CHAPITRE V
PAvIE ET PONTHION 5
Le silentiaire Jean, que nous venons de trouver à Rome, n’était pas venu seul de Constantinople, il était accompagné d’un autre ambassadeur nommé Marinus et destiné au roi des Francs. Ce dernier continua sa route par mer, et gagna la côte de Provence. Là il dut apprendre que Pépin était en Saxe, et il eut un long voyage à faire pour le joindre, de sorte que le pape ne connaîtra que beaucoup plus tard, le résultat de sa mission. Disons seulement pour l'instant, que l’empereur accédait pleinement au projet d’alliance avec les Francs, qu’Etienne IT lui avait suggéré, et qu’il le chargeait d’en négocier les conditions, en se rendant lui-même auprès du roi.
C’est ce que l’attitude du silentiaire Jean nous permettait déjà de conjecturer, mais tous les faits sont rapportés expressément par l’exposé historique du Quierzy. Et comme cette pièce, dont je me suis déjà servi plusieurs fois, est encore peu connue, je vais en donner un extrait assez étendu, qui ne sera cependant qu’un résumé, car j’ai retranché, pour p'us de clarté, les longueurs habituelles au
style de l’époque!. C’est le roi Pépin qui parle en son nom, et il s’exprime ainsi :
« Le très saint et très bienheureux pontife Etienne ayant avisé à trois reprises l’empereur Constantin de la situation malheureuse de l'Italie il lui demanda l’autorisation de nous associer à lui par l'amitié, et de rendre à notre royauté, en vue d’un patronat, les honneurs convenables, par l’élévation de notre nom. L'empereur ayant accédé à cette demande, notifia son adhésion par des lettres adressées non seulement aux Romains mais à Nous-même... Ainsi donc, les deux lettres de l’empereur nous furent présentées par l’ambassadeur nommé Marinus. En outre, une autre lettre nous fut remise venant du père apostolique, contenant un ordre du Dieu Tout Puissant et du céleste portier l’apôtre Pierre, pour nous inviter à lui procurer le moyen d’accomplir pacifiquement le voyage qui l’aménerait jusqu’à nous?, »
1. On trouvera plus loin (Chapitre VII, virx, pages 274-278), ane traduction complète, qui serre de près l’original, et enfin dans les appendices (chapitre X, 1, 4, pages 459, sqq.) le texte latin lui-même, tel qu’il résulte de la restitution de MM. Schnürer et Ulivi.
2. Quierzy… Sanctissumus et beatissimus pontifex Stephanus nomine, imperatorem Constantinum... per legates quos acceperat atque per commutativam miserat imperatoribus adminicula tertio expetisset et. petiit ut nos sociare amicitia licentiam haberet vel quicquid vellet circa hoc regnum per patronatum deferre honores nominis nostri elevatione sibi suisque soluta valeret, cuius petitioni isdem imperator adsensum prebens; litteris suis non solum Romanis sed etiam nobis innotuit quod eidem Pontifici concessam haberet licentiam... federis roboratione firmare... Igitur per legalo eiusdem imperatoris nomine Marino utreque nobis epistole oblate sunt, insuper etiam apostolici patris epistolam in qua continebatur ae insinuabatur praeceptum Dei omnipotentis eiusque celestis ianitoris magni apostoli Petri, ut iter illi pacificum nos ad usque properandi praeparassemus.
L'élévation du nom de Pépin se rapporte évidemment au titre de « patrice » qu’il a déjà pris dans le protocole du diplôme. C’est ce qui lui procurait les honneurs et le droit de patronat dont il est question. Nous apprenons ainsi que ce titre lui fut conféré par l’empereur sur la proposition du pape Etienne II. La seconde lettre adressée aux Romains, dont Marinus était porteur, est sans nul doute un double du rescrit, iussionem, remis au pape par le silentiaire Jean. Enfin, la troisième lettre, émanée du « père apostolique», n’est autre que la lettre apportée par Droctogang plusieurs mois auparavant, et le mot insuper qui l’introduit, ne signifie pas qu’elle soit postérieure à l’arrivée de Marinus. On peut croire que l’empereur demandait l’intervention de Pépin pour favoriser le voyage du pape, mais cette question était déjà réglée par les négociations entamées directement, et que rappelle cette troisième lettre. Tout cela est très clair, et il y a un plein accord avec le Liber pontificalis; les deux documents se complètent l’un par l’autre.
Pépin n’avait fait aucune objection au voyage du pape, il avait même montré beaucoup d’empressement à l’accepter. C’est au Saint-Siège qu’il devait sa couronne, et, sans doute, il partageait la dévotion générale envers l'Eglise romaine, qui était, comme il le dit lui-même, «la source de la religiont ». On peut penser aussi, que le peuple tout entier voyait dans le changement de dynastie un gage de