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LE DÉSORDRE DES GUERRES CIVILES

Lorsque Dagobert mourut en 638, il ne laissait que des enfants en bas âge, et il en fut de même de ses successeurs. Il y eut une suite de minorités pendant lesquelles l’autorité royale, déjà affaiblie par les progrès de l’aristocratie territoriale, passa aux mains des grands du royaume. Ces derniers se divisèrent en plusieurs partis dont la rivalité engendra d’interminables guerres civiles. Des historiens modernes ont prêté aux principaux acteurs des vues politiques bien étrangères aux idées de l’époque. Les documents contemporains ne parlent que d’associations en concurrence pour les fonctions et les honneurs, ce qui n'empêche pas de penser, que chacun des compétiteurs prétendait, sans doute, être mieux qualifié pour réaliser le bien du peuple. Je crois qu’en pareil cas il y a, au début, peu de différences entre ces partis opposés, mais quand les troubles se prolongent, comme il faut à tout prix rétablir l’ordre, l'intérêt public se porte sur celui qui semble en être le plus capable.

Les évêques étaient parmi les grands du royaume, ils furent donc amenés à prendre part aux luttes qui les divisaient, et ceux qui se trouvèrent dans le parti vaincu, subirent les conséquences de la défaite. Maïs, par suite de leur caractère sacerdotal, il en

résulta un grave désordre, qui rejaillit sur la discipline ecclésiastique.

La première de ces guerres civiles a pour origine la lutte entre Ebroïn et Léodger (saint Léger). Elle commença en 669 à la mort de Clotaire III, et se prolongea pendant près de vingt ans, jusqu’après la bataille de Testry, qui, en 687, rendit Pépin d’Héristal, maître de la Neustrie. Il y eut alors vingt-sept ans de paix sous le gouvernement de Pépin. Mais après sa mort, la guerre civile recommença pendant encore près de vingt ans, de 715 à 733. Elle était d’ailleurs compliquée de guerres étrangères au nord et au midi, contre les Saxons et contre l’invasion arabe. Les troubles prirent fin par la domination de Charles Martel, qui rétablit l’ordre, en détruisant toutes les tyrannies locales qui désolaient le pays!

Ces guerres civiles ont eu pour conséquence que le triomphe alternatif de chaque parti amenait une perturbation générale de toutes les fonctions. Les amis du parti vaincu étaient destitués, les évêques commes les autres, et remplacés par les adhérents du parti vainqueur. Un des premiers évêques ainsi dépossédés fut Léodger, qui était évêque d’Autun depuis 659. Il avait pris le pouvoir en 669, mais il ne le garda que trois ans. Il fut exilé en 672, et, en 673, Ebroïn, redevenu maire du palais, le fit arrêter, en l’accusant d’avoir trempé dans la mort de Childéric II, qui venait d’être assassiné, et ensuite un

1. Einhardi. Vila Caroli, ?, Carolus tyrannos per totam Franciam dominatum sibi vindicantes oppressit. Cf. Fred. Cont., cix.

arrêt du Palais ordonna qu’il soit mis à mort! Deux. ans plus tard, en 675, Ebroïn réunit un nouveau synode, il en obtint la révocation et même la mort de plusieurs évêques qu’il lui désigna.

L’un d’eux s’appelait Diddon et un autre Waimerus, ce dernier, à titre d’aggravation de peine, fut pendu*?. Dans ces trois cas qui impliquent à la vérité la peine capitale, il y a encore un simulacre de jugement. mais dans beaucoup d’autres les documents ne signalent aucune forme de justice. Saint Lambert fut destitué sans aucun motif de son évêché d’Utrecht qui fut donné à un certain Faramund®. Ebroïn voulut également chasser sainte Anstrude de son monastère et n’en fut empêché que par un miracle D’autres -abbesses moins heureuses furent exiléesÿ.

A plus forte raison, les dignités laïques furent retirées aux partisans de Léodger, pour être données à ceux d’Ebroïn.« Ceux qui avaient été auparavant optimates furent poursuivis de toutes les manières,

1. Vila Leodegarii ab anonymo, Act. SS. O. S. B., II, 680 et sqq.

2. Ibid. Eo tempore Theodoricus et Ebroïnus synodum convocaverunt ad quamdam villam regiam (Cf. Tardif, n° 21). Diddonem segregant a sancta congragatione, exilio condemnatus morteque secuta poena capitis exsolvit..…. Alii vero episcopi a rege per Ebroïnum in ipso synodo poene similem poenam sortiti, perpetuo exilio sunt deportati Waimerus qui in episcopatus gradu fuerat sublimatusin offensum Ebroïni decidens, laqueo fuit suspensus, morte tur, pissima condemnatus.

3. Vita Laniberti, Act. SS. O. S. B., III, 70-71... deposuerunt eum de sede sua sine causa et privatus est honore suo absque culpa. Faramundum in cathedra illius substituerunt…

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