Territoire Byzantin YY/ 5 Echelle ÿ
avait maintenant toutes facilités pour étendre son. autorité sur ces provinces, jusqu'ici indociles, et de fait, il régna dès lors effectivement sur le duché de Spolète. Le duché de Bénévent, plus éloigné, conserva seul une certaine autonomie.
Le résultat obtenu était donc très important, mais la suite va montrer que ses projets allaient plus loin, et qu’ils visaient également le duché de Rome. La conquête n’aurait peut-être pas été aussi facile. Les remparts de la ville avaient été réparés sous Grégoire III, ce qui la mettait à l’abri d’une surprise. Rome avait été assiégée cinq fois pendant les guerres de Justinien, et ces sièges avaient en général duré longtemps. À cette époque, la défense était très supérieure à l’attaque. Il s’agissait donc d’une opération militaire importante, demandant une préparation sérieuse. Dans tous les cas, si vraiment il voulait compléter le territoire lombard, en y ajoutant encore le duché de Rome, il aurait dû observer fidèlement la trêve qui finissait en 762, tout en se préparant à une action vigoureuse, pour le jour de son expiration. Cette manière d’opérer aurait réduit au minimum les maux de la guerre.
C’est le contraire qu'il fit. Pendant plus de trois ans, il se livra à des pillages et à des exactions, qui ne pouvaient que le rendre odieux, sans répondre à aucune vue politique. Et finalement, il attendra, pour attaquer à fond, que son adversaire ait acquis l'appui d’un allié très puissant. Aïnsi, sa bravoure était d’un soldat et non pas d’un roi. Il était timide dans les conseils, autant que brutal dans l’exécution,
dominé par l’incorrigible manie des barbares, qui voulaient toujours s’enrichir par le pillage. Il ignorait la prudence qui sait mesurer le danger, calculer ses forces, se fixer un but, et tenter de l’atteindre par un coup de vigueur. Il n’avait pas plus d'énergie pour agir que pour maîtriser sa colère,
Il aurait dû, surtout, respecter scrupuleusement les biens de l'Eglise, restituer les patrimoines confisqués aux premiers temps de l’invasion, et ménager les susceptibilités des Romains. 11 s’agissait de substituer sa souveraineté à celle de l’empereur de Constantinople, qui existait toujours théoriquement. C’est ce qu’avaient fait les Goths, et ce que fera plus tard Charlemagne. Dès le commencement, saint Grégoire le Grand avait prévu qu'il faudrait s’arranger avec les Lombards et le pape Zacharie qui était grec aurait peut-être été favorable à un accommodement.
Quand il mourut, l'élection de son successeur se fit sous l’impression causée par la conquête de l’exarchat de Ravenne, elle porta au pouvoir l’un des plus intransigeants. Etienne IT était d’ancienne famille romaine, et certainement le plus romain de tous les papes du vire siècle. Toutes ses lettres, qui nous sont parvenues en assez grand nombre, respirent la plus violente hostilité contre les Lombards; on eroit y reconnaître la main du régionnaire Christophore, qui laccompagna en France, et qui rédigea dans le même style, la notice insérée au Liber ponlificalis. Ce Christophore, per-
sonnage intrigant et sans scrupules, eut une fin tragique dans les troubles qui suivirent la mort de Paul Ier.
La Vita Slephani est un document historique très précieux, celui qui offre le récit le plus circonstancé et le plus complet, maïs elle est tellement tendancieuse qu’il faut souvent ne la lire qu’avec précaution. Il y a une affectation de louange vraiment comique à l’égard de Pépin et d’Etienne I, corrélative d’un égal débordement d’injures chaque fois que revient le nom du roi des Lombards. Ce qui dénote l’extrême violence des passions alors en jeu, et qui est tout à fait caractéristique de l’époque.
Heureusement, nous avons aujourd’hui dans l’exposé historique de la donation de Quierzyt un autre document non moins précieux, et qui a été négligé jusqu’à présent. Il est absolument contemporain, et il vient justement préciser, fort à propos, ce que la Vila Stephani semble bien avoir intentionnellement laissé dans l’ombre.
Dans le même temps que Ratchis entrait au Mont Cassin, Carloman avait déjà quitté le gouvernement de l’Austrasie. Nous avons vu que d’après le récit d'Eginhard, la cause de cet événement était restée mystérieuse, € incertum quidem de causis ». Il semble bien, ajoute le même historien, qu'il fut saisi par l’amour de la vie contemplative, de sorte qu'il abandonna l’administration du royaume temporel