LA PUISSANCE TERRITORIALE DE L'ÉGLISE
Nous venons de voir que, depuis très longtemps, la société s’orientait toujours, par une sorte de fatalité, vers la grande propriété. Les grands domaines existaient déjà chez les Gaulois, et, à Rome, ils avaient pris des proportions colossales, quand un petit nombre de patriciens se partageaient la-jouissance de l’immense ager publicus créé par les conquêtes de la République. Cet abus ayant cessé, la paix romaine amena, pendant trois siècles, un accroissement général de la richesse, qui fut un apport de bon aloi. Mais pour des causes encore mal connues, l’argent et la terre s’accumulaient dans un petit nombre de mains. Il se forma une classe de très riches propriétaires qui ne possédaient plus un canton tout entier, comme les anciens précaristes de l’ager publicus, mais vingt, trente et même quarante grands domaines, dispersés dans des pays éloignés. Après l'invasion germanique, d’autres causes très différentes de la prospérité économique, amenèrent une autre concentration de la terre. Les guerres, les désordres, l'insécurité des travailleurs obligèrent la petite propriété à se fondre dans la grande. La classe moyenne devenait plus pauvre, au point même qu’elle dut parfois rentrer dans l’état servile.
Ces conditions étaient favorables à l’accroissement du patrimoine ecclésiastique qui reçut dès lors par