpolation ultérieure, il n’y a donc aucune raison pour douter que nous ne soyons ici en présence du texte mème du Quierzy. |
Il ressort de cet exposé, et c’est là un point essentiel, que Pépin n’a pas une attitude hostile envers l’Empire Grec, bien au contraire. Il a été flatté de recevoir un ambassadeur de Constantinople, qui lui a apporté, sans nul doute, le titre de patrice des Romains, et, c’est en exerçant le droit de patronat qui en résulte, qu’il prend sous sa protection le domaine de saint Pierre, lequel ne diffère pas encore du territoire du vieil Empire Romain, interventione patronatus nostri,.est-il dit au n° 9.
Mais puisque la guerre est inévitable, en raison de la mauvaise volonté du roi des Lombards qui se refuse à tout accommodement, Pépin se croit autorisé à disposer en toute liberté des territoires qui ne font plus partie de l'Empire, puisqu'ils lui ont été enlevés par les Lombards, et qu’il leur reprendra s’il est victorieux. C’est ce qui est bien expliqué au n° 15, quod si Dominus nosler… viclores nos in gente el regna
Langobardorum esse constituerit. Et, un peu plus lom encore au n° 10, il est précisé qu’il s’agit de la réparation des dommages causés autrefois par les Lombards « que iniquissima Langobardorum generatione devastata invasa subthracta vel actenus alienata sunt a te [Petre]. » Et il entend bien qu’en agissant de la sorte, en rendant à saint Pierre, c’est-à-dire au pape, ce que. les Lombards ont pris à l’Empire Grec, il ne manque pas à l’amitié qu’il prétend entretenir avec l’empereur de Constantinople. C’eet ce qu’il répondra à l’ambassadeur qui viendra par Marseille, le joindre à Pavie, lors de la deuxième expédition, Et cette théorie semble bien avoir été acceptée, puisque les bons rapports ont continué entre les deux cours, avec échange de riches présents pendant plusieurs années.
Mais Pépin ne songeait certainement pas, en 754, à disposer du territoire même de l’Empire pour en soustraire une partie à la domination byzantine et en conférer la souveraineté au pape de Rome. Une telle pensée ne pouvait pas entrer dans son esprit, puisqu'il était lui même le délégué de l’empereur. Il n’y aurait eu pour cela aucun motif, le pape ne se plaignait pas que l’autorité de l’empeureur pesait trop lourdement sur la ville de Rome, et nuisait à sa propre indépendance pour le gouvernement de l'Eglise, mais bien de ce qu’il ne défendait pas ses frontières contre les Lombards. Il est clair que si ses démarches avaient abouti, si, comme il n’aurait pas été impossible, Constantin était venu de sa personne
— ÀS4 —
en Italie avec une forte armée, il aurait restauré son autorité et les autonomies italiennes auraient pris fin. Bien plus, la conquête de l’exarchat dont le pape se plaignait tant, avait affranchi le Saint-Siège d’un contrôle abusif du pouvoir civil. L’exarque de Ravenne était délégué par l’empereur pour confirmer l'élection du pape. Maintenant qu'il n’y avait plus d’exarque, l’élection d’Etienne II n’avait reçu aucune confirmation, elle avait été exempte de cette sujétion, qui fut rétablie, dans la suite, au profit des empereurs d'Allemagne. |
Malgré toutes ces circonstances contraires, l’attitude d’Etienne est bien nette, comme celle du roi, et rien n'autorise à penser, comme on le croyait autrefois, que la donation de Quierzy était dirigée en quelque manière contre la domination byzantine. L’exposé historique ne laisse aucun doute à ce sujet, elle ne vise absolument que les Lombards.
Nous sommes dès lors en possession de la formule qui va nous permettre de déchiffrer l'énigme du dispositif. Il ne faut retenir pour le texte primitif de 754, que ce qui est à prendre sur les Lombards.
Que. 2
CHAPITRE IV LE DISPOSITIF DU QUIERZY. — LES TERRITOIRES EN SOUVERAINETÉ ET LES PATRIMOINES
Nous connaissons déjà le n° 15, qui sert de préambule au dispositif, en disant qu’il s’agit de disposer de ce qui sera conquis sur les Lombards. Le n° 16 qui suit immédiatement s'exprime ainsi :
« Omnes civitates ataque ducata seu castra sicque insimul cum exarchatis Ravennatum.., »
Voici donc tout d’abord nettement précisé l’exarchat de Ravenne qui, manifestement, est concédé en souveraineté, sans autres explications, et il n’est question que de l’exarchat. Le duché de Rome n’est pas mentionné, et cela pour les raisons que nous venons de voir. M. Schnürer voudrait qu'après les premiers mots omnes civitates atque ducata seu castra, on supplée reipublicae Romanorum et il dit . que la phrase serait plus correcte. Cela serait vrai aujourd’hui, mais l’irrégularité n’a rien de choquant au vine siècle, la redondance sicque insimul cum, rentre bien dans le style très compliqué de l’époque, qui s’embarrasse continuellement dans d’interminables préliminaires, avant d’arriver à ce qu’il veut dire. Je crois donc qu’il faut laisser le texte tel qu’il
est. C’est toujours une chose grave que d’ajouter, car les interpolateurs retranchaicnt très rarement, ils ne se souciaient pas d’harmoniser la rédaction.
À la vérité, M. Schnürer pense que la suppression de ces mots est due à une circonstance spéciale; les hostilités menaçantes, ou même déjà commencées, quand fut établi le Faniuzzi vers 775, qui faisaient du territoire de la Æépublique Romaine, c'est-à-dire de l’Empire Grec, l’opposé de l'Etat Pontifical. Mais, comme je l’ai déjà dit!, je ne crois pas que cette théorie ingénieuse soit fondée.
Le texte poursuit :
«nec non et omnia quae pridem tue per ie nait largitionem subsistebant ditioni... »
Il s’agit maintenant des libéralités des anciens empereurs, c’est-à-dire des patrimoines qu'ils avaient donnés, non pas en souveraineté mais en simple propriété.
. quod specialiter inferius per adnotatos fines
fuerit declaratum.….. »
La désignation de ces patrimoines sera donnée plus bas per adnotalos fines. Le mot fines signifie ici non pas une simple ligne mais le territoire qui est compris à l’intérieur d’un périmètre, et ce qui suit immédiatement va en donner la preuve.
«€ omnia que infra ipsos fines fuerint ullo modo