‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 60 sur 222 · Héfélé-Leclércq. Hist. des Conciles, t. III, p · texte numérisé non relu

Héfélé-Leclércq. Hist. des Conciles, t. III, p

Macaigne 9

Le

Une déclaration aussi menaçante dut jeter l’alarme dans la foule assez turbulente des détenteurs de biens ecclésiastiques. C’est à ce moment même, 742, qu’on parlait de la métropole de Cologne. L’opposition, sans doute, fut si violente, que les promoteurs de la réforme durent reculer sur ces deux points. Boniface, rous l’avons vu, renonça au siège de Cologne, et un nouveau concile fut réuni dès l’année suivante, 743, à Léplinnes, aujourd’hui Estinnes, petite ville du Hainaut près de Lobbes en Belgique.

On ne sait pas si le concile de Leptinnes fut général ou spécial à l’Austrasie. J’inclinerais à croire qu'il fut général, car il s’exprime en termes tout différents du précédent. Pépin avait montré beaucoup moins de zèle que son frère pour la réforme de l’Eglise, le concile de Leplinnes offrirait donc une formule de transaction entre les deux tendances. Il s'exprime ainsi dans son deuxième canon:

Nousordonnons d’après le conseil des serviteurs de Dieu et du peuple chrétien, que, à cause des guerres qui menacent et des attaques des peuples voisins, une partie des biens de l’Eglise soit encore employée pendant quelques temps, à titre de précaire et contre un cens, pour l'entretien de l’armée; toutefois, chaque feu devra donner à l’église ou au monastère, un sou, c'est-à-dire douze deniers, et si celui qui a le bien de l'Eglise en commende vient à mourir, ce bien fait retour à l’Eglise. Toutefois, si la nécessité le demande, ou si le prince l’ordonne, on pourra renou-

toire

veler le précaire et en rédiger un nouvel instrument. Il faut absolument éviter que les églises et les monastères dont les biens sont en précaire soient réduits par là à la pauvreté; et si leur misère le rend nécessaire, on devra restituer à l’Eglise ou à la maison religieuse la pleine possession de ses terresL »

Ce texte suffirait à lui seul pour éclairer toute cette question si grave, et restée longtemps incomprise, des spoliations carolingiennes. Les historiens viennent seulement de la découvrir. Il s’agissait en effet d’organiser l’armée, c’est le budget de la guerre qui est en jeu. Les hommes libres qui devaient, à leurs frais, le service militaire, ne pouvaient y satisfaire que s’ils jouissaient d’une certaine aisance. Si on voulait qu’ils répondissent régulièrement aux appels, et surtout pour former des cadres sur lesquels on pût compter, il fallait les enreichir, et on prenait la terre où elle était. Les peuples voisins étaient toujours menaçants, il fallait pourvoir avant tout à la sécurité du territoire.

On y voit en même temps l’extrême détresse de certaines églises. La situation était vrai- ment critique, nous la voyons de loin aujourd’hui, à travers la puissance de Charlemagne, il faut un effort pour comprendre qu’elle tient encore beaucoup plus des temps troublés de Charles Martel. Enfin, on aperçoit dans cette rédaction embarrassée tous les scrupules du prince, qui voudrait sincèrement res-

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