STADE
de Théodoret, et d’Ibas, tous trois évêques de Mopsuète en Cilicie, de Cyr et d’Edesse. Théodore de Mopsuète était mort en 428, avant même le concile d'Ephèse, sans avoir été inquiété de son vivant. On prétendait condamner non seulement ses écrits, mais sa personne, La question était plus délicate pour les deux autres, car ils avaient assisté au concile de Chalcédoine, ils y avaient même été accusés, mais comme ils avaient souscrit aux définitions du concile, ils avaient finalement été acquittés et réintégrés dans leurs diocèses. Aussi, on ne proposait pas d’anathématiser également leur personne. Mais, si on condamnait leurs écrits, séparés, bien entendu, de leurs déclarations subséquentes, qui en formaient le contexte, avec une rétractation en tant que de besoin — et on le pourrait puisqu'ils étaient en eux-mêmes hétérodoxes — on porterait atteinte indirectement à l'autorité du concile de Chalcédoine. C'était précisément ce qu'on voulait, la manœuvre était très habile, et elle réussit à troubler l'Eglise pendant dix ans. Il y avait là une ample matière d’équivoques et d’inextricables subtilités.
Justinien publia, probablement en 545, un édit condamnant ce qu’on appela par abréviation les Trois Chapitres, et il ordonna qu’il fut accepté.
Une telle façon d’agir n'était pas nouvelle.
Déjà, en 482, l'empereur Zénon avait publié une constitution dogmatique l’Henolicon; Honorius et Constant II édictèrent plus tard, en 638 et en 648 l’Eethèsis et le Type. Sur l’injonction de Justinien, presque tous les évêques d’Orient signèrent, la plu-
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part à la vérité par crainte, mais le décret rencontra une très vive opposition en Occident, même dans les provinces nouvellement reconquises en Afrique et en Italie. |
On appela dès lors Vigile à Constantinople, Il refusa, mais le 22 novembre 545, il est enlevé de force dans l’église Sainte Cécile et embarqué à bord d’un navire. Il avait eu le temps de se concilier les sympathies de la population. Rome était alors assiégée par les Goths, et c'était le pape qui prenait soin de ravitailler la ville. Tout le peuple en larmes, se porta au rivage, jetant des pierres contre le vais: seau qui emportait son père, et lui criant de ne pas condamner les Trois Chapitres.
Très peu de temps, en effet, après la prise de Rome par Bélisaire, les Goths avaient repris l’offensive, et déjà ils assiégeaient Rome lors de la tragédie du pape Silvérius. Le roi Vitigès y rentra peu après, en cette même année 537. Mais les Byzantins lPavaient reprise, et Totila l’assiégeait de nouveau en 545. Il la prit en 549, et la capitale ne fut définitivement reconquise que par Narsès, en 552. Ainsi, Rome fut assiégée cinq fois. Cette guerre, qui dura vingt ans, faisait rage en Italie, pendant que se déroulaient à Constantinople les tristes événements que nous allons voir. Ils n’auraient pas eu lieu si Rome était resté au pouvoir des Goths, et il est nécessaire de les rappeler pour montrer quelle était l'emprise du prince catholique sur le gouvernement de l'Eglise.
Vigile s'arrêta toute une année en Sicile, et il n'arriva à Constantinople que le 25 janvier 547. L'empereur, qui l'avait fait enlever par la force, lui rendit alors de grands honneurs, et Vigile se montra d’abord très conciliant, trop même, au gré des Italiens et des Africains.
Nous connaissons l’objet du litige, et la matière était singulièrement délicate. Pour inopportune, illogique et regrettable qu'était la condamnation des Trois Chapitres, elle n’était cependant pas hétérodoxe, puisque les textes pris en eux-mêmes, ul verba sonant, étaient fautifs. Il n’était donc pas impossible de faire cette concession pour le bien de la paix, mais la décision ne pouvait, dans aucun cas, être prononcée par l’empereur, il fallait, de toute nécessité, qu’elle émanât d’une autorité ecclésiastique. C’est ce que Justinien ne put comprendre qu'après les scènes de violence que provoqua la résistance très énergique et tout à fait inattendue, qu’il rencontra plus tard chez Vigile.
Les pourparlers qui eurent lieu entre le pape et l’empereur pendant l’année 547, sont mal connus. On sait seulement que Vigile rendit finalement un Judicatum en date. du 11 avril 548, par lequel il condamnait les Trois Chapitres, mais sans adhérer à l’édit impérial de 545, il entendait porter lui-même la sentence. Cette distinction était très hardie pour l’époque. Cependant, ce n’est pas du côté de l’empereur que vinrent tout d’abord les difficultés. Le Judicalum souleva un très vif mécontentement en
Occident, où il y avait aussi des intégristes, en sens opposé à ceux de l'Orient.
Dans ces conditions, Vigile retira son Judicalum en avril 550, en vue de soumettre la question à un concile général où les deux partis seraient représentés; ils pourraient ainsi se confronter, et s'expliquer contradictoirement. Cette solution était très correcte, et l’empereur lui avait donné son adhésion. Mais tandis qu’on s’occupait, assez lentement d’ailleurs, de la préparation du concile, Justinien, cédant aux suggestions des extrémistes, et en particulier de Théodore Askidas, l’instigateur de toute l'affaire, rompit son engagement, pour revenir à la manière qui lui était chère, et s’attribuer à lui-même le jugement définitif. En juin 551, il rendit un nouvel édit dont le texte nous est parvenu, et qui confirmait purement et simplement son premier édit de Vigile protesta courageusement, maïs craignant avec raison pour sa liberté et même pour sa vie, il se réfugia le 17 août dans l’église Saint-Pierre de Constantinople, appelée aussi basilique d'Hormisdas.
Dès le lendemain, 18 août, le préteur pénétra dans l’église avec une troupe armée, pour arracher le pape de son asile. Vigile se cramponna aux colonnes de l’autel; mais le préteur ordonna, après avoir fait saisir par les cheveux les diacres et les autres clercs romains, de tirer le pape lui-même par les pieds, par la tête, par la barbe, et de l’enlever. Comme Vigile tenait bon, l’autel fut ébranlé, quelques co-