‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 2 sur 222 · AR AN ES · texte numérisé non relu

AR AN ES

voir politique. Il y a là, je crois, une préparation éloignée qui ne doit pas être négligée. L’un des éléments de la question est donc, à mon avis, l’importance considérable qu’atteignit de bonne heure le domaine temporel de l'Eglise, et principalement de l'Eglise de Rome. Il apparaîtra de la sorte que l'Etat Pontifical, qui ouvre et qui conditionne tout le Moyen-Age, est en même temps la conclusion de la période qui a précédé. C’est pourquoi j'ai intitulé mon livre l’'EGzise MÉROVINGIENNE ET L'ETAT PONTIFICAL.

Je serai ainsi conduit à étudier la propriété ecclésiastique, et plus particulièrement en France, car c’est là qu’elle est le mieux connue, grâce aux travaux de Fustel de Coulanges et de Paul Viollet. En outre, il est nécessaire de bien comprendre l’état du pays qui est l’acteur principal des événements. Je reviendrai ensuite en Italie, partagée alors entre les Byzantins et les Lombards, et j’aboutirai ainsi au récit circonstancié des faits, qui est l’objet principal de mon ouvrage.

Enfin, j'ai illustré ma narration par des cartes montrant le partage de l'Italie entre les Byzantins et les Lombards, et figurant ensuite, autant qu'il a été possible de les déduire des documents, les limites de l'Etat Pontifical. Ce travail m'a coûté quelque peine, mais il est ici particulièrement nécessaire d’avoir sous les yeux la situation des territoires pour comprendre les événements.

Mais, si la critique générale a progressé, comme je viens de le constater, une difficulté a surgi sur un point particulier qui a son importance.

Autrefois, tous les historiens plaçaient les deux expéditions de Pépin contre les Lombards, en deux années consécutives, 755 et 756. Mais en 1867, Jaffé a prétendu qu'il fallait intercaler une année entre les deux, de sorte que la seconde restant fixée à 756, la première devait être remontée à 7541 Ce système, adopté par Œlsner en 18712, et par Martens en 1881 5, soulève de très grandes difficultés, car il oblige à déplacer jusqu’en février, le sacre qui est, à date certaine, du 28 juillet. Cependant, il apparaissait en 1892, comme le dernier mot de la science allemande, et Duchesne l’a suivi sans examen. Il n’a pas étudié la question, et il l’a laissée dans le vague, sans rien dire, bien entendu, qui en avertisse le lecteur

On lit en effet à la page 66 de son livre, aussitôt après l’entrevue de Ponthion du 6 janvier 754 :

« Pépin ne pouvait pas renvoyer le pape sans voir quelle tournure prendraient les affaires. D’autre part, la saison ne se prêtait pas à faire voyager de vénérables vieillards. Le roi conduisit son hôte à l’abbaye de Saint-Denys; il profita de l’occasion pour se faire sacrer à nouveau avec sa femme et ses

1. Jaffé, Monumenta Carolina, Berlin 1867, p. 8, n. 1. 2. Oelsner, Kænig Pippin, Leipzig, 1871.

3, Martens, Die rômische Frage, Stuttgart, 1881.

Sas

fils. Puis le pape, fatigué du voyage, éprouvé par l'hiver, tomba gravement malade, si bien que l’on en désespéra. Cependant il revint à la santé, ce que les moines de Saint-Denys ne manquèrent pas d’attribuer à leur patron. »

Et plus loin, page 68 : « Au 1er mars 754 et à Pâques (14 avril) eurent lieu à Braïne et à Kiersy-sur- Oise de grandes assemblées nationales, où il fut décidé, non sans opposition, semble-t-il, que l’on ferait la guerre au roi des Lombards.…. » Et enfin, page 70 : « Le pape était rentré à Rome vers la fin d’octobre 754... »

Ces lignes ne font pas honneur à l’éminent historien qui a mérité sa réputation par d’autres travaux. Elles témoignent d’une singulière désinvolture à escamoter, sur un ton de persiflage, des difficultés qu'il n’a pas étudiées. Il ne pouvait pas être question de renvoyer le pape ni de faire voyager pendant l'hiver de vénérables vieillards, puisque Pépin avait promis ses bons offices à Ponthion, et nous verrons qu’en effet, il négocia activement avec Astolf. Toutes les dates données ici par Duchesne sont controversées, je me propose précisément d’élucider les différentes questions qui s’y rattachent.

Il ne sera pas sans intérêt de savoir comment la guerre a été décidée, et à quelle époque elle a com-

1. Le nom latin est Carisiacus, Carisiacum ou Carigisiagum, que l’on traduisait autrefois par Kiersy-sur-Oise. Mais cette localité existe encore, c’est le village de Quierzy, situé à peu près à égale distance entre Chauny et Noyon. Il est desservi par la halte du chemin de fer

mencé. C’est ce que nous apprendra l'exposé historique du diplôme de donation que Pépin délivra dans cette assemblée qui eut lieu à Quierzy!, non pas le 14 mais le 21 avril 754, et qui peut maintenant être utilisé, grâce à la belle restitution de MM. Schnürer et Ulivi publiée en 19061

Je démontrerai d’autre part, en utilisant la Revelatio Slephani, pièce parfaitement authentique et qu’on a eu le tort de mépriser?, que le sacre a eu lieu, à date certaine, le 28 juillet. Il ne peut donc en aucune façon être reporté au mois de février, comme le prétend Duchesne, en ne consultant pas d’autre document que le Liber ponlificalis. À noter que l’exposé historique du Quierzy et la Revelatio Stephani ont en partie le même auteur que la Vita Siephani dans le Liber poniificalis, maïs ïls sont absolument contemporains des faits, tandis que la Vita Stephani n’a été écrite, de l’avis unanime, qu’une dizaine d’années plus tard. Duchesne a édité le Liber pontificalis avec un soin auquel tout le monde a rendu hommage, mais il a gardé un faible pour cette chronique, ce qui n’est pas favorable à la saine critique.

Enfin, l’assemblée du 1° mars, qui était une armée, a eu lieu le 1er mars 755, et l’armée est partie aussitôt pour l'Italie. Je crois que toutes ces dates précisent utilement la physionomie des événements. du Nord de Maretz-Quierzy. On n’y voit plus aucun vestige de la villa carolingienne.

1. Gustav Schnürer und Diomedes Ulivi, Das Fragmentum fanluzzianum neu herausgegeben, und kritisch uniersuchi. Freiburg (Schweis) Otto Gschwend, 1906. Voir les chapitres X, 1-vi, à la fin

du volume.

Page 1