‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 81 sur 222 · Lib. pont., I · texte numérisé non relu

Lib. pont., I

Hire

des saints apôtres, c’est-à-dire des papes, le droit de souveraineté de l’Empire byzantin; de sorte que, dans ce dernier cas, Luitprand aurait été, trente ans avant Pépin, le premier et le véritable fondateur du pouvoir temporel des papes. Les hommes de cette époque n’en demandaient pas tant, ils ignoraient les précisions que réclame aujourd’hui l'esprit scientifique des modernes. Et la preuve est que nous avons maintenant, comme on le verra plus loin, le texte complet de la donation de Pépin, il ne dit pas autre chose que l'extrait ci-dessus du Liber ponlificalis.

Le roi des Francs ne connaît que les saints apôtres, à qui il donne, non pas le duché de Rome, mais l’exarchat de Ravenne qu’il se propose de conquérir sur les Lombards. Pas un mot sur l’empereur de Constantinople, pour définir, limiter ou abolir ses droits de souveraineté. Or, si nous ignorons des détails qu’on aimerait connaître, une chose est bien certaine, c’est que le roi Luitprand ne pensait pas autrement, il ne connaissait comme souverain effectif du pays que le pape de Rome. C'est avec lui qu’il contracte, et la suite du récit le montrera de plus en plus. Il sait qu'en fait, le pape exerce un plein pouvoir, et que pour être valables, ses actes n’ont besoin d'aucune confirmation de la part du personnage lointain qui siège à Constantinople dans la majesté impériale, et qui ne s’occupe de l'Italie que pour y susciter des troubles, ou pour y percevoir des impôts.

Les expéditions de Ravenne et de Sutri sont en

effet contemporaines de l'affaire du Pont Salarius. Il est probable qu’elles lui sont un peu antérieures, mais on ne peut pas préciser, la chronologie des iconoclastes étant un peu incertaine.

Le pontificat de Grégoire III qui commence en

731, fut marqué per la reconetruction des murs de

Rome. Cette opération avait été commencée trente ans auparavant par le pape Sisinnius, elle fut exécutée entièrement aux frais de l'Eglise de Rome. Il faut reconnaître qu’elle dépassait singulièrement le cadre ordinaire des charges municipales imposées aux grands propriétaire. Elle était de nature à renforcer le pouvoir effectif des papes, et à justifier les égards de Luitprand. Mais il est à craindre qu’elle n’ait inspiré aux Romains un peu trop de confiance dans leur force militaire, el ils s’aventurèrent, comme nous le verrons, à des interventions dangereuses. En fait, les nouveaux murs ont servi utilement contre l'agression d’Astolf en 756.

C’est sans doute aux premières années du pontificat de Grégoire III qu’il faut rapporter toutes les conquêtes effectives de Luitprandi, qui ont été si vivement réclamées dans les premiers temps de l'Etat Pontifical. Le royaume de Pavie s’annexa tout l’ouest de l’exarchat, c’est-à-dire les duchés de Ferrare et de Bologne; le duché de Spolète s’avança le long de l’Adriatique jusqu’à Ancone. En outre,

1. Paul Diacre, II, 4; VI, 49. Ce même chapitre comprend l'affaire de Sutri, et la coalition du Pont Salarius, mais la chronologie de Paul Diacre est peu sûre en cet endroit.

le même duché de Spolète occupa, à son autre extrémité, le château de Gallèse, sur la frontière du duché de Rome. Cette place interceptait la voie militaire de Rome à Ravenne, auprès du passage du Tibre, à Orte. En outre, c'était un repaire de pillards, selon la déplorable coutume de l’époque. Nous verrons plus loin dans quelles circonstances elle fut récupérée par les Romains. à

La date de ces conquêtes de Luitprand n’est pas connue, et encore moins peut-on dire comment elles ont pu s’insérer dans la trame des événements qui vont suivre. Je les place ici pour ne pas interrompre le récit un peu compliqué des guerres de Luitprand contre le duché de Spolète, qu’il nous reste maintenant à analyser. On a dit qu'après ces conquêtes de Luitprand, les seules, encore une fois, qui aient été conservées, les Byzantins ne gardèrent plus que de faibles lambeaux de terrain le long de la côte, C'était exact aux abords immédiats de Ravenne; où le territoire byzantin n'avait plus qu’une vingtaine de kilomètres de profondeur; sur la voie Emilienne, la frontière passait entre Faenza et Forli. Mais au delà de cette ligne, il se renflait notablement sur tout le versant nord de l’Apennin, pour joindre à Gubbio le duché de Pérouse. Ainsi, il comprenait encore tout le parcours de la voie militaire, avec son raccord à la voie Flaminienne. Le royaume de Pavie n’avait donc, de ce côté, aucune communication avec le duché de Spolètet.

1, Voir la carte n° IV, plus détaillée, p. 321,

Cette situation explique les ditficultés que Luitprand rencontra jusqu’à la fin de son règne, pour atteindre les duchés de Spolète et de Benevent, qu’il voulait, dès le commencement, ramener sous son autorité. [l dut recourir pour cela à divers expédients que nous allons voir,

Luitprand réalisa une première expédition en 729, dans les dernières années de Grégoire Il. Il s’était allié avec l’exarque de Ravenne : il avait pu ainsi traverser le territoire byzantin, et entrer à Spolète, où les ducs de Spolète et de Benevent vinrent lui faire leur soumission. Maïs quelques années plus tard, le duc de Spolète, Trasimond, et le duc de Benevent, Godescalcus, se révoltèrent de nouveau contre Luitprand. À une date qui n’est pas connue exactement, Trasimond s'était concilié les bonnes grâces de Grégoire IIT, par la cession du château de Gallèse. Cette place qui interceptait la route de Ravenne, avait au contraire pour lui l’inconvénient de le mettre en communicetion par Viterbe, avec le royaume de Pavie. Il préférait donc la restituer au territoire byzantin, qui lui servait de couverture, et on peut reprocher à Luitprand de n’avoir pas compris en temps utile, l’avantage qu’il pouvait lui-même retirer de cette communication, pour accéder au duché de Spolète.

Le roi de Pavie revint en 739, mais il n’avait plus avec lui l’exarque de Ravenne. Il semble s’être

1. Certains ouvrages disent 738, mais cette date ne se trouve pas dans le Liber pontificalis, qui est fe crois l’unique source à consulter.

ot

ouvert par la force un passage dans la partie sud de l’exarchat, sur le versent nord de l’Apennin, pour gagner la voie Flaminienne, Trasimond s'enfuit à Rome, et Grégoire 1II refusa de le livrer. L’excuse aurait été valable, si on avait pu invoquer l’hospitalité internationale qui est accordée aux proscrits, mais il s’agissait de bien autre chose. Une ligue était en formation avec le duc de Benevent, les Romains, et les Ravennates, pour chasser le nouveau duc Hildricus, et rétablir Trasimond. Les combinaisons de ce genre étaient bien dans la manière byzantine, mais ici, outre que les moyens mis en œuvre ont été tout à fait insuffisants, elles engageaient le pape, ‘souverain cffectif des Romains et responsable de ce qu'ils faisaient, dans une voie très dangereuse,

Grégoire III croyait habile de diviser ceux qu’il regardait comme ses ennemis, il ne voyait pas qu’en se mélant ainsi à des intrigues purement politiques, il perdait le caractère de Père commun des fidèles, qui était sa principale force envers les Lombards, comme la suite va le montrer.

Luitprand était bien renseigné, il regarda ces manœuvres comme un acte d’hostilité, qui le plaçait en état de guerre défensive contre le duché de Rome, et il prit aussitôt des sûretés. Il occupa les quatre villes de Bleria (Bleda), Almeria (Amelia), Horla (Orte) et Polimartium (Bomarzo). La première est à l’ouest de Sutri, mais les trois autres sont situées entre Sutri et Narni dans la région même du chôteau de Gallèse!, ce qui lui procurait un double avan-

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