‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 75 sur 222 · ESA ERE · texte numérisé non relu

ESA ERE

était de les nourrir à ne rien faire. Les empereurs avaient repris à leur compte cette coutume déplorable, et c'était cette plèbe qui réclamait « panem et circenses ». L'Eglise avait aboli, non sans peine, le second terme de la formule, mais il restait quelque chose du premier, et l’immensité de son domaine lui permettait d'y satisfaire. Je crois que les papes auraient été beaucoup moins forts, s'ils n’avaient eu pour les défendre que des vieillards et des infirmes. Mais, bien des hommes valides profitaient de leurs largesses, capables de descendre dans la rue, et ils le firent quelquefois. C'était là un grave défaut de l’état social, mais de telles habitudes ne peuvent pas être changées facilement, il fallait bien s’y conformer provisoirement. Une transformation des mœurs sera très lente, il faudra des siècles à l’ordre monastique pour réhabiliter le travail méprisé par les Romains, et créer notre mentalité laborieuse des peuples modernes.

Le Liber pontificaiis nous apprend que le successeur de saint Grégoire Sabinianus, qui régna seulement deux ans, de 604 à 606, profita d’une tamine pour faire vendre au double du prix ordinaire la provision de blé qui aurait dû être distribuée gratuitement aux pauvres. Il y aurait peut-être lieu de distinguer l’augmentation du prix en temps de famine, et une tentative de restreindre les distributions gratuites. Les mesures prises soulevèrent un si vif mécontentement que, ce pape étant mort, son convoi funèbre dut faire un long détour pour éviter de passer dans la ville; où il aurait été insulté par le peuple,

Justinien connaissait bien la grande popularité des papes, et, en politique avisé, il voulut en faire des auxiliaires de son gouvernement. Dès l’année 554, lorsqu'il organisa sa conquête, aussitôt après la fin de la guerre, il édicta diverses dispositions qui confiaient aux papes une sorte de contrôle sur toute l'administration impériale en Italiet, Ils durent veiller à la nomination des hauts fonctionnaires, et même vérifier leurs comptes quand ils sortaient de leur charge. M ais comme tous les pouvoirs étaient à l’exarque de Ravenne, ces mesures n'auraient pas contribué à l'unité de commandement. Elles témoignaient surtout des bonnes intentions de l’empereur, du peu de confiance qu’il avait en ses propres agents, de son désir d’entraver leurs malversations, et enfin de sa déférence pour le Siège Apostolique. Or en 554, le pape était ce même Vigile avec qui le conflit avait été si aigu au sujet des Trois Chapitres. Ce fait est tout à l'honneur de Justinien.

Au fond, il n’y avait là qu’un programme, d’une portée purement morale, qui vaudrait par l’ascendant personnel de ceux qui tenteraient de l’appliquer. Il ne fut vraiment réalisé que par saint Grégoire. La grand pape, en qui survivait toujours un peu le préfet de Rome, prit au sérieux son rôle de contrôleur délégué du pouvoir civil. S'il blâme la politique byzantine, au point qu’il n’a pas voulu

1, Novelle 149, c. 1; Novelle 8, c. xiv; Novelle 17, c. xvi. C’est

cet ensemble qu’on appelle aussi la Pragmatique Sanction de Justinien.

Macaisne 12

apprendre le grec, il utilise néanmoins, pour le bien général, ses hautes relations à Constantinople, et son influence personnelle auprès de l’empereur Maurice. Ses lettres, qui nous sont parvenues en grand nombre, le montrent veillant à tout dans les branches multiples de l’administration temporelle. Il réprimande sévérèment les plus hauts fonctionnaires et il est obéi. En vérité, il est le vice-roi de l’Italie, et même de tout l'Occident byzantin, car 1l s’occupe également de l’Illyrie, de l'Afrique et de l’Es-

pagne.

Cela, cependant, ne touche que très indirectement les origines de l'Etat Pontifical, car la vraie source de l’indépendance des papes qui va se dessiner de plus en plus, pour aboutir à l'autonomie, est tout entière dans le domaine territorial de l'Eglise, En cette matière purement politique saint Grégoire sait bien qu’il ne tire son pouvoir que d’une délégation impériale, et il ne manque pas de se proclamer lui-même le très fidèle sujet de l’empereur. Il le fait avec tant d’insistance que certains auteurs ont cru devoir l’en excuser.

Il avait peu d’estime, nous l’avons vu, pour l’'Empire byzantin, et il ne voulait pas étendre ses méthodes à l'Occident. Il y voyait cependant, un reste du vieux monde romain, et il avait conservé, à cet égard, le loyalisme des anciens Pères, de saint Augustin et de saint Léon. Comme eux, il croyait cette autorité traditionnelle très utile encore à l'Eglise

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