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L'ÉGLISE ROMAINE ET LA POLITIQUE BYZANTINE

Au vie siècle, et sans doute depuis bien longtemps avant, le pape était de beaucoup le plus grand propriétaire de l’Italie. On a pu, d’après les lettres de saint Grégoire qui nous sont parvenues, dresser une liste des propriétés de l’Eglise de Rome. Beaucoup de ces biens rappellent, par leur nom, les familles illustres qui les possédaient autrefois, et qui probablement en avaient fait don à l'Eglise. Il y avait tout d’abord les fermes, fundi, et nous trouvons un fundus Cornelü, un fundus Pompilianus, Constantinianus, Caïanus, etc. Plusieurs de ces fundi formaient une massa; massa Papirianensis, massa Furiana, Varroniana, Fontejana, Pontiana, etc. Un certain nombre de ces massa formaient un pairimonium, et ces derniers étaient désignés par le nom même de la province, patrimonium Calabritanum Apulum, Samniticum, Campanine, Tuscum, Neapolitanum, Panormitanum, Picenum, Ravennate, Istriacum, etc... Saint Grégoire nomme 400 fermes en Sicile, 600 terres dans le midi de la Gaule, d’autres en Ligurie, dans les Alpes Cottiennes, en Afrique, en Corse, en Sardaigne, en Dalmatie et en Illyrie, la ville de Gallipolis dans la Basse-Italie, et l’île de Capri tout entière. La superficie totale atteignait 470.000 hectares!

1. Le compte est fait par saint Grégoire lui-même dans une lettre (P. L. LXXV, c. 110). On peut voir sur cette question : Doisé,

Tout cela formait « le bien des pauvres ». Le mot, pauvres, nous l’avons déjà rencontré, n’avait pas tout à fait le même sens qu'aujourd'hui. il s’appliquait aux aux petits propriétaires, mais il désignait aussi, et tout d’abord, les indigents, les veuves, les orphelins, les veillards, les infirmes, les malades, et d’autre part tous ceux qui se trouvent accidentellement dans la détresse. Il n’y avait pas alors de dommages de guerre, ni d’assurances contre Vlincendie, et les ravages, les sinistres étaient fréquents. L'aumône directe devait pourvoir à distribuer les secours les plus urgents. Et en dehors de toutes ces œuvres d’assistance, il faut compter que dans la société romaine nombre de services publics constituaient, de façon normale, les charges de la grande propriété, c’est-à-dire des magistratures municipales. Les papes d’alors n’ont pas manqué d'y satisfaire. Les documents signalent continuellement qu'ils ont restauré les murailles, réparé les aqueducs, et pardessus tout, assuré le ravitaillement de la ville. Or dans tout l’empire, les duumvirs avaient l’obligation de procurer du blé à bon marché, sauf à payer la différence sur leur fortune personnelle.

A Rome, la question se compliquait de la foule des petites gens, qui, à côté de la population laborieuse, formait la clientèle des grandes familles. Ils auraient pu travailler puisqu'ils étaient en bonne santé, mais d’après une trés ancienne tradition, l'usage

Les Patrimoines de l'Eglise romaine au temps de saint Grégoire, Etudes, 3 juin 1904; Paul Fabre, Les colons de l'Eglise romaine au vie siècle, Revue d'histoire et de littérature religieuse, 1896, p. 74 sqq., et De Pairimoniis Romanae Ecclesiae usque ad aetatem carolinorum, Lille 1892.

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