NOR RE
de patronage, il gouvernerait plus aisément tout le royaume. Les conséquences furent désastreuses et se manifestèrent sans tarder. Lorsque Louis le Pieux fit le partage de 817, les nouveaux rois distribuèrent les bénéfices et reçurent le serment de leurs fidèles. Quand trois ans plus tard, l’empereur changea les limites pour faire la part de son quatrième fils, il fallait tout recommencer, car on ne pouvait pas se recommander à un seigneur hors du royaume, et surtout recevoir de lui un bénéfice. De là vint le désordre qui trouble le pays si longtemps, pour aboutir à l’horrible massacre de Fontanet.
Bientôt après, ce fut l'effondrement de l'autorité royale. Théoriquement, les bénéfices restent toujours viagers et à la volonté du roi; en réalité, ils sont inamovibles et héréditaires. Le roi ne peut pas les retirer sans une juste cause, dont les pairs de l’intéressé sont seuls juges. À sa mort, son fils, doit en solliciter le renouvellement mais le roi est tenu de le lui accorder.
On connaît quelles furent les misères du xe siècle. Les choses auraient peut-être tourné autrement, et on aurait fait l’économie de ces calamités, si Charlemagne avait su profiter de sa puissance pour atteindre la racine du mal et faire cesser l’insécurité des travailleurs. Si, au lieu d'étendre l’empire démesurément au delà des Alpes et des Pyrénées, il avait organisé des forces de police permanentes, avec des impôts réguliers, il aurait rétabli le bon ordre à l’intérieur et rendu inutile le patronage.
LRO
Quand Hugues Capet arriva au pouvoir en 987, l’idée de l’autorité royale n'était pas morte. Elle n'existait plus guère qu’à l’état d’abstraction, mais débarrassée enfin de la funeste altération du partage entre tous les fils. L’hérédité bien réglée comme elle va l’être du moins en fait, sera un moyen simple. approprié à l’état des peuples, d’assurer la continuité du pouvoir, et, par-dessus tout, l'intégrité du territoire. Ce bien inestimable que l’époque mérovingienne n’a pas connu, est alors spécial à la France, et la met en avance de plusieurs siècles sur ses voisins. L'œuvre réparatrice se poursuit dès lors méthodiquement, mais il faudra plus de cinq cents’ans d’etforts énergiques et persévérants pour éliminer les faux principes du droit féodal qui fondait le lien social sur une démarche libre de Ia volonté, le serment de fidélité, tandis qu’il sort directement de la cohabitation des hommes dans le même lieut, Ce long travail qui détruisit l'édifice féodal est la contrepartie de celui qui l’a élevé et qui dura à peu près le même temps.
Les Carolingiens avaient de bonnes intentions, ils voulaient sincèrement gouverner en vue de réaliser le bien du peuple, témoin les capitulaires de Charlemagne, et le soin qu'il prend d’en assurer l'exécution par ses missi dominici. Mais, faute d’esprit philosophique, ils n’ont pas su atteindre la cause du mal, qui était la fidélité, issue elle-même
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de l'insécurité. Leur action ressemble à un remède