‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 22 sur 222 · CHAPITRE II L'INVASION GERMANIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II L'INVASION GERMANIQUE

IT nous faut maintenant retourner en arrière jusqu’au moment où finissent les trois premiers siècles de Empire.

Les Romains, qui jouissaient du bienfait de la paix, croyaient que l'Etat romain était éternel et invincible. Cet excès de confiance amena sa ruine.

Ils n’avaient pas su organiser un système régulier de conscription, qui permît d’alimenter une armée nationale. Aussi, imaginèrent-ils de se dispenser du service militaire en payant un supplément d'impôts. Avec cet argent ils entretinrent des troupes auxiliaires, composées généralement de Germains qui venaient demander asile et chercher fortune dans les provinces. Ces étrangers avaient d’ailleurs la plus grande vénération pour la majesté de l’Empire, et l'indifférence des hartes classes de la société romaine pour le métier des armes était telle, qu’on leur abandonna même les plus hauts grades. L’insuffisance numérique de l’armée, et surtout sa composition exotique permirent seules l’invasion germanique, Cette dernière se produisit généralement par une lente infiltration d'éléments d’abord pacifiques, et qui un jour se trouvèrent les maîtres. Les violentes poussées comme celles des Huns furent très rares, et auraient été facilement arrêtées par une armée bien organisée, comme l’étaient les légions

or ARE

romaines, si celles-ci avaient été plus nombreuses.

D'autre part, la constitution de l’Empire n’était pas à l’abri des ambitions humaines. La République avait sombré dans la guerre civile, il en fut de même de l’Empire. Théoriquement, c'était le sénat Romain, toujours dépositaire de la puissance souveraine, qui assurait la transmission du pouvoir, et qui désignait le nouvel empereur. En pratique, les compétiteurs s’appuyaient toujours sur l’armée, ou plutôt sur quelque partie de l’armée. De sorte que les Romains, qui n'étaient pas un peuple guerrier, se virent gouvernés par une série de dictatures militaires. Et ces dernières émanaient elles-mêmes d’une armée composée de plus en plus d'étrangers. Il arriva donc que les chefs barbares ont fait les empereurs, et le plus grave, c’est que certains de leurs protégés se servaient, pour soutenir leur cause, des troupes de l’armée. La guerre civile ouvrait toute grande la frontière.

En 276, l’armée du Rhin laissa passer les barbares. Ils parcoururent la Gaule dans tous les sens ne trouvant de résistance nulle part; ils la pillèrent et la dévastèrent complètement. Ce fut la fin de la paix romaine qui plus jamais ne se rétablit que dans les temps modernes. Les Romains cependant, se ressaisirent. Ils réussirent à lever une armée et à reconquérir la Gaule. Mais ils ne comprirent pas la nécessité de créer une force militaire suffisante, alimentée régulièrement par un recrutement méthodique et national. L’insouciance des populations fit

Le 45 —

qu’on se contenta de demi-mesures. On fortifia les villes en sacrifiant leurs beaux faubourgs. On organisa des commandements militaires pour porter rapidement des forces de police sur les points menacés. Peut-être faut-il reporter à cette époque, la construction de certaines voies stratégiques, comme la rosace de Bavay. En résumé, l’Empire, avouant son impuissance à garder sa frontière, se résignait à combattre les barbares sur son propre territoire, afin de limiter au moins leurs dégâts.

Cela dura deux siècles, et la Gaule, fréquemment troublée par des bridandages, fut envahie plusieurs fois, à la faveur surtout des guerres civiles. C’étaient quelquefois les auxiliaires germaniques devenus de plus en plus nombreux, qui se transiormaient euxmêmes en pillards. Telle fut l’histoire de la prise de Rome par Alaric, en 410. Certains de ces auxiliaires demandèrent qu’on leur assignât des cantonnements fixes, avec une mission déterminée, et ils s’installèrent à demeure, prenant eux-mêmes ce qu’on ne se pressait pas assez de leur accorder. Leurs chefs reçurent des commandements militaires, et la Gaule, l'Espagne, l'Afrique et même l'Italie furent ainsi occupées. Après 476, il n’y eut plus, nous l’avons vu, qu’un seul empereur pour tout l’Empire, celui de Constantinople. Ce dernier n’avait qu’une autorité nominale sur l'Occident, mais ïl se plaisait à regarder les rois barbares comme ses vassaux. Et on peut dre que pendant 130 ans, depuis 406 jusque vers 535, ceux-ci ont régné par délégation de l'Empereur. Les rois se regardèrent ensuite comme

AR Ex

indépendants, mais ils continuèrent longtemps à témoigner pour l’empereur de Constinople, une déférence qui ne leur coûtait rien.

Ainsi donc, depuis la fin du rie siècle, le bon ordre qui avait créé tant de prospérité, cessa de régner dans l’Empire, et l'insécurité qui provenait autrefois du précaire, reparut pour longtemps sous d’autres formes. Le résultat fut de ramener un état social assez analogue au précaire, le régime féodal fondé sur le contrat de fidélité. D’abord, c’est l’invasion étrangère, ce sera plus tard l’incurie des rois et des fonctionnaires mérovingiens, puis ensuite l’impuissance lamentable du pouvoir central à repousser les misérables bandes de pillards normands, les guerres privées, les guerres féodales. On peut donc dire que cet état endémique d'insécurité a duré, sauf de rares accalmies, et avec plus ou moins d’intensité, jusqu’à la fin du Moyen-Age. Le régime féodal qui en était issu l’a perpétué. Chacun dut pourvoir à sa propre sécurité par des moyens de fortune. Nous avons déjà vu que, dès le rve siècle, les villes s'étaient entourées de murailles. Plus tard, des châteaux-forts s’élevèrent dans les campagnes. Toutes ces forteresses, d’abord très utiles comme refuges, ne servirent plus dans la suite, les châteaux-forts surtout, qu’à rançonner les populations voisines, mais c’est seulement sous Richelieu qu’on commença à les démolir.

Les villes de l’intérieur furent libérées également de leurs ceintures de murailles, mais dans

Page 1