Grisar, Histoire de Rome, I, 2° partie, p
elle-même, malgré ses graves imperfections. Et de fait, elle avait su, dans le passé, faire régner très longtemps la paix et le bon ordre, tandis que les royaumes germaniques n’avaient apporté que l’insécurité, dissolvant très dangereux de l'autorité et du lien social. Il recommandait donc, en toute circonstance, l’obéissance au pouvoir civil. Et, s’il s’intitulait lui-même « le serviteur des serviteurs de Dieu », ce qui est bien la devise d’un souverain, il ne faisait pas d'exception pour sa personne.
Dans ses lettres à l’empereur Maurice, il ne le traite pas d’égal à égal. Et encore moins se permet-il de l’appeler son fils, comme les papes feront, plus tard, pour les rois francs, sans excepter Charlemagne empereur d’Occident£ Il emploie toujours d’humbles formules de déférence, Il les multiplie lorsqu'il se voit obligé de protester contre la loi interdisant aux militaires de se faire moines, « Serenissime domine » « ego vero haec dominis meis loquens quid sum nisi pulvis et vermis » (ego indignus famulus vester » «perme servum ultimum suum et vestrum respondebit Christus ». Et enfin, il s'explique plus nettement encore, quand il déclare finalement qu’il a deux maîtres, Dieu et l’empereur, et qu'il s'efforce de rendre à chacun ce qui lui est dû. C’est pourquoi, ayant fait entendre sa réclamation, il a néanmoins promulgué l’ordre impérial. « Equidem ius-
1. Ilexiste10 lettres de Léon III, de 800 à 814. Toutes commencent ainsi : « Domino piissimo et serenissimo, victori et triumphatori; filio amatori dei et domini nostri Jesu Christi, Karolo Augusto, Leo episcopus, servus servorum Dei. » Jaffé, Mon. Cor. p. 308-334,
sioni subjectus, eamdem legem per diversas terrarum partes transmitti feci; et quia lex ipsa omnipotenti Deo minime concordat, ecce per suggestionis meæ paginam serenissimis dominis nuntiavi. Utrobique ergo quæ debui exsolvi, qui et imperatori obedientiam præbui, et pro Deo quod sensi minime tacuil. »
On voit par là que Grégoire se regarde comme un fonctionnaire impérial, et il l’est en effet. d’après les ordonnances de Justinien.
Les successeurs de saint Grégoire ne jouirent pas, à beaucoup près, de la même influence. Des difficultés commencèrent qui alors n’existaient pas, et on va voir souvent l’exarque, puis l’empereur lui-même, entrer en conflit avec le Siège de Rome. Je résume très brièvement les principaux faits.
Après la mort du pape Honorius, en 640, le trésor du Latran fut pillé par la garnison impériale, avec la connivence de l’exarque de Ravenne Isacius. Ce dernier prit même la précaution d’envoyer à l’empereur Heraclius une part du butin.
La controverse dogmatique venait en effet de se ranimer. Battus sur la question des deux natures, les monophysistes voulaient au moins qu’après l'union, elles n’en fissent plus qu’une, et qu’elles ne puissent émettre qu’une seule opération, une seule volonté. Dès 626 on avait consulté le pape Honorius qui avait répondu par la célèbre lettre qu’on lui