‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 72 sur 222 · Ibid · texte numérisé non relu

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son ensemble, avons nous dit, n’offrit aucune résistance. Cependant, grâce à leur marine, les Byzantins se défendirent mieux sur les côtes, et ils conservèrent le littoral, tandis que les envahisseurs occupaient l’intérieur et tenaient la partie médiane de la péninsule sur toute sa longueur.

De la sorte les deux duchés méridionaux joignaientle royaume du nord par les deux versants de l’Apennin. Cela séparait le territoire de Rome de celui de Ravenne, et les deux provinces ne pouvaient communiquer que par mer, en contournant toute l’Italie. Les Byzantins réussirent à reprendre Pérouse en 590, et cette place, qui semble avoir été occupée de nouveau par les Lombards, leur fut attribuée définitivement par le traité de paix de 5981 La situation se trouva dès lors entièrement renversée. Rome et Ravenne communiquaient, tandis que cette ligne transversale isolait les Lombards du sud du royaume de Pavie.

Mais, il n’y avait pas de bonne route allant de Rome à Ravenne. La voie Salaria et la voie Flaminienne tournaient à droite dans le duché de Spolète, la voie Cassienne prenait à gauche par la Toscane. On construisit une route intermédiaire, qui ne sortait pas de l’étroite bande formée par le duché de Pérouse. La nouvelle voie stratégique et militaire quittait Rome par la voie Cassienne, et un peu au Nord de Baccanae (Baccano), elle empruntait la voie Amerina. Par Nepe (Nepi) et Gallesium (Gallèse) elle gagnait

1. Cf. Ch. Diehl, L'administration byzantine à Ravenne, p. 68-70,

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le Tibre qu’elle traversait à Horia (Orte), puis par Ameria (Amelia), Tuder (Todi) et la vallée du Tibre, elle atteignait Pérouse. De là elle rejoignait par deux routes la voie Flaminienne, sortie alors du duché de Spolète. La principale gagne par Gubbio le poste de ad Ensem (Scheggia); et de là Tadinum. La voie Flaminienne passe ensuite par Lucioli, Callium (Cagli) Petra Pertusa, et aboutit à Fano. Elle se prolonge le long de la côte et atteint Rimini, où commence la voie Emilienne. Cette dernière traverse de l’est à l’ouest tout l’exarchat de Ravenne dans le fond de la plaine du Pô, elle passe en ligne droite à Cezène, Forli, Faenza, Imola, Bologne, etc.

Cet ensemble de communications permettait de porter rapidement des troupes sur les points menacés, et contribuait efficacement à la défense du territoire byzantin. Les empereurs prirent encore d’autres dispositions bien conçues, en créant des commandements militaires qui réunissaient tous les pouvoirs. Ils étendirent à l’Ilalie la nouvelle organisation, dite des thêmes, qui fut alors substituée aux anciennes divisions administratives. Tout cela ressemble à ce qui a été fait en Gaule au 1ve siècle, pour limiter les dégâts de l’invasion. Le vieil Empire ne pouvant plus arrêter les barbares à la frontière, avait pris du moins de bonnes dispositions pour les combattre sur son propre territoire.

Nous avons vu quelle était la cause de son impuissance, c'était l’aversion, le dédain toujours croissant

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des Romains pour le métier des armes. Trop confiants dans la majesté de l’Empire qu’ils croyaient éternel, ils se dispensaient, à prix d’argent, du service personnel. Grâce à un supplément d’impôts, ils payaient des troupes mercenaires, généralement composées de barbares, qui devaient combattre d’autres barbares. La tradition avait été conservée à Constantinople. L’armée ne se recrutait que par des moyens de fortune, et presque toujours les mercenaires étaient des barbares! Elle était bien organisée, appuyée par des:forteresses, habilement conduite par des hommes de guerre expérimentés, mais peu nombreuse. Belisaire avait reconquis l’Afrique avec quinze mille soldats.

Un détachement de l’armée régulière avait été affecté à la défense de l’Italie. On l’avait même renforcé de nouvelles unités qui portaient le nom de certaines villes de la région’, et bientôt apparaîtront partout des milices locales, qui constatent beaucoup plus l'insuffisance de l’armée régulière, qu’elles ne la renforcent efficacement. Elles serviront surtout aux révoltes qui éclateront au vire siècle, et qui amèneront les autonomies italiennes. Cela dénote, cependant, un effort d'organisation sous l’impérieuse nécessité de la défense, mais qui est demeuré

1. Les papyrus de Marini et d’autres textes donnent les noms des régiments stationnés en Italie. Certains portaient des noms d’empereurs, mais il y avait en outre un numerus Perso-armeniorum; un numerus Dacicus; un numerus Perso-Justiniani, ce qui prouve que ces troupes se composaient de mercenaires barbares. Cf. Ch. Diehl, op. cit., p. 197-198.

2. Les mêmes documents que ci-dessus citent un numerus Ravennas; un numerus Ariminiorum; un numerus Tarvisianus.

insuffisant. Rien ne fait supposer qu’on ait fait quelque chose de sérieux, pour remédier au vice radical du système. L’Italie ne songea pas qu’elle pourrait se défendre elle-même, elle attendait tout de l’Empire, à qui, en effet, incombait le soin d’organiser le recrutement de l’armée. Or, les Lombards, comme tous les ‘peuples germaniques, pratiquaient le service militaire obligatoire, la mobilisation en cas de guerre la molio generalis!. Ce système avait de très grands défauts, et nous avons vu l’abus qui en a été fait pour les expéditions lointaines de Charlemagne, mais il donnait le nombre, et il assura aux Lombards une supériorité constante sur les Byzantins. Leur force était proportionnelle au chiffre de la population qu’ils dominaient, et elle alla toujours croissant avec l’étendue de leur territoire. C’est qu’en effet, il vaut mieux avoir une troupe défectueuse que de n’avoir pas d’armée du tout.

Il est surprenant, en vérité, que les Byzantins n'aient pas tiré meilleur parti de l’effort très méritoire qu’ils ont fait, en construisant la voie stratégique de Rome à Ravenne. Il semble qu’ils auraient pu en profiter pour prendre à revers les duchés de Spolète et de Benevent, et les conquérir peu à peu. C’est l’inverse qui a eu lieu, et on voit continuellement les Lombards grignoter le territoire byzantin. Ils avançaient avec méthode, et, grâce à leur ser-

‘l. Lib. pont. I, 415... sed etiam,(Aistulfus) generalem faciens motionen, cum universi regni sui Longobardorum popule contra hauc Romanan adevnit urbeni (1° janvier 756).

vice personnel, chaque parcelle de terrain gagné augmentait leur force militaire. Les empereurs, au contraire, rêvaient toujours de reprendre l'Italie d’un seul coup, le jour où les Perses, les Arabes et les Avars leur laisseraient quelque répit sur leur frontière de l’est. Ils ont failli y réussir en 663. Constant IT profitant habilement des dissensions intérieures qui divisaient alors l’Etat lombard débarqua à Tarente avec une armée. Ce fut d’abord une marche triomphale dans le duché de Benevent, toutes les villes ouvraient leurs portes, quelques-unes seulement résistèrent. Mais l’empereur fut vaincu à plusieurs reprises par une armée lombarde venue du nord, et l’entreprise si bien commencée ne réussit pas. Un accident militaire, sans doute, l’avait fait échouer.

Il n’aurait cependant pas dû être nécessaire de réunir toutes les forces de l’Empire, pour faire échec à la puissance lombarde, surtout à cette époque, car, plus tard, le roi Luitprand l’augmenta beaucoup. Si l’Italie avait eu pendant quelque temps des chefs énergiques ayant pleins pouvoirs pour mettre en valeur toutes les ressources du pays, elle aurait pu au moins les refouler dans le nord. Mais les Byzantins n’ont jamais employé que les petits moyens. Ils excellaient à nouer des intrigues chez leurs ennemis, pour les diviser et les affaiblir, en ayant toujours soin d’abandonner, au moment décisif, Le parti qu'ils avaient soutenu, afin que son triomphe définitif ne le rende pas trop fort. Mais ils comptaient trop sur ces manœuvres, où ils ne craignaient pas de pousser l’habileté et la ruse jusqu’à la mauvaise foi.

De tels expédients ne créent pas une force véritable, capable de suppléer au sentiment profond des peuples. Pour accomplir l’effort qui était nécessaire, il aurait fallu, avant tout, une parfaite unité morale dans tout le pays. Or c’est ce qui a toujours manqué à l'Italie, et les empereurs de Constantinople se sont évertués, comme à plaisir, à y semer la discorde

par leurs interventions dogmatiques.

Ces souverains ne considéraient que les monophysistes de l'Egypte et de l’Asie. Ils déploraient leur dissidence, après l’avoir eux-mêmes favorisée, et ils cherchaient des compromis, appropriés à la subtilité orientale, pour créer une unité de foi apparente, qui suffirait, pensaient-ils. pour apaiser les discordes dont souffrait le pays. Ce procédé rentrail dans leur manière habituelle, analogue aux petits moyens qu'ils employaient, et parfois avec succès, pour affaiblir leurs ennemis.

Certains auteurs ‘ont loué leur habileté et blâmé l’intransigeance des papes qui les ont combattus. À juger ainsi, on admet qu’il n’y a en matière de religion que des formules arbitraires. Les hommes de cette époque, et ceux d’aujourd’hui encore pensent de même, y voyaient des réalités qu’il n’était pas en leur pouvoir de changer. L’union ne pouvait se faire que dans la vérité, qui seule est une et immuable. Telle était l’opinion des peuples d'Occident qui voulaient s’en tenir aux définitions posées par les quatre premiers conciles.

Ainsi, les empereurs dont nous parlons, n’ont jamais compris que tout ce qui semblait unifier l'Orient, aurait jeté la division en Occident. Leurs innovations troublaient profondément l'Italie, où ils prétendaient les introduire par la force. Pour mieux dire, elles la dressaient contre eux presque tout entière. Ils auraient bien dû constater également que les expédients dogmatiques n’ont jamais réussi. La triste affaire des Trois Chapitres n’a rier donné des résultats espérés. Il enfut de même du monothélisme. Après soixante ans de troubles stériles et parfois même sanglants, l'union se fit au sixième concile de 680 dans la foi de l'Eglise Romaine. Ces leçons de l’expérience n’empêchèrent pas Léon l’Isaurien de s’engager bientôt après dans la destruction des images.

En regard de cette tyrannie byzantine que nous allons voir en action au chapitre suivant, il faut placer la ‘parfaite correction des Lombards. Ils n’élèvent jamais aucun murmure contre l’autorité spirituelle du Souverain Pontife, et ils lui témoignent au contraire, en beaucoup de circonstances, une extraordinaire déférence. Ils en viennent même, un jour, à le défendre par la force contre les violences des agents de l’empereur. Voilà ce qu’il est bon de savoir, avant d’aborder le récit de la guerre qui s’éleva entre Etienne Il et le roi Astolf.

L'Italie avait accueilli avec allégresse la victoire de Justinien. Elle avait été heureuse et fière de rentrer dans le cadre très noble de l’Empire, et les

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