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L’ÉCHEC DES NÉGOCIATIONS

Une ambassade fut adressée immédiatement au roi Astolf. Le Continuateur de Fredegaire nous l’apprend, et il nous a conservé les instructions données à ces envoyés. Ils devaient transmettre les réclamations du pape déjà exprimées plus haut, et l’auteur les répète en termes à peu près identiques. Pépin demandait au roi des Lombards que « par respect pour les bienheureux apôtres Pierre et Paul, il ne fasse pas acte d’hostilité sur le territoire de Rome in parlibus Romae, et que de plus, par égard pour sa propre demande, il cessât de vouloir imposer aux Romains des conditions vaines, impies et contre l’ordre de la loi, que d’ailleurs ils n’avaient jamais subies ». La Chronique de Moissac, généralement plus précise et plus complète n’ajoute rient, et

1. Ces deux textes ont en commun quelques mots que j'ai soulignés mais ils diffèrent assez pour n'être pas copiés l’un sur l’autre. Ils sont tous les deux bien informés et originaux.

Fred. Cont., cxix. Legationem ad Aïistulfum regem Langobardorum mittens, petens ui propier reverentiam beatissimorum apostolorum Petri et Pauli in partibus Romae hostiliter non ambularet et, superstitiosas et impias vel contra legis ordinem causas, quod antea Romani numquam fecerant, propter ejus petitionem facere non deberet.

Chron. Moiss. Porro Pippinus rex legationem ad Haistulphum regem Langobardorum misit, hortans eum, ut propier reverentiam apostoiorum Petri et Pauli Romanas urbes non affligeret, et superstilione has impias praesumptiones contra pontifiiem Romanae urbis non moveret. — À remarquer que le conteste des mots soulignés est différent dans les deux cas. Il y a peut-êtse une réminiscence d'une source commune, qui serait le texte même des instructions données aux envoyés.

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l'exposé historique du Quierzy dit les mêmes choses en térmes plus généraux. Le roi des Francs demande seulement la paix et la sécurité, pacem el securilalem pour le vicaire de Saint-Pierre et pour tout le peuple roman, cunclorum Romanorum cœlui. Mais il ajoute une indication très précieuse, c’est que Pépin intervient en vertu de son droit de patronat et de protection, iniervenlione lulelaque patronatus nosiri. I] n’excipe pas de son titre de patrice qu’il a pris dans le protocole de la donation, mais il en exerce manifestement la fonction.

Il n’est pas question dans tout cela de l’exerchat de Ravenne. Ce que l’exposé du Quierzy nous rapporte de la réponse d’Astolf confirme bien qu'il ne s'agissait toujours que de Rome et de son territoire, car, loin d’entrer en arrangement, ce roi promettait au contraire un traitement encore plus rigoureux, Mmullo magis deleriara promilteboil, ce qui signifie sans doute une augmentation du taux de la redevance.

Pépin renouvela sa demande, il envoya donc une deuxième ambassade qui paraît avoir reçu les mêmes instructions que la première, et qui n’obtint pas plus de succès. Que fait-il alors? Il revient à la charge une troisième fois, et il offre au roi des Lombards une somme importante, qui était comme un rachat de l’impôt réclamé aux Romains. C’est l'exposé du Quierzy qui nous fait connaître ce détail, et il précise qu’il s’agit de 27.000 sous d’argent, et de 12.000 sous d’or, ce qui peut faire un total d'environ

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15.000 sous d’or. Quand on songe qu’Astolf réclamait un sou d’or par tête, et alors même qu'il s’agirait de chaque chef de famille, le présent de Pépin était encore bien inférieur à une seule annuïité de la contribution. Son offre néanmoins était très généreuse, et témoignait hautement de son désir de conserver la paix, puisqu'il voulait l’acheter à prix d’argent.

La proposition fut rejetée, mais si elle avait été acceptée, la guerre aurait été évitée, sans aucune rétrocession du territoire d’Empire alors occupé par le roi des Lombards. On demandait seulement à ce dernier de laisser en paix le peuple de Rome, sans renoncer pour cela à aucune de <es conquêtes. Comment se fait-1l que des conditions beaucoup plus dures lui ont tout à coup été imposées dans l’acte de Quierzy ? On conçoit à la vérité que son adversaire ait élevé ses prétentions, c’est le résultat ordinaire de l’échec des pourparlers amiables, mais il y a ici quelque chose de plus, et c’est l'exposé même du Quierzy qui nous l’apprend.

Nous y lisons, en effet, l'extrême embarras du roi, tandis qu'il attend le résultat de sa dernière tentative. Il déclare de nouveau n'avoir en vue que «a sécurité et lapaix denotremirebienfaisantel’église qui est la tête et l’origine de toute la religion chrétienne », et il ne pouvait se résoudre à renvoyer le pape sans une garantie de sécurité, sine cerla securilale.…. a nobis regredi. Il n’aurait pas voulu contrister le saint personnage avec qui il s’était lié

maintenant d’une amitié humaine, venant s’ajouter à l’amour qu’éveillait dans son cœur le caractère sacré de son hôte, nec ullo modo contristare... tam divino inflammati amore quamque humana amictia delectantes. Un pareil langage montre à quel point on était encore loin de la guerre, les dispositions du roi étaient toujours essentiellement pacifiques, la moindre concession de la part d’Astolf mettait fin à la mission du pape, qui serait aussitôt rentré à Rome, s’il avait pu obtenir quelque garantie. Mais le roi des Lombards demeura intraitable, et l’exposé constate tristement qu’il ne voulut pas prononcer

le mot de paix, nullum pacis dare voluit responsum.

L’obstination!d’Astolf à refuser une chose aussi juste est en vérité inexplicable, et comme on voudrait toujours trouver quelque mobile raisonnable aux actions humaines, je me demande si la réclamation si maladroite qui lui a été présentée à Pavie au sujet de l’exarchat, ne serait pas pour quelque chose dans ses mauvaises dispositions. On lui avait alors demandé une chose impossible, et il n’en est plus question maintenant, mais peut-être reste-t-il en défiance contre quelque arrière-pensée de ses adversaires ? Son calcul est très mauvais, mais nous avons affaire à un impulsif, incapable de réfléchir et de mesurer la portée de ses actes.

1. On trouvera un peu plus loin, lors de l’assemblte de Querzy la traduction du texte complet, dont je viens de commenter les fragments, et enfin, au chapitre X, 1,4, page 425 je latin lui-même dans son entier.

Ce refus, cependant, n’aurait sans doute pas encore suffi pour allumer la guerre, car le même exposé entreprend aussitôt le récit de la maladie du pape et de sa guérison subite. Bien que cela ne soit pas dit en propres termes, la façon dont cet événement est présenté montre qu’il faut y reconnaître la raison déterminante qui triompha de l’hésitation du roi. Et même, on va voir que son attitude sera dès ce moment totalement retournée. Au lieu de chercher un accomodement, ce qui le conduirait à restreindre les revendications pontificales, il va maintenant y entrer pleinement, en les prenant dans le sens le plus large, à tel point qu’il adoptera sans examen des vues d’agrandissement territorial d’une ampleur telle qu'elles n’ont pas encore été formulées jusqu'ici. En outre, elles ont été conçues si hâtivement,. et de façon si maladroite, qu’elles ont été la source des plus graves difficultés dans l’avenir. L’exarchat de Ravenne constituait pour l'Etat Pontifical une possession excentrique, de communications lointaines, et qu’il eut toujours quelquepeine à conserver.

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