‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 21 sur 222 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

RER À PAfn

Rome. Le pape distingue nettement le pouvoir spirituel de l'Eglise de la domination temporelle de l'Empire. 11 a une source différente, et il en dépasse les limites, puisqu'il s'étend au monde entier. Depuis longtemps déjà 1l y a des chrétiens en Perse, et dans d’autres royaumes de l'Orient, les barbares qui envahissent l’Empire sont chrétiens. Les Goths d’Alaric étaient chrétiens, et de même les Burgondes, les Wisigoths, les Vandales qui occupent la Gaule et l'Afrique. Encore bien qu’ils aient embrassé l’arianisme, ils sont néanmoins les sujets de l'Eglise. Mais en vérité, à lire cet éloge magnifique de la puissance romaine, Mullis aucta victoriis, on ne soupçonnerait jamais les désastres irréparables et toujours croissants qu'elle vient de subirt. Il est clair que s’il ne croit pas la puissance romaine nécessaire : d’une façon absolue à la vie de l'Eglise, il est persuadé qu’elle lui est tellement utile, comme point d'appui sur la terre, qu’il ne conçoit pas le monde sans elle, il la suppose indestructible. Ses contemporains pensaient de même, et quand en 476, après l’invasion d’Odoacre, le sénat romain renvoya à Constantinople les insignes de la dignité impériale, cette démarche signifiait qu’il n’y aurait plus qu’un seul empereur, comme au temps d’Auguste, mais

1. En 410, prise de Rome par Alaric; 418, traité d'Honorius avec les Wisigoths leur abandonnant tout le Midi de la Gaule; 430, conquête de l’Afrique par les Vandales; 443, établissement des Burgondes dans la région de Lyon; 451, invasion d’Attila; 455, prise de Rome par Genseric, roi des Vandales venus d’Afrique. On admet généralement que les sermons de saint Léon datent de son pontificat, qui va de 440 à 461; il faudrait les vieillir de plus de cent ans, pour faire cesser l’anachronisme.

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il résiderait à Constantinople, la deuxième Rome. L'Italie ne cessait pas de faire partie de l'Empire, le gouvernement était délégué à Odoacre.

Personne alors parmi les mieux informés ne prévoyait, ni ne pouvait prévoir, les événements qui ont suivi. Et nous, qui sommes instruits par l’expérience de l’histoire, nous pouvons poser une autre question, à laquelle nous ne serons pas plus en mesure de répondre, Que serait-il arrivé si l’Empire d’Occident avait repoussé victorieusement les barbares, rétabli dans leur intégrité ses frontières du Rhin et du Danube, et fait refleurir pendant des siècles, la paix romaine; si les empereurs étaient rentrés dans Rome avec toute la puissance de leur pouvoir? C'était ce que rêvait encore saint Léon, ce qui du moins aurait comblé ses vœux. L'Eglise assurément aurait continué d’accomplir sa mission, d’instruire et de sanctifier les peuples, de développer son culte et sa doctrine. Mais quelles auraient été les contingences de son histoire? Notre faiblesse ne peut rien devant une pareille énigme, et nous aurons assez à faire d'étudier ce qui a eu lieu, sans nous préoccuper de ce qui aurait pu être.

Il était nécessaire, pour prendre contact avec les faits, d'entrer dans la mentalité de ceux qui en ont été les acteurs. Ces idées, si étranges à la réflexion, ne se sont pas éliminées facilement. Il en reste encore quelque chose dans les discours de Mussolini. Elles étaient en pleine vigueur au vire siècle, et c’est pour cela que les Romains d’alors ne voulaienq pas devenir Lombards.

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