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LES PREMIÈRES OUVERTURES AU ROI DES FRANCS

Cependant, le pape ordonna des prières publiques qui durèrent plusieurs jours, et qui furent accompagnées d’une grande cérémonie expiatoire. On peut croire que son but était moins de répondre aux précédentes manifestations du roi Astolf que de préparer ce que lui-même avait projeté.

Il y avait peu d’espoir du côté de l’empereur, qui depuis longtemps se désintéressait de l'Italie. Son prédécesseur n’avait rien fait pour arrêter les progrès de Luitprand lorsqu'il avait si fort entamé l’exarchat de Ravenne. Mais, quand le duché de Rome s'était trouvé en état de guerre avec les Lombards par suite, à la vérité, de la folle équipée de Trasimond, on avait songé à solliciter l’alliance des Francs. Bien que Grégoire ITI n’ait pas réussi, des relations s’étaient établies, elles avaient contribué à l’élévation au trône de Pépin et, d’autre part, les circonstances avaient bien changé. Depuis la paix de Terni, la cour pontificale n’avait plus commis aucune des interventions imprudentes qu’on pouvait reprocher à Grégoire III, elle observait fidèlement la trêve et elle pouvait demander à une puissance amie de prendre sous sa sauvegarde ce traité de paix, qui semblait alors menacé par un voisin turbulent.

Etienne II pensait certainement depuis longtemps à une tentative de ce côté; son premier soin avait été

de soumettre son projet à l’empereur. C’est ce que disait la seconde partie de la lettre remise au silentiaire Jean en décembre 752, et que le Liber poniificalis a passée sous silence, mais nous le savons aujourd’hui par l'exposé historique du Quierzy. Peut-être même en était-il déjà question dans les deux premières lettres! Cette démarche était très habile, et nous verrons qu’elle contribua beaucoup au succès. L'Empire Romain avait toujours un certain prestige pour les peuples germaniques, surtout quand on le voyait de loin, sans prendre contact avec sa faiblesse. Et nous verrons que les deux influences, celle du pape et celle de l’empereur se combinèrent parfaitement pour atteindre un but, qui, à la vérité, devra quelque peu s’écarter des intentions impériales.

Mais Constantin ne se pressait pas de répondre; le pape livré à lui-même pouvait müûrir son projet en mesurer toute la difficulté. Les renseignements ne lui manquaïent pas, grâce aux nombreux pèlerins, hommes de qualité pour la plupart, qui venaient à Rome. Il n’ignorait pas qu’il y avait en France un parti lombard, qui ne comptait rien moins que la reine Berthe et sans doute aussi le roi lui-même. L’échec de Grégoire III ne prouvait rien, mais l’entreprise était difficile, Etienne II jugea. en véritable esprit de foi, il faut le reconnaître, qu'avant de rien faire, il fallait mettre le ciel de son côté,

1. Quierzy, infraX,1,4,page459,pontifex Stephanus nomine imperatorem Constantinum et filium eius nomine Leonem per legatos quso acceperat atque per commutlationem miserat imperatoribus adminicula tertio expetisset... ut nos sociare amicitia licentiam haberet,

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c’est pourquoi il ordonna des prières très solennelles, organisées suivant les usages de l’époque. Telle doit être, à mon avis, l’origine des cérémonies que l’auteur de la Vila Slephani se borne à raconter en grands détails, comme il suit.

« Le très Saint Père, que j’ai déjà nommé plusieurs fois, ayant réuni toute l’assemblée du peuple romain, prit la parole avec une affection paternelle : Il nous faut, dit-il, mes très chers fils, prier la clémence du Seigneur pour la masse de nos péchés, et par sa miséricorde remplie de sollicitude, il nous délivrera de ceux qui nous persécutent. Le peuple tout entier obéit à ces exhortations salutaires, tout le monde se réunit et on pria avec larmes le Seigneur Tout- Puissant, notre Dieu Un jour on fit, en grande humilité, une procession avec litanie, suivant les coutumes en usage. La très sainte image de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ qu’on appelle archeopsile, et avec elle d’autres choses saintes relatives à nos mystères, furent exposées. Le très saint pape portait lui-même la sainte image sur ses épaules, accompagné des autres prêtres, tout le monde, le pape lui-même ainsi que tout le peuple, était nu-pieds; dans l’église de la sainte Mère de Dieu ad praesepe, o n imposa les cendres à tout le peuple, puis la procession continua avec de grands gémissements afin de prier le très miséricordieux Seigneur notre Dieu. Enfin le traité fut attaché et fixé à l’adorable croix du Seigneur notre Dieu, celui-là même que le misérable roi des Lombards, dont il ne faudrait jamais

prononcer le nom, avait rompui » N'est-ce pas du roi des Francs que devait venir le secours extraordinaire qu’on demandait à Dieu.

Comme tout le monde était pieds nus ilest probable que cette cérémonie eut lieu au printemps. C’est également à cette époque, alors qu’on recommence à voyager, que le pape fit passer en secret à Pépin une première lettre qu’il confia à un pêèlerim. « Il écrivit dans la douleur qui affligeait tout le pays, et dès lors il réitéra ses démarches auprès du roi pour qu’il voulut bien, lui, roi des Francs, envoyer à Rome des représentants ayant la mission de le conduire auprès de lui? »

Le texte de cette première lettre est perdu, mais cette analyse qu’en donne la Vila Siephani ne laisse aucun doute. Tandis que le pontife romain avait réclamé à l’empereur de secourir l’Italie, d'y envoyer une armée, et même d’y venir de sa personne, il priait seulement le roi des Francs d'intervenir auprès du roi des Lombards, afin que ce dernier le laisse passer pour aller en France. On devinait quelle pouvait être son arrière-pensée, et quel serait le but de son voyage, cependant le pape n’en demandait pas davantage pour le moment. Il fallait agir avec prudence, et ne pas vouloir aller trop vite.

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