‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 200 sur 222 · Mon. Germ., Ep. III · texte numérisé non relu

Mon. Germ., Ep. III

qui montre qu’elle ne devait pas figurer au diplôme de 754. La ville d'Adria, en tout cas, n’est pas sur la liste de 756.

« … Aemiliam, Tuscias ambas Langobardorum ac Romanorum, Penilopalim... »

Voici maintenant une énumération de territoires des plus suspecte, et qui doit certainement être retranchée. L’Emilie et la Pentapole sont deux régions contiguës qui formaient le sud de l’exarchat lequel se trouve donc stipulé une troisième fois, et même, elles s'appliquent à l’exarchat agrandi vers Ancone et, Bologne. Elles sont séparées dans le texte par les deux Tuscies, ce qui nous reporte sur la côte de la Toscane. La Tuscie romaine n’est autre chose que la partie nord du duché de Rome, qui était comme nous l'avons vu terre d'Empire. La Tuscie lombarde en était le prolongement sur Viterbe et Grosseto, qui était, depuis l’invasion, occupé par les Lombards. C’eût été pour l'Etat Pontifical une excellente acquisition, et qui viendra plus tard en 787, mais il n’en était pas question en 754.

M. Schnürer a pensé que l’auteur du Fanluzzi a peut-être partagé l’erreur de la Vita Hadriani au sujet de l’énumération des patrimoines, et qu'il a cru y voir une ligne frontière. Ce serait pour cela, qu’il a accumulé tant de territoires pour remplir tout l’espace qu’elle embrassait: Fort heureusement, il a eu le bon esprit de ne pas corriger son texte. N'oublions pas qu’il n’y avait pas de cartes à cette époque, et

on pouvait ne pas se rendre compte des pointes et des replis extraordinaires que cette ligne aurait réalisés sur le terrain. L’impossibilité qui saute aux yeux aujourd’hui par un coup d'œil sur la carte, n’était pas alors aussi évidente.

« … Montem Feretrum, Orbinum, Callis, Luctolis, Egubium, Esi, Auximus... »

Toutes ces localités, situées dans la Pentapole figurent, sauf la dernière, dans le traité de 756 sous les numéros 12, 18, 19, 20, 21 et 8. Auximus (Osimo) ville voisine d’Ancone est l’une des reliquoe civitaies que Didier ne voulut pas rendre, comme il l'avait promis. Tout cela est compris dans l’exarchat, lequel a déjà été stipulé deux fois. Cette insistance doit faire allusion aux difficultés rencontrées tant avec Didier qu'avec l’archevêque de Ravenne, ce qu’on ne prévoyait pas en 754. C’est une interpolation manifeste.

«.… deind in ducalum Spolletinum éniegriler. »

Il faut conserver la première partie qui continue ‘l’énumération des patrimoines et supprimer le mot inlegriler qui éveillerait l’idée d’une cession territoriale dont il n’a jamais été question en 754.

« … ducalum Perusianum inlegriler, Bulimartium Bleda, Nerni, Utricolum M anturanum, Castrum Veus, Collina, Roselle, Populonia, Centumcella, Portus ei Hoslia.…. »

Ici la construction de la phrase ne convient plus

à l’énumération des patrimoines, ce qui indique une addition. Narni est la seule ville dont la livraison aurait pu être réclamée en 754. C’était une dépendance du duché de Rome qui avait été annexée au duché de Spolète vers 725. Nous savons par la Chronique de Moissac, qu’elle fut inscrite spécialement dans le traité de 795, et de fait, elle a le n° 23 dans la liste de 756. Il est très possible qu’elle n’ait pas été inscrite dans le diplôme de 754, rédigé précipitamment, ce qui n’empêchait pas de l’ajouter au traité de 755. Bulimartium et Bleda étaient deux desquatres villes qui avaient été occupées par Luitprand et celui-ci les avait rendues en 742. De même, Ratchis qui avait conquis le duché de Pérouse en 749, l'avait évacué à la prière du pape Zacharie, Toutes les autres villes faisaient partie de la Tuscie romaine, c'est-àdire du duché de Rome, sauf Roselle et Populonia, aujourd’ui Grosseto et Piombino qui étaient dans la Tuscie lombarde,

« … deinde Campania integriler, Anagni, Segnis Frisilonis, Vipernis, Berulem, Pairica, el castra marilima Terracina, Fundi, Spelunca, Gaiela… »

C’est très tardivement, alors qu’on était en guerre avec les Grecs, que les prétentions pontificales s’étendirent à la Campagnie. Il y a donc là une addition à retrancher. Quelques-unes des villes énumérées comme Anagni et Terracine appartenaient d’ailleurs déjà en 754 au duché de Rome.

« .… siidem Dominus Deus noster Beneventum ei Neapolim subdere dignatus fuerit,

Macaigne 32

Ïl faut évidemment supprimer ei Neapolim, il n’était pas question de Naples en 754. Mais on pouvait réclamer les patrimoines de Bénévent. M. Schnürer pense qu'il faut suppléer les mots ei in Benevenium devant si idem Dominus, et je suis de son avis, cela forme une conclusion à l’énumération des patrimoines. Il n’est pas anormal de souligner la situation spéciale des Lombards de Bénévent, qui ne devaient pas nécessairement être compris dans un traité de paix avec Astolf. Les ducs de Spolète étaient rentrés sous la domination du roi de Pavie depuis la guerre de Luitprand, mais les Lombards de Bénévent étaient restés pratiquement indépendants. Ils avaient pris part aux déprédations commises en 753 sur le territoire pontifical, ils avaient occupé la colonie de GCeccano, et plus tard ils participèrent au siège de Rome, mais comme ils étaient beaucoup plus loin, on ne prévoyait pas nécessairement l'éventualité d'entrer en guerre avec eux. |

«… iniegriler libi beatissime apostolorum princeps Peiro concedimus omnia prelaia local id est Aemiliam, Pentlapolim, Tuscias ambas, ducatum Perusinum, ducalum Spolelinum cum omnibus civilaribus castris aique monasteriis episcopalibus sub huiuscemodi iureiurando sic el sic, »

Il ÿ a là un résumé, qui ne comprend plus le duché de Bénévent, ni la Campagnie. Le tout forme une conclusion assez mal définie, puisque la fin n’est plus qu’une analyse de ce qui termine le document,

MM. Schnürer et U livi ont fait de grands efforts pour aménager tous les éléments à retenir en un texte bien correct, et ils ont été amenés pour cela à des transpositions un peu hardies. 11 me paraît plus prudent de laisser la Conclusion en suspens, et pour le reste de faire le moins possible de changements, sauf à garder quelques répétitions et incorrections qui n’ont rien d’insolite pour l’époque.

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