‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 35 sur 222 · CE 6 ES · texte numérisé non relu

CE 6 ES

dispensés. Ils devaient le service complet s'ils possédaient cinq manses, c’est-à-dire 25 à 30 hectares. Ceux qui avaient moins devaient s'associer à plusieurs, l’un d’eux partant et les autres faisant les frais. Ce minimum a été vers la fin du règne de Charlemagne abaïssé jusqu’à trois manses, le recrutement devenant plus rare. On a dû le relever à quatre manses. Les simples artisans qui ne possédaient pas de terre, pour peu qu’ils aient quelque avoir, outils ou mobilier, devaient s’associer à six, l’un d’eux partant et les autres faisant les fraist,

Charlemagne a constaté lui-même combien ce régime était vexatoire et inefficace tout à la fois, fauteur par là-même du désordre. Il y avait beaucoup de réfractaires. « Les pauvres, dit-il, qui vont sans sans cesse à l’armée, sont ruinés, et, tandis que les comtes contraignent ainsi les pauvres, ils exemptent les riches à prix d’argent. Les comtes se plaignent de leur côté, que les habitants de leurs cantons ne leur obéissent pas2. »

La condition d'homme libre étant devenue intoérable, le résultat était fatal, les malheureux se réfugièrent dans le servage, et cette honteuse régression porta les fruits qu’elle méritait. Au milieu du Ixe siècle, il n’y avait plus d'hommes libres, plus d'armée par conséquent, et la France fut ravagée

1. Capitulaires de 802, art. 7; 803, art. 7 à 34; 805, art. 15; 807, art. D: 1811, arts.

2. Troisième capitulaire de 811, Boretius, p. 165, et Fustel de Coulanges, op. cil., pages 511 et 674. .

LS ATAPEE

par les misérables bandes de pirates normands. Ce qui est merveilleux, c’est qu’un système aussi absurde ait pu durer trois cents ans, et créer l'empire de Charlemagne.

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