Reg. S. Benecdicti, cap. Lx et Lxr
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même nature, mais qui ne suffisent pas à l’épuiser. Pour le reste, les moines remplissent, au moyen des grands biens qu'ils détiennent, une fonction sociale qu’il est utile de préciser.
Ils ont tout d’abord, contribué fortement, par leur exemple, à relever le travail si méprisé par les Romains. Le travail, et sous sa forme la plus rigoureuse, le travail manuel, a toujours été pratiqué par les moines, mais à une condition, que ne connaissent pas ceux qui n’ont étudié la vie religieuse que dans les livres, c’est que le travail est un instrument de sanctification, avant d’être un moyen de production. Il en résulte que le travail des moines est toujours subordonné à la prière. La célébration de l'office de jour et de nuit, outre le supplément de fatigue qui en résulte, est un obstacle assez sérieux à un travail intensif et vraiment productit. De là vient, la faiblesse humaine aidant, que les moines se sont déchargés des gros travaux, dès qu’ils ont-été assez riches pour payer des serviteurs, serfs ou colons. Et il en a été ainsi dès le commencement, car on lit dans là règle de saint Benoît : « Si les frères sont obligés de faire eux-mêmes les travaux de la moisson, ils ne s’en contristeront pas, car c’est alors qu’ils sont vraiment moines, s'ils vivent du travail de leurs mains, »
Les moines n’ont sans doute pas exécuté entiè-
1. Reg. s. Bened., c. xvLur.. Si autem necessitas loci, vel paupertas exegerit, ut ad fruges colligendas per se occupentur, necl conbristentur : quia tune vere monachi sunt, si de labore manuum suarum vivunt, sicut et Patres nostri et ApostoN.
rement par eux-mêmes, tous les travaux de déirichement qu’on leur prête. Il est probable qu’ils se sont fait aider, et ils ont bien fait. On aurait tort également de croire que les administrateurs de leurs domaines, dont la bonne tenue et la belle ordonnance sont attestées universellement, aient toujours été d’une habileté exceptionnelle. La vie religieuse ne prépare pas par elle-même, à l’art de cultiver ou de bâtir, certains économes sont très entendus, d’autres le sont moins. L'ordre monastique a sur ce point une vertu plus générale, et d’autant plus intéressante qu’elle est, dans tous les temps, à la portée de tout le monde. Par le seul fait de la règle et de ses contraintes, les religieux consomment peu, ils ont toujours de l’argent pour arrondir cu améliorer leur propriété. C’est là tout le secret de leur bonne administration, Leur domaine a été un immense accumulateur de richesse, à une époque où la société, si souvent rulnée, avait tant besoin de reconstituer son capital.
Les serviteurs que les religieux ort employés, étaient souvent des familiers vivant dans la maison. On voulut bientôt les organiser suivant les idées de l’époque, en leur donnant une règle, imitée de celle des moines, mais mieux appropriée aux conditions de leur travail, Ils sont devenus aujourd’hui les frères convers, religieux eux aussi, mais restés simples laïques, et qui forment un ordre à part, entièrement subordonné à la communauté des moines, appelés maintenant comme nous le verrons
plus loin, les pères de chœur. Montalembert, dans ses Moines d'Occident, parle d’un Goth, frère convers à Subiacco, au temps de saint Benoît. C’est là un gros anachronisme. Il n’y avait pasfalors de frères convers, ou plutôt, il n’y avait que des frères convers, en ce sens que tous étaient affectés aux mémes travaux. Mais tous prenaient part à l’office du chœur, et au conseil des moines. Il n’y avait donc qu’une seule catégorie, où chacun prenait son rang de profession. La dualité actuelle et dont je parlerai tout à l’heure n’est pas sans danger dans un Etat démocratique, et il est bon de savoir qu’elle n’a pas existé à l’origine, dans la très aristocratique société romaine. Les moines étaient alors tous égaux, simples laïques, et n’étaient appelés que très exceptionnellement aux ordres sacrés. Il serait tout à fait impropre de leur appliquer la dénomination, usitée aujourd'hui, de « clergé régulier », car ils n'étaient pas du clergé. On les appelait quelquefois les personnes du second ordre, secundi ordinis.
Vers la fin du vire siècle, on voulut procurer aux prêtres les avantages spirituels de la vie cénobitique, et lorsqu'ils se trouvaient assez nombreux dans une ville, on les réunit en communauté. Ce furent les « chanoines réguliers ». Or, une double évolution se produisit. Les moines entrèrent dans le clergé, tous furent appelés aux ordres majeurs, et on ne dut plus recevoir au rang des pères de chœur que des sujets aptes à la prêtrise, ce qui n'avait pas lieu auparavant. Il n’y eut plus, dès lors, aucune
différence entre les moines et les chanoïnes réguliers, mais ceux-ci se transformèrent également, du moins en partie. Certains se partagèrent les biens de la communauté, et ils furent les « chanoïnes séculiers », qui ne diffèrent des autres prêtres que par une distinction honorifique. C’est alors qu’on put véritablement distinguer le clergé séculier et le clergé régulier. Il n’est pas encore question des simples religieux qui, tout en menant, lorsqu'ils sont en communauté, une vie analogue à celle des moines, sont appelés néanmoins à participer activement au ministère extérieur comme les Franciscains et les Dominicains. Ces religieux ne viendront que plus tard, au xrrie siècle. Il n’y avait alors absolument que des moines vivant toujours, du moins en principe, dans la clôture du monastèrel, et dérivant d’un institut qui différait notablement, à l’origine, de ce qui existe encore aujourd’hui sous ce même nom.
Actuellement donc, les moines qui sont prêtres, ou appelés à le devenir, prennent part seuls à la récitation de l'office, c’est pourquoi on les appelle les pères de chœur. Cependant, ils ne manquent pas, et ils n’ont jamais jamais cessé, de faire quelque travail manuel. Eux seuls également, assistent au chapitre, qui est l’assemblée générale de la communauté, la réunion du convent. Ils ont voix au cha-
1. Il ne faut jamais dire, comme beaucoup le font, un couvent de moines. Le mot couvent s’applique seulement à une maison de religieux franciscains ou dominicains. Il doit être une corruption du du mot convent qui désigne non pas la maison mais l'ensemble des personnes composant la communauté,
pitre, ils doivent délibérer sur les affaires importantes. M ais il n’y a là rien du régime parlementaire, il faut plutôt se référer aux assemblées des Francs sous les mérovingiens. L’abbé est un monarque absolu, qui se renseigne et prend conseil comme il l'entend. Il lui arrive de se contenter des conversations tenues en récréation et de ne pas soumettre au chapitre les questions les plus graves. Dans un seul cas, son pouvoir a une limite; il ne peut pas introduire dans la communauté un membre dont celle-ci ne voudrait pas. Quand il s’agit d'admettre un novice à la profession, on vote alors sérieusement, en prenant de très bonnes précautions pour assurer le secret du vote, et si le candidat obtient trop de boules noires, il est rejeté. ‘
Les sujets qui ne sont pas jugés aptes à la prétrise, prononcent eux aussi des vœux perpétuels, mais ils restent laïques, et ils sont affectés exclusivement aux travaux manuels. Ils forment un ordre à part, ce sont les frères convers. D’une certaine manière, leur condition est identique à celle des premiers moines, mais, comme ils ont pour origine les serviteurs, familiers vivant dans la maison, ils sont entièrement subordonnés. Ainsi, ils ne prennent aucune part à la récitation du grand office, ils disent d’ailleurs d’autres prières, beaucoup plus courtes. Ils n’assistent pas au Chapitre, et ils ne sont jamais consultés, d’aucune manière, même sur J'admission des novices qui doivent prendre rang parmi eux,
Les moines, qui pour la plupart, pères de chœur ou frères convers, ont voulu fuir les soucis du monde, ne se plaignent pas d’être déchargés ainsi de toute responsabilité, pourvu qu’ils aient le vivre et le couvert. Mais les inconvénients de cette dictature perpétuelle et de cette cloison étanche dans la maison, peuvent se manifester à la longue. Certaines congrégations modernes ont cru prudent de n’avoir qu'une seule catégorie de religieux. Les Filles de St-Vincent de Paul n’ont pas de sœurs converses, les Frères de St-Jean-Baptiste de la Salle ont supprimé récemment la distinction qui existait autrefois entre les frères enseignants et les frères servants. Ces communautés homogènes sont l’image de ce qui existait à l’origine, maïs je ne conteste pas que ce type primitif avait déjà été altéré à l’époque mérovingienne.