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LES PREMIÈRES ATTEINTES DU DOMAINE ECCLÉSIASTIQUE

Cette accumulation de richesse n’était pas sans danger. De bonne heure, elle excita des convoitises. La puissance temporelle qu’elle conférait serait peut-être une source de désordres, et enfin, l'Etat pouvait être tenté d’y recourir pour remédier à ses embarras financiers. Telles sont les causes très complexes des événements qui vont suivre et que, pour plus de clarté, je divise en plusieurs séries.

Dès le commencement. les évêques ont eu à se défendre contre les héritiers des bienfaiteurs qui attaquaient le testament, contre les agents du fisc qui voulaient interpréter les donations royales dans le sens le plus restreint, et enfin contre les pillards qui ne manquèrent jamais à cette époque de violence. Dans le courant du vie siècle, des spoliations ont eu lieu, généralement à la faveur des guerres et de la division des royaumes. Plusieurs conciles, notamment le concile de Clermont en 535, et le concile de Paris

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en 563, ont fait entendre des plaintes. Dagobert offre cette particularité qui ne doit pas nous surprendre, il dépouillait certaines églises pour en enrichir d’autres. On raconte que les belles portes de bronze dont il décora la basilique de Saint-Denys, avaient été enlevées à une église du Midi. Il ne transférait pas les biens d’une église à une autre pour égaliser les revenus, mais il faisait alternativement des largesses et des pillages.

Vers la fin du vire siècle, la spoliation des biens d’Eglise par l’autorité royale prend des allures plus régulières, ce qui la rend plus efficace et plus dangereuse. Au lieu d’arracher de vive force, le roi demande à l’évêque ou à l’abbé, d’accorder à son protégé la concession en « précaire » du domaine qu’il convoite. Le précaire était, comme on l’a déjà vu, un système d’amodiation d’une grande élasticité, il pouvait être gratuit ou onéreux, et par suite, tourner à l’avantage de l’une ou de l’autre partie. Il n’était ici qu’une donation déguisée, un moyen de tourner la loi ecclésiastique qui interdisait l’aliénation des biens d’Eglise. La prière venant du roi était .un ordre, auquel l’évêque ne pouvait pas se soustraire. Par ce système de precarium in verbo regis, les souverains prenaient dans le domaine ecclésiastique, aussi facilement que dans celui du fisc. On connaît avec certitude un exemple de pareille concession antérieure à 683. Cela résulte d’un diplôme de Pépin le Bref du 8 juillet 753, qui nous est parvenu, et qui ordonne la restitution à l’abbaye de Saint-Denys

d’un domaine que ce même document dit avoir été donné en précaire au temps d’Ebroïn, maire du Palais! Or ce personnage est mort en 683 ou 681. La pénurie des documents autorise à penser que ce cas n’est peut-être pas le plus ancien, et qu’il n’est pas resté isolé à cette époque. Nous en rencontrerons dans la suite une infinité d’autres exemples au temps de Charlemagne, qui avait certainement l'intention d’être un bienfaiteur de l'Eglise. L'Etat

reprenait ainsi une bonne partie de ce qu’il avait donné.

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