LES LOMBARDS EN ITALIE
Après la conquête de Justinien, terminée en 553, la malheureuse Italie, épuisée par dix-sept ans de guerre, n’eut que quinze années de répit. Dès 568, commença l’irruption des Lombards. Ce dernier flot de l’invasion germanique se présenta dans des conditions bien différentes des précédents. Les nouveaux venus arrivaient de plus loin, de Pannonie, Quelquos-uns étaient chrétiens, mais ariens, et ils ne s'étaient pas, comme les Goths, frottés, pendant plusieurs siècles, à la civilisation romaine. Leurs mœurs, leurs habitudes, leur aspect même, tout chez eux, était fait pour choquer la finesse italienne. Ils laissaient croître leur barbe, d’où leur nom de Longobardi, les hommes à la longue barbe. Ils avaient la tête rasée sur la nuque et l’occiput, et leurs cheveux retombaient des deux côtés sur les épaules. Cela leur donnait un air terrible, et de fait, ils ravagèrent le pays avec une brutalité inconnue jusque-là. On les regarda ainsi comme des sauvages, des homme de race inférieure. Ils sentaient mauvais, ce qui était sans doute vrai, puisqu'ils n’avaient pas encore l’usage des bains. On ajoutait qu’ils avaient toutes sortes de mauvaises maladies. Enfin ils furent tenus en un tel mépris, qu’il ne fallait même pas prononcer leur nom, « nec dicendi». Cette injure était si bien passée dans l’usage, qu’elle venait d’elle-même
sous la plume des hommes les plus graves. Elle se trouve dans une lettre adressée à Ursus, duc de Vénétie par Grégoire II! qui n’avait aucun sujet de plainte à leur égard et loin de là. Elle revient à chaque ligne avec beaucoup d’autres dans les lettres d’Etienne II.
On s’explique la mauvaise humeur des Italiens contre ces envahisseurs, qui ramenaient la guerre quand on avait tant besoin de la paix. Mais si certains de ces reproches pouvaient être justifiés au début, ils cessèrent bientôt d’être mérités au même degré, car les Lombards ne tardèrent pas à se civi- User. Très vite, ceux qui étaient encore païens se firent chrétiens. Cette transformation rapide a été due à la reine Théodelinde, mariée successivement aux rois Autharis et Agilulf. Le premier régna de 585 à 590 et le second de 591 à 615. Théodelinde, princesse bavaroise, était catholique et même d’une grande piété. On lui doit la dotation de beaucoup d’églises et d’établissements religieux, dont le célèbre monastère de Bobbio où saint Colomban vint finir ses jours. En 653, le royaume revint à son neveu Aripert, qui était catholique, et qui ramena toute la nation à l'Eglise Romaine. Là aussi la religion des peuples était celle des rois.
Au début, les Lombards ne représentaient pas une grande force militaire. Ils n'étaient pas réunis en corps de nation, et ne formaient que des groupes isolés. Mais ils ne rencontrèrent aucune résistance,