LA DOMINATION DES GOTHS
L’occupation de Rome par Odoacre, en 476, n’apporta aucun changement. L'empereur Zénon ratifia ce qui était le fait accompli, il accepta le titre de souverain de l’Occident où il n’y avait plus que des royaumes barbares, et il reconnut Odoacre comme gouverneur de l'Italie. Le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule, avait été déposé et relégué avec une pension viagère, dans la maison de campagne de Lucullus, en Campanie. Cette fiction de la suzeraineté de Constantinople ménageait l’orgueil national des Romains, qui pouvaient continuer à se dire les sujets de l’Empire.
Cependant, les Hérules étaient ariens comme les autres peuples ayant séjourné sur le Danube. A ses débuts, l’arianisme n’avait existé qu’en Orient. La politique de certains empereurs avait tenté, sans grand succès, de l’implanter en Occident, il y fut introduit au ve siècle par l'invasion germanique. Les rois barbares, qui n'étaient pas théologiens, ne voyaient sans doute pas trop où était la différence,
et, à part quelques courtes périodes de persécution violente, ils vivaient en bons termes avec les évêques catholiques. Nous avons déjà vu au sujet du concile d'Agde, qu’ils donnaient la sanction de leur pouvoir civil aux lois ecclésiastiques, c’est ce qui fut également en Italie. En 483, une assemblée de clercs et de sénateurs présidée par Basile, préfet du prétoire sous Odoacre, défendit, sous peine d’excommunication, d’aliéner aucun domaine de l’église de Rome. Ce décret assez étrange, comme porté par des laïcs, et qui fut régularisé dans la suite, comme on le verra, témoigne néanmoins de ia bonne volonté du gouvernement.
Le règne d’Odoacre ne fut pas de longue durée. En 488, le roi des Ostrogoths, Théodoric, voulut s’établir en Italie. Il avait été élevé à Constantinople, et, comme beaucoup de ses compatriotes, il était un des familiers de la cour impériale. 1l obtint de l’empereur, qui ne pouvait guère lui refuser, la permission de chasser les Hérules de l'Italie, et il partit aussitôt avec tout son peuple. La guerre dura quatre ans, et se termina par un traité de paix qui partageait l'Italie, en laissant à Odoacre le titre de roi. M ais, peu de temps après, Théodoric l’invita à un festin, et 1l le tua de sa propre main, La nation des Hérules se dispersa, et, en 493, toute l'Italie y compris la Sicile fut soumise au roi des Goths.
Nous retrouverons un accès de violence du même genre à la fin de la carrière de Théodoric, mais, pendant trente-trois ans, il gouverna sagement l’Ita-
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lie. Son règne fut brillamment illustré dans les lettres par Cassiodore, Denys le Petit, Boëce, saint Ennodius de Pavie. Il vit les commencements de saint Benoît de Nursie, le fondateur des moines d’Occident et une série idinterrompue de grands papes, saint Gélase (492-496), saint Anastase II (496- 498), saint Symmaque (498-514), saint Hormisdas (514-523). Ce dernier eut le rare bonheur de ramener l'Eglise Grecque à l’union. Son célèbre Formulaire, dont le concile du Vatican a inséré plusieurs extraits dans son décret sur la primauté du Siège Apostolique, fut signé en 519 sous l’empereur Justin, par deux mille cinq cents évêques orientaux, Dans le même temps, l’attitude du roi fut d’une correction parfaite envers l’église de Rome. La successsion du pape Anastase fut troublée par des intrigues venues de Constantinople, et qui préludèrent à ce que nous verrons en plus grand pour le pape Vigile. L'empereur Anastase qui avait des tendances monophysiques pour complaire aux Egyptiens, patronna le diacre Laurent, dont 1l espérait se faire un instrument docile. M ais le clergé de Rome avait élu Symmaque, et c’est l’arien Théodoric qui décida. Il se prononça en faveur de Symmaque, il le mit en possession des biens de l'Eglise, et il ne cessa pas de le soutenir pendant sept ans, contre les réclamations de l’anti-pape Laurent. À ce sujet un concile se tenait à Rome presque tous les ans, et c’est par l’une de. ces assemblées que nous connaissons le décret de 483. Cet acte du pouvoir civil était sans valeur, 1l fut annulé en 502, mais la même interdic-
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tion fut portée à nouveau par le même concile et sanctionnée par le roi Théodoric.
Malheureusement, en 525, l’empereur Justin qui montrait un grand zèle pour l’orthodoxie, ainsi que nous venons de le voir, prit des mesures de contrainte envers les ariens. Il leur retira leurs églises, et les priva de leurs droits civiques. Théodoric, oublieux dès lors de ses devoirs de vassalité, lui dépêcha aussitôt le pape Jean Ier, qui fut reçu avec beaucoup d’honneurs; c'était la première fois que le pape venait à Constantinople. Il obtint le retrait de ces mesures impolitiques, le roi cependant ne fut pas entièrement satisfait. À son retour, le pape fut jeté en prison, et il mourut le 18 mai 526. Théodoric fit mettre à mort deux grands personnages de Rome, Boëce et Symmaque. En outre, il imposa l'élection du pape Félix, qu’il croyait à sa dévotion. Son choix d’ailleurs n’était pas mauvais, car le pape Félix IV qui gouverna l'Eglise pendant quatre ans, fut mis, comme son prédécesseur, au nombre des saints. Et enfin, le roi qui était intervenu de la sorte dans la création du pape, publia un édit de persécution contre les chrétiens. Il n’eut pas le temps de le mettre à exécution, car il mourut le 30 août de la même année, et son petit-fils Alhalaric qui lui succéda, ne donna aucune suite à ce décret.
À cette époque, on se demandait si le pape ne pourrait pas désigner son successeur, et cela dans le but
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très louable de prévenir les troubles, qui marquaient ordinairement chaque élection. Le concile de 498, s'inspirant d’anciennes coutumes, l'avait permis, et c’est ce que fit le pape saint Félix IV, en faveur de Boniface IT. Ce dernier, à son tour, avait confié sa succession au diacre Vigile, mais il revint sur sa décision, et il brûla solennellement l’acte qu’il avait dressé. Lorsqu'il mourut, Jean ii lui succéda le 2 janvier 533. Vigile, resté simple diacre, fut nommé apocrisiaire à Constantinople, où il entra dans les bonnes grâces de l’empereur Justinien et de l’impératrice Théodora; nous le retrouverons dans un instant.
Jean II mourut en 255, et fut remplacé par saint Agapet Ier, qui fut chargé d’une mission à Constantinople par le roi des Goths Théodat. il y mourut en 536, au moment où Bélisaire, déjà maître de l’Afrique, portait la guerre en Italie. Vigile se rendit à Rome en toute hâte comptant être le candidst de l’empereur. Mais la ville était encore au pouvoir des Goths, et le roi Théodat avait brusqué l'élection de Silvérius, fils de saint Hormisdas. Cette intervention abusive du pouvoir civil est presque la règle à cette époque. D’abord mal accueilli, Silverius ne tarda pas à gagner la confiance du clergé et de tout le peuple.
Le 10 décembre 936, Bélisaire, rapidement vainqueur des Goths, fit son entrée dans Rome, et tous acclamèrent la délivrance de la domination étrangère. Cet événement qui semblait si heureux fut au contraire le point de départ d’une épreuve douloureuse pour l'Eglise.
Macaigne S 10