‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 209 sur 222 · Fred. Conti,, C. GxIX · texte numérisé non relu

Fred. Conti,, C. GxIX

pacifique, et il reprend son récit après l’échec des négociations.

Nous savons qu’il y a eu trois ambassades, dont chacune a dû demander plus de 20 jours, et cela nous conduit dans le courant, sinon à la fin du mois de marst. Donc, si l’auteur suit le style de mars, il est déjà entré dans l’année 754, et s’il adopte le style de Pâques, l'expression evolulo anno est bien impropre pour désigner les quelques jours qui restent de l’année 753, la fête de Pâques étant le 14 avril. Donc, l’objection est inexistante, et le texte convient très bien au 17 mars 755.

Si au contraire on voulait le 1er mars 74, il serait impossible d’entasser tous les faits dans l'espace trop restreint dont on dispose. La principale difficulté qui dispense d’en chercher d’autres, est que la guerre n’a été déclarée que le 21 avril. L’armée n’a donc pas pu être convoquée en février pour se réunir le 1er mars,

Quant à prétendre que l’armée à bien été réunie le 197 mars, mais qu’elle n’est entrée en campagne qu'au mois d’août, c’est là une grosse absurdité, qui mérite à peine d’être relevée. Le texte de la Continuation de Frédegaire ne permet pas de s’y arrêter, car il ne dit rien qui autorise à soupçonner une pareille exception. Il donne à entendre au contraire très nettement que les choses se sont passées de la façon la plus normale, oomme d'habitude, sicut mos Francorum est... eo lempore quo solent reges ad bella procedere.

I. Cela surtout s’il a gelé du I9fanvier au 6 avril. Les trois ambassades comportent six fois le passage des Alpes par le grand froid.

Il est bien connu que chaque mobilisation de Parmée était précédée d’unordre fixant avec précision le lieu et la date de la réunion. Une circulaire de ce genre nous est parvenue. Sa date n’est pas connue exactement, elle est comprise entre 802 et 810, et il est prescrit à l’abbé Fulrad,supérieur du monastère de Saint-Quentin en Vermandois, de conduire ses hommes, avec tous les équipements, les armes, et les vivres nécessaires, à l’armée qui se réunira le 18 juin à Starasfurth près de Magdebourg, pour une expédition en Saxe orientale! Les armées de cette époque étaient fort mal organisées, c’est certain, mais pas au point de convoquer des hommes à tout hasard, les enlever à leurs travaux, pour les tenir en suspens pendant cinq mois, avant d’entrer en campagne?.

La guerre commencée en mars fut menée très rapidement, celerrime completum, dit Eginhard. Elle fut sans doute terminée en juin, car Pépin rentra à Compiègne dans le courant du mois de juillet. Il.n’assistait pas le 11 à l'ouverture du Concile de Ver, et il signaït un diplôme le 29. Etienne II put rentrer à Rome non pas en octobre 754, mais en

1. Jafté, Mon. Carol., p. 387. Ce document a défà été cité plus haut, chap. IV, 1, 2, page 71.

2. Voici le texte complet que fe viens d'analyser : « Cumque praedictus Rex Pippinus quod per legatos suos petierat non impetrasset et Aistulfue hoc facere contemnisset, evoluto anno praefatus Rex ad Kalendos Martias omnes Francos, sicut mos Francorum est, Bernaco villa publica ad se venire praecepit. Inito que censilio cum proceribus suis, eo tempore quo solent Reges ad bella procedere cum Stephano Papa et reliquæ nationes quæ in suo regno commorabandur, et Francorum agmina ad partes Langobardiæ cum omni multitudine per Lugdunum Galliae et Viennam pergentes usque Mauriennam pervenerunt. Aistulfus rex Langobardorum...

juin-juillet 755. L'auteur du Liber ponlificalis s’est soigneusement abstenu de donner cette date, qui ne lui plaisait pas, il a voulu masquer la longueur du séjour que le pape avait fait en France.

La seconde guerre débuta par le siège de Rome qui commença le 1er janvier 7561. Cet espace de six mois est-il suffisant pour contenir tous les événements qui ont séparé les deux campagnes ? |

Le Liber ponlificalis relève seulement la non-exécution du traité, c’est-à-dire le retard apporté par Astolf à livrer l’exarchat, reddere distulit, et ensuite quelques pillages exercés sur le duché de Rome, prélude manifeste de nouvelles hostilités, Les lettres 6 et 7 d’Etienne II disent la même chose et elles reprochent en outre à Pépin, de n’avoir pris aucune précaution pour assurer l’exécution du traité, mais de s’être fié imprudemment à la parole du roi des Lombards. Pour Comprendre ce qui s’est passé, il faut avoir présent à l’esprit ce qu’étaient les armées de l’époque composées d'hommes qui n'étaient pas payés, et pressés de rentrer chez eux dès que la guerre était finie. La vraisemblance est donc pour une: succession rapide des événements. Astolf débarrassé au bout de quelques jours de l’armée ennemie, reprit, sans tarder, sa liberté d'action.

Remarquons enfin, que la première lettre est confiée à l’abbé Fulrad, qui avait suivi l’armée, et qui : avait été chargé d’accompagner le pape jusqu’à

1. Cette"date précise est donnée dans la lettre n° 8, et le siège dure depuis 54 fours, ce qui place la lettre au 24 février 756.

Rome. Il y était encore, quand l'attitude du roi des Lombards est devenue menaçante. Il serait assez étrange qu’il y soit resté toute une année.

11 n’y eut que deux lettres avant le commencement du siège de Rome, la seconde fut portée par l’évêque de Nomentum Wiltrandus. Une troisième fut écrite pendant le siège, le 24 février, et expédiée par mer. Quand cette lettre fut arrivée à destination, l’armée des Francs était peut être déjà en marche, car Astolf dut lever le siège de Rome vers le 1er avril pour défendre son propre territoire. Il fut vaincu une seconde fois devant Pavie, à une date qui n’est pas connue exactement, mais qui doit tomber en fin avril ou en mai. |

Voici ce que dit la Continuation de Frédeègaire :

Sequenti anno Aisrulfus Rex Langobardorum fidem suam, quam Regi Pippino promiserat, peccatis facientibus, fefellit. Iterum ad Romam cum exercitu suo veniens finibus Romanorum pervagens, atque regionem illam vastans, ad Ecclesiam $. Petri perveniens, et. domos quas ibidem reperit maxime igne consummavit. Haec cum Pippinus Rex (‘um per internuntios audivit nimio furore et ira motus commoto iterum omni exercitu Francorum,per Burgundiam, etc.

Pour qu’il y ait, dans la pensée de l’auteur, une année d'intervalle entre les deux expéditions, il faudrait que les mots sequenti anno, s'appliquent à la violation du traité par Astolf/considérée comme un fait distinct de la seconde expédition. Ge ne serait

donc qu’au bout d’une année qu’on se serait aperçu qu'il n’exécutait pas le traité, et la seconde campagne aurait suivi immédiatement. Mais il est clair que cette violation du traité et l'invasion du duché de Rome ne sont que les préliminaires et l’accessoire de la campagne, tandis que l'expédition elle-même est l'objet principal, visé par cette formule de chronologie rudimentaire qu’est l'expression sequenii anno. Ce texte même explique donc bien, que les deux expéditions ont eu lieu en deux années consécutives.

C'est par erreur que l’auteur prétend qu’Astolf s’est porté contre Rome pour la seconde fois, t/erum ad. Romam perveniens. De ce mot ilerum est venu sans doute la légende très répandue des deux sièges de Rome, il n'y en a eu qu’un seul, celui du 1er janvier au 1er avril 756. Avant la première expédition, il n’y eut que l’occupation de Ceccano par lesLombards de Bénévent. Astolf lui-même s’était borné à quelques pillages, et surtout à des menaces. Malgré ses fanfaronnades en paroles, il avait eu la prudence de s’abstenir d’une agression sérieuse. Mais après le premier traité de Pavie, il semble qu'il ait été exaspéré par la restitution de l’exarchat. Il avait eu la maladresse d'attendre que le roi des Francs soit personnellement engagé dans la guerre.

Pépin était encore devant Pavie, quand il reçut des ambassadeurs de Constantinople. Ils étaient d’abord allés à Rome, alors qu'Astolf venait de lever le siège. Ils repartent et débarquent à Marseille où ils apprennent que Pépin est déjà en Italie, et ils

vont l'y joindre. L'empereur Constantin ayant appris la défaite d’Astoif demandait amicalement au roi des Francs de lui remettre l’exarchat de Ravenne, comme conclusion de la mission confiée au pape en 753. On sait que Pépin refusa, tout en rendant de grands honneurs aux envoyés impériaux. Mais ce qui nous intéresse pour le moment, c’est le fait même de la démarche. L'empereur avait dû connaître assez rapidement la victoire des Francs, et il était dans son rôle de ne pas trop tarder à en réclamer la part qu’il pensait lui revenir.

Cette prétention paraissait étrange autrefois, quand on ne connaissait pas les rapports qui existaient déjà entre les deux souverains. Elle s'explique beaucoup mieux maintenant, que l’exposé historique du Quierzy nous a raconté la mission de l'ambassadeur Marinus, qui apporta à Pépin le titre de patrice. La lenteur des communications comporte bien que plusieurs mois se soient écoulés, mais il serait très peu vraisemblable que l’empereur aït laissé passer plus d’une année avant de faire valoir ses droits.

Ainsi donc, si les événements qui précèdent la première expédition sont compliqués, en raison de l'opposition à la guerre qui ne dut se calmer qu’avec le temps, ceux qui suivent au contraire comportent une succession très rapide, et le système d’'Eginhard 755-756,qui a pour lui les documents authentiques, est celui qui convient le mieux au classement des faits.

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